La place de la femme à la Renaissance

 Après avoir étudié l’histoire de la femme au Moyen Âge, voyons comment celle-ci est perçue à la Renaissance, de quelles femmes de lettres connues a-t-on encore une trace ? Quel est le tableau de la condition féminine de l’époque ? Quelle est la place de la femme à une époque qui se veut plus « avancée » que celle du Moyen Âge ?

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La naissance de Vénus, Botticelli

C’est en Italie, pays qui domine à l’époque la scène culturelle européenne, sous l’influence de Pétrarque et de Boccace, que naît le mouvement humaniste de la Renaissance. Comment cette influence est-elle arrivée en France ? À la faveur des guerres de successions, les rois de France (notamment Louis XII puis François Ier) se lancent à la conquête de l’Italie. Sous l’effet de ces guerres, la culture italienne se répand dans notre pays puis dans le reste de l’Europe. La peinture européenne, très vite s’inspire du Quattrocento et apprend les règles de la perspective. La littérature subit la même influence : la poésie s’appuie sur des réseaux d’images et de métaphores venues de Pétrarque et les romans de chevalerie venus du Moyen Âge sont adaptés au goût du jour. À mesure que les peintres découvrent la perspective, la représentation de l’univers change et la beauté, jusque-là d’ordre divin, se fait humaine. L’humaniste est d’abord curieux des nouveaux savoirs et des textes antiques : il interprète, ouvre le monde à de nouvelles significations, soutient le progrès des sciences et des arts, et enfin remet en cause les certitudes.

Et cette mode, cette redécouverte, dont tous les penseurs de la Renaissance vont se nourrir, va faire porter un regard nouveau sur la femme, mais malheureusement pas celui que nous aurions souhaité. Avec la redécouverte du droit romain, le pouvoir des femmes s’atténue et c’est le Code Napoléon qui, par la consécration du droit du Pater Familias réduit à peu les libertés féminines… Enfin, a priori car les femmes sont pleines de ressources et surtout l’Histoire qui atteste qu’on ne leur reconnaît pas certains droits, leur donnera le pouvoir malgré tout. En effet, les femmes peuvent hériter et administrer des domaines ; lorsque leurs preux chevaliers d’époux s’en vont guerroyer, elles assurent pleinement la régence des biens et reçoivent même l’hommage des vassaux. Lorsque Saint Louis part en croisade c’est sa mère Blanche de Castille qui assure la régence du Royaume de France. Il en sera de même par exemple pour Louise de Savoie lorsque François Ier sera trois ans durant, prisonnier de Charles Quint. Les femmes du tiers état ne sont pas en reste et disposent à leur niveau de prérogatives semblables, même si pour elles, les choses sont bien plus dures comme nous le verrons un peu plus loin.

Nous avons vu qu’au Moyen Âge, les femmes qui n’étaient pas issues des mêmes milieux sociaux, ne bénéficiaient pas des mêmes conditions de vie, et bien sûr, il en est de même à la Renaissance. Car si pour l’élite aristocratique et intellectuelle gravitant autour de Marguerite de Navarre, de Marguerite de Savoie, de Catherine de Médicis ou de Marguerite de Valois, c’est une époque glorieuse, la situation de femmes du commun, au contraire, se dégrade, puisqu’elles sont progressivement exclues des professions à statut légal, frappées d’incapacité juridique et économiquement dépréciées.

Certaines études consacrées aux femmes qui n’écrivent pas, aux femmes de marchands, de petits artisans, aux paysannes, aux femmes soignantes nous révèlent leur dure condition de vie : pour les filles pauvres, les contrats d’apprentissage à durée variable, commencent à partir de sept ou huit ans. Le nombre de métiers mécaniques réservés aux femmes est plus restreint au XVIè siècle qu’au Moyen Âge, à cause du développement des jurandes.

Subsistent tout de même quelques métiers de l’alimentation, poissonnière naturellement, parfois bouchère tenant un étal sur un marché et quelques métiers du textile, ouvrière à domicile ou fripière. La naissance des manufactures à la fin du XVIè siècle enferme les ouvrières dans une promiscuité sans liberté. Reste la vocation soignante de la femme encouragée par la religion ; à l’Hôtel Dieu de Paris, le soin des malades est réservé à la congrégation des hospitalières, recrutées dans les milieux pauvres car il exige un travail très pénible (épouillage et lavage). Mais les archives font apparaître au cours du XVIè siècle, des accusations de mœurs scandaleuses et des mouvements de révolte lorsqu’on veut leur imposer une observation plus stricte de leurs devoirs religieux ; d’où la tentative d’institutions de dames laïques pieuses chargées de contrôler les soins donnés aux malades, qui se heurteront à l’hostilité des « hospitalières » et devront renoncer à leur mission. Les sages-femmes constituent une catégorie féminine relativement indépendante mais souvent accusée de favoriser les avortements et de vouloir se substituer au chirurgien ou au médecin dans les cas graves. L’une d’elles, Louise Bourcier, exceptionnellement instruite, deviendra accoucheuse de Marie de Médicis et laissera plusieurs traités témoignant de son expérience et défendant sa profession contre les calomnies. À la campagne, les traités d’agriculture, nombreux à la fin du siècle, soulignent la différence entre la femme du propriétaire aisé, qui dirige avec compétence des activités diverses, et la fermière qui met la main à la pâte, cultive le potager, s’occupe de la volaille, trait les vaches et confectionne beurre et fromage. Dans la banlieue d’une ville comme Paris des spécialisations très rentables peuvent naître comme celles de grands poulaillers pour vendre des œufs sur les marchés de la capitale par exemple.

À la Renaissance, la courtisane a plus d’indépendance que les épouses. Plaisir et savoir, poésie et sexe, luxure et musique caractérisent la courtisane. Tullia d’Aragon, grande poétesse et philosophe, est la plus célèbre courtisane de la Renaissance. Même si nous avons vu que les libertés des femmes étaient réduites, force est de constater que la Renaissance est la seule période de l’histoire où l’on observe une concentration de femmes gouvernant le royaume seules ou en collaboration avec des rois, avec ou sans titre de régente, comme ce fut le cas d’Isabeau de Bavière, d’Anne de France, d’Anne de Bretagne, de Louise de Savoie, de Catherine de Médicis ou de Marie de Médicis.

C’est, d’autre part, la période où naît une institution fondamentale de l’Ancien Régime : celle de la maîtresse royale, dont plusieurs ont eu un rôle politique de premier plan, voire ont fait office de Premier ministre durant des années : Agnès Sorel, Françoise de Châteaubriant, Anne de Pisseleu, Diane de Poitiers, Gabrielle d’Estrées. Non loin de ces femmes, on trouve une pléiade de gouvernantes, reines ou non, comme Isabelle de Castille, Marguerite d’Autriche, Jeanne d’Albret, Catherine de Navarre, et de dirigeantes de grandes maisons comme les princesses de Condé, les duchesses de la famille de Lorraine, les femmes des familles de Montpensier, de Montmorency, de Rohan… Ces femmes ont eu un rôle non seulement politique mais également culturel ou religieux, artistique et littéraire. Cependant, lorsque le « miracle capétien » prend fin avec la mort sans descendance mâle des fils de Philippe IV le Bel, et la prétention d’Édouard III d’Angleterre au trône de France, la Loi Salique est exhumée et les juristes lui fond fallacieusement exclure les femmes de la couronne. Toutefois, cela permet aux femmes d’accéder presque systématiquement à la régence du Royaume puisqu’elles ne pouvaient pas y prétendre.

Issue de la pensée humaniste, ce que l’on a appelé la Querelle des femmes anime les milieux intellectuels durant les trente premières années du XVIe siècle. Déclenchée par un juriste qui proposait une nouvelle forme de contrat de mariage, la Querelle des femmes va conduire à une réflexion sur la femme elle-même, son statut, son éducation. Mais si l’initiateur de la Querelle, André Tiraqueau, affirme la nécessité d’une réciproque affection dans le mariage, il affirme clairement la supériorité de l’homme sur la femme, accordant « un rôle de protecteur au mari puisqu’il est supérieur à la femme ». Difficile de ne pas superposer à la vision de Tiraqueau celle du paterfamilias antique. La polémique, animée par d’autres penseurs humanistes glissera d’ailleurs bien vite du mariage aux vertus féminines, puis aux défauts féminins bien sûr et à la nécessaire éducation des femmes (qui existait pourtant déjà comme l’ont prouvé nombre de femmes dont nous avons parlé dans nos articles précédents).

N’oublions pas que la Renaissance est aussi marquée par le schisme entre Protestants et Catholiques. Installé par Luther, il brise l’unité de l’Église romaine, divise l’Europe, et engendre en France, après 1760, des guerres civiles féroces. Et cette fracture va provoquer un certain changement dans la situation des femmes, car si l’Évangélisme et le Protestantisme favorisent l’apprentissage de la lecture nécessaire à la connaissance de la Bible, l’idéal de l’épouse chrétienne demeure la soumission au mari et l’éducation morale et religieuse des enfants. De son côté le catholicisme, pour répondre à la propagande protestante mettra en avant les poésies d’une religieuse Anne-Marie des Marquets. Mais, avant même le divorce religieux, le développement du culte marial, dès le XIII siècle, redonne à la femme sa dignité de mère et s’appuie sur sa sensibilité pour développer, même chez les laïques, le goût de la spiritualité.

Paradoxalement, si la pensée humaniste dessert la gent féminine, certaines femmes vont jouer le rôle de conducteur, de propagateur de cette pensée dans les milieux intellectuels. En effet, alors que politiquement les femmes n’ont plus désormais qu’un rôle soi-disant mineur nombre d’entre elles vont se distinguer au niveau philosophique ou artistique. Ainsi en est-il de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier dont nous étudierons le portrait lors du prochain article.

 


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