Dernière mod­i­fi­ca­tion le 3 sep­tem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

La biographie de Madeleine de Scudéry (1607 – 1701)

Madeleine de Scud­éry est née au Havre le 15 novem­bre 1607. Issue de la petite noblesse, elle est con­nue égale­ment sous le nom de « Sap­pho » (anci­en­nement orthographié « Sapho ») – un nom qu’elle se don­nera à elle-même dans l’une de ses œuvres – revendi­quant ain­si un lien par­ti­c­uli­er avec Sapho, la poétesse grecque de l’Antiquité. D’autres poét­esses grec­ques appa­rais­sent égale­ment dans son œuvre et ces mod­èles antiques, à tra­vers leur plu­ral­ité, ser­vent de point d’ancrage pour le développe­ment d’une pen­sée forte et cohérente sur l’écriture, notam­ment pour les femmes. 

Orphe­line à l’âge de six ans, elle reçoit une édu­ca­tion excep­tion­nelle pour une femme de l’époque par son oncle, un ecclési­as­tique, qui lui fait décou­vrir les let­tres, la danse, la musique et qui l’introduit dans « le beau monde » .

Elle se rend à Paris vers 1635 sous la pro­tec­tion de son frère Georges (écrivain égale­ment) et débute sa car­rière en écrivant à des autorités comme Guez de Balzac ou Chapelain. Ses romans, que son frère signe pour la bien­séance sont, en par­tie ou en entier, de la plume de Madeleine, des œuvres dans lesquelles elle défend la gloire et la lib­erté féminines.

Son appétit du savoir sera chez elle un leit­mo­tiv qui lui ouvri­ra les portes de l’hôtel de Ram­bouil­let. Dans cet hôtel qui fut con­stru­it à la demande de la mar­quise de Ram­bouil­let – l’une des per­son­nal­ités féminines les plus mar­quantes de son temps : une femme décrite comme « belle, vertueuse sans être prude, cul­tivée sans être pédante et qui sut faire de son salon le cen­tre du bon goût et de la bien­séance » – Madeleine de Scud­éry brillera par sa cul­ture et son esprit.

Madeleine de Scudéry, une habituée de l’hôtel de Rambouillet

Elle devien­dra donc une habituée de l’hôtel de Ram­bouil­let avant de lancer, en 1652, son pro­pre salon lit­téraire (hérité de son frère Georges qui doit s’exiler). Les Chroniques du Same­di, recevront des écrivains de renom et des ama­teurs des belles let­tres très dis­tin­gués. Mme de La Fayette, Mme de Sévi­gné (dont nous étudierons les por­traits dans les prochains arti­cles), Mme Scar­ron (future Mme de Main­tenon), Mme de La Rochefou­cauld, Con­cart et Pel­lis­son par­ticipèrent à ces réu­nions littéraires.

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C’est son salon lit­téraire qui donne le ton de la pré­ciosité dont elle était l’une des plus célèbres représen­tantes. On y par­le de romans et vers nou­veaux, on échange des madri­gaux, on en con­sacre à la gloire de Sap­pho, on dis­serte du cœur, on rédi­ge une Gazette du Ten­dre.

Plus con­nue pour son éru­di­tion et ses écrits que pour sa beauté, elle écrira dans l’une de ses œuvres : « Hélas ! Que sert à une femme d’avoir de la tête et du cœur si le reste est sans agrément ». 

Elle choisit la lib­erté du céli­bat, et mal­gré sa pau­vreté n’accepte de minces sub­sides que du roi ou d’amies déli­cates. Elle restera toute sa vie fidèle à cette volon­té de croire à l’idéal d’amour ten­dre et écrira de nom­breux vers sur l’amitié tels que :

« Quand l’aveugle des­tin aurait fait une loi
Pour me faire vivre sans cesse,
J’y renon­cerais par ten­dresse,
Si mes amis n’étaient immor­tels comme moi. »

Madeleine de Scud­éry meurt le 2 juin 1701 à Paris, à l’âge de 94 ans.

Ses œuvres littéraires

C’est à elle que l’on doit le plus long roman de la lit­téra­ture française Artamène ou le Grand Cyrus, roman épique qui trace les por­traits des héros de la Fronde.

Elle est une auteure de longs romans galants à clé (8 à 10 vol­umes cha­cun) : Artamène ou le Grand Cyrus (1649 – 1653), Clélie, his­toire romaine (10 vol­umes, 1654 – 1660), Almahide ou l’esclave reine (8 vol­umes, 1660), Mathilde d’Aguilar, his­toire espag­nole (1667).

Ses romans ont don­né lieu à une vogue de romans pré­cieux pro­posant une vision idéal­isée de l’amour et une pein­ture poétisée de la société mondaine. Son œuvre lit­téraire mar­que l’apogée du mou­ve­ment précieux. 

Madeleine de Scud­éry est une auteure à suc­cès dont on lit avec délec­ta­tion les romans-fleuves qu’elle met plusieurs années à com­pos­er. Les deux longs romans qui con­sti­tuèrent en leur temps un extra­or­di­naire suc­cès de librairie sont Le Grand Cyrus et Clélie. Parus chez A. Cour­bé, sous le nom de Georges de Scud­éry, traduits en de nom­breuses langues, les dix vol­umes d’Artamène ou Le Grand Cyrus (1649 – 1653), puis de Clélie, His­toire romaine (1654 – 1660) firent de Madeleine de Scud­éry, en dépit d’un scrupuleux souci de dis­cré­tion dic­té par le soin de sa posi­tion mondaine, l’une des pre­mières femmes de let­tres françaises.

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Le Grand Cyrus, le livre phare de Madeleine de Scudéry

Le Grand Cyrus, dix vol­umes, 13 095 pages, il détient un record de longueur dif­fi­cile­ment égal­able. Il fal­lut cinq ans, de 1649 à 1653, pour que ce roman-fleuve paraisse dans sa total­ité. Et le lecteur attendait à chaque fois la suite avec une impa­tience renou­velée. L’action du Grand Cyrus se déroule dans la Perse du Ve siè­cle av. J.-C. et crée un exo­tisme né du dou­ble décalage du temps et du lieu. Cyrus, amoureux de la belle Man­dane, est à la recherche de sa bien-aimée. Mais elle est con­voitée et enlevée par des rivaux suc­ces­sifs, ce qui con­traint le héros à des pour­suites et à des com­bats inces­sants. Aven­tures mil­i­taires et amoureuses dans des con­trées divers­es, rebondisse­ments, mais aus­si por­traits et fines descrip­tions psy­chologiques alter­nent dans ce roman dont l’intérêt était encore ren­for­cé par ce qu’on appelle les clefs. Les per­son­nages fic­tifs évo­quaient en effet des êtres bien réels de l’époque de Madeleine de Scud­éry : sous Cyrus, se cache le grand homme de guerre, Condé, sous Man­dane, la duchesse de Longueville, célèbre pour ses nom­breux com­plots con­tre le pou­voir roy­al, sous la sage Sapho, Madeleine de Scud­éry elle-même.

On s’arrache les dix tomes de cette fresque héroïque et amoureuse, lue pen­dant la Fronde comme un com­men­taire des troubles.

Clélie, une œuvre en 10 volumes

Clélie, égale­ment en dix vol­umes, est pub­lié de 1654 à 1660. Elle y fait évoluer des per­son­nages générale­ment tirés de l’histoire antique. Mais, sous la péri­ode décrite qu’elle tente de recon­stituer, elle fait en réal­ité appa­raître la péri­ode où elle vit, décrit les com­porte­ments de son temps, développe sa con­cep­tion de la vie mar­quée par la pré­ciosité, ce qui explique d’ailleurs l’engouement des lecteurs : ils se retrou­vent, ils se recon­nais­sent dans les êtres fic­tifs qu’on leur présente comme des reflets d’eux-mêmes. Clélie, his­toire romaine, où Madeleine insère la fameuse Carte de Ten­dre imag­inée pour Pel­lis­son, con­serve la struc­ture des romans grecs de l’Antiquité, mais tient aus­si de la gazette galante : vers, descrip­tions, por­traits et con­ver­sa­tions en font un « élé­gant manuel de savoir-vivre », de savoir-lire et de savoir-écrire. Entourée de col­lab­o­ra­teurs éru­dits (Pel­lis­son, Huet, Ménage), Madeleine con­cilie fidél­ité au clan Longueville, pru­dence poli­tique et attache­ment à la famille royale dans ce vaste roman qui s’achève sur les éloges de Mazarin et de Fou­quet. C’est cette œuvre à la géo­gra­phie galante, con­fi­nant par­fois au mièvre, qui aurait détourné le courant pré­cieux de son mod­ernisme originel.

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Atten­tive aux évo­lu­tions du goût, elle renonça au mod­èle des romans héroïques au prof­it trois nou­velles pub­liées anonymement : Célinte (1661), Mathilde (1667) et La Prom­e­nade de Ver­sailles (1669). En 1661, Célinte, une nou­velle proche du con­te, est pub­liée sans dédi­cace, autrement dit sans pro­tec­tion. À la dis­grâce de Fou­quet, les enne­mis de Madeleine applaud­is­sent au dis­crédit que jette sur sa ruelle l’arrestation de Pel­lis­son. Priv­ilé­giant désor­mais la réus­site insti­tu­tion­nelle, Mlle de Scud­éry étend son réseau de pres­tigieux cor­re­spon­dants (Leib­niz) et com­pose, pour quelques amis, pour des Grands (Chris­tine de Suède, Mon­sieur) et surtout pour le roi, des poésies enco­mi­as­tiques, deux brefs romans nos­tal­giques, Mathilde d’AguilarLa Prom­e­nade de Ver­sailles, et la série des Con­ver­sa­tions, dont cer­taines seront lues à Saint-Cyr. En dépit d’ingénieuses dédi­caces, les grat­i­fi­ca­tions sont irrégulières.

Madeleine de Scudéry : La moraliste

De 1680 à 1692, Madeleine de Scud­éry se fit moral­iste, et pub­lia dix vol­umes de Con­ver­sa­tions : elle y reprit et rema­nia quelques-uns des longs pas­sages dia­logués de ses romans, sur des sujets de savoir-vivre, de morale et même de poé­tique, aux­quels elle ajou­ta des textes inédits qui en pro­longeaient les analy­ses. Pub­liées à part dans la Morale du monde ou Con­ver­sa­tions, les con­ver­sa­tions pleines de sens et d’esprit de ses per­son­nages sont dev­enues une sorte de manuel de la société élégante.

En 1671, son Dis­cours de la Gloire fut couron­né par le prix d’éloquence, décerné pour la pre­mière fois par l’Académie française. À défaut de pou­voir entr­er dans ce corps, elle fut élue en 1684 à l’Académie des Ricov­rati de Padoue.

Jusqu’à sa mort, Madeleine de Scud­éry entretint une ample cor­re­spon­dance avec de nom­breux savants et plusieurs princes étrangers.

Portrait Madeleine de Scudéry

Dans le prochain arti­cle, nous nous pencherons sur la vie de Madame de La Fayette et de son fameux roman La princesse de Clèves.

Pour en savoir plus, con­sul­tez notre rubrique à pro­pos des femmes de let­tres.

Pour aller plus loin : notre sélection d’ouvrages historiques

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dret44
dret44
7 mois il y a

Intéres­sant arti­cle ; une faute de frappe sur le nom de Con­rard, Valentin, académi­cien français du temps

La Compagnie Littéraire
Administrateur
7 mois il y a
Répondre à  dret44

Mer­ci beau­coup d’avoir souligné la coquille, c’est corrigé.

Marchal corinne
Marchal corinne
3 années il y a

J’ai beau­coup appré­cié cette présen­ta­tion biographique de la célèbre femme de let­tres. Je sig­nale la paru­tion de ses “Let­tres à l’ab­bé Jean-Bap­tiste Boisot et à Jeanne-Anne de Bor­dey-Chan­diot (1686 – 1699)”, Corinne MARCHAL (éd.), Clas­siques Gar­nier, 2019. Cette très pré­cieuse édi­tion com­por­tant 52 let­tres inédites fait suite à celle des “Let­tres inédites (de Paul Pel­lis­son-Fontanier) à l’ab­bé Jean-Bap­tiste Boisot (1674 – 1693), Corinne MARCHAL et France MARCHAL-NINOSQUE (éd.), Clas­siques Gar­nier, 2016, où il est fréquem­ment ques­tion de Madeleine de Scud­éry, leur amie commune.

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[…] la Cour elle préfér­era les salons et en fréquentera un cer­tain nom­bres (par­mi ceux-ci celui de Mme de Scud­éry) et elle tien­dra bien sûr un salon elle-même. Il est bon de rap­pel­er que les pré­cieuses sont à […]

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