Dernière mod­i­fi­ca­tion le 3 sep­tem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

Qui n’a jamais enten­du par­ler de Madame de La Fayette et de La Princesse de Clèves ? Et pour cause, nous avons là le pre­mier roman psy­chologique mod­erne ! Il est intéres­sant de soulign­er que lors de la pub­li­ca­tion de cet ouvrage, l’opinion publique, per­suadée qu’une femme ne pou­vait être l’auteur d’un tel chef‑d’œuvre, en attribue le mérite à un homme… Mais qui est donc cette femme dont l’œuvre – et a for­tiori le nom – ont tra­ver­sé les siècles ?

Madame de Lafayette

(1634 – 1693)

La biographie de Madame de La Fayette

Madame de La Fayette, née Marie-Magdeleine Pioche de La Vergne le 18 mars 1634 à Paris, est l’ainée d’une famille de petite noblesse mais aisée et let­trée. Son père, gen­til­homme pas­sion­né de lit­téra­ture qui ébaucha sa bril­lante édu­ca­tion, meurt à la guerre en 1649 et c’est à Ménage et au père Rapin que revient donc de par­faire l’é­d­u­ca­tion de Marie-Madeleine (ital­ien, latin – “les belles let­tres” – entre autres enseigne­ments). Elle apprend vite, le poète Jean Reg­nault de Segrais dira qu’après trois mois d’études, voy­ant ses deux maîtres en dis­cus­sion sur un pas­sage latin qu’ils expli­quaient diverse­ment, elle les mit d’accord en leur mon­trant qu’ils se trompaient tous les deux.

Son mariage avec le comte de La Fayatte

En 1655, à l’âge de 21 ans, elle épouse un Auvergnat de trente-huit ans, François Moti­er, comte de La Fayette dont elle aura deux fils. Elle doit à ce veuf, frère de la célèbre Louise de la Fayette, la for­tune et un nom, mais le bon­heur con­ju­gal – si tant est qu’il ait existé – sem­ble de courte durée, ils vivent loin l’un de l’autre la majeure par­tie du temps (elle, à Paris et, lui, en province) à tel point que La Bruyère résumera ain­si la chose : « Nous trou­vons à présent une femme qui a telle­ment éclip­sé son mari, que nous ne savons pas s’il est mort ou en vie… ». Elle entre­tien­dra en revanche des ami­tiés très étroites avec Ménage, La Rochefou­cault, Madame de Sévi­gné (qu’elle ren­con­tr­era grâce au remariage de sa mère avec l’oncle de cette dernière) ou encore avec Hen­ri­ette d’Angleterre (future duchesse d’Orléans) qui lui per­me­t­tra d’intégrer les cer­cles intimes de la roy­auté. Mais à la Cour elle préfér­era les salons et en fréquentera un cer­tain nom­bres (par­mi ceux-ci celui de Madame de Scud­éry) et elle tien­dra bien sûr un salon elle-même. Il est bon de rap­pel­er que les pré­cieuses sont à l’origine des mou­ve­ments fémin­istes à venir et que c’est bien dans cet “esprit” que vit cette dernière et que Paris au XVI­Ie siè­cle, même dans les tumultes de la fronde, échappe aux rav­ages véri­ta­bles des guer­res, con­traire­ment aux provinces campagnardes.

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Madame de Lafayette

Marie-Madeleine ne tire pas van­ité de ses con­nais­sances (elle aurait trop peur de la rail­lerie des hommes et de la jalousie des femmes si elle venait à s’en van­ter). Ses études clas­siques tran­spirent plutôt qu’elles ne se mon­trent. Cette femme cache, sous une froideur appar­ente, une sen­si­bil­ité déli­cate et ne pro­duit que de bonnes impres­sions à ses pairs par sa sim­plic­ité, la rare dis­tinc­tion de son esprit, la droi­ture de ses sen­ti­ments et beau­coup de souf­france cachée – source de son inspiration.

Après la mort de ses amis, et surtout celle de La Rochefou­cauld, elle se retire de la vie mondaine afin de se pré­par­er à la mort et suc­combe à la mal­adie le 26 mai 1693.

L’œuvre littéraire de Madame de Lafayette

Elle pub­lie sous l’anony­mat une nou­velle en 1662, La Princesse de Mont­pen­si­er, puis les deux vol­umes de Zayde (ou Zaïde) en 1671, sous le nom de son ami let­tré et précédem­ment évo­qué, Jean Reg­nault de Segrais. Mais c’est surtout son court roman pub­lié en 1678, La Princesse de Clèves, qui lui vau­dra un suc­cès immédiat.

Mme de La Fayette ne par­le, dans ses nou­velles, que de la douleur d’aimer, de la tragédie vis­i­ble ou secrète des inélucta­bles désor­dres amoureux.

LA PRINCESSE DE CLÈVES 

Princesse de Cleves

Résumé et com­men­taires de l’œuvre

La Princesse de Clèves mar­que l’ir­rup­tion du trag­ique dans le monde de la retenue et du respect des con­ve­nances. Mme de Clèves, aime son mari moins qu’elle ne le croit, mais plus qu’elle ne le sait : à par­tir d’une sit­u­a­tion apparem­ment sim­ple, et à l’in­térieur d’un cer­cle social extrême­ment étroit, se pose en fait un prob­lème psy­chologique et social extra­or­di­naire­ment com­plexe ; de même, à la sub­til­ité du réel cor­re­spond la sub­til­ité d’une phrase où rien n’est jamais ni oublié ni superflu.

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Ce roman inau­gure le roman d’analyse, c’est un chef‑d’œuvre de fine obser­va­tion, d’élévation morale, de style sobre et mesuré. L’auteure utilise l’Histoire en 1678 pour nar­rer une tragédie de la pas­sion ! Con­traire­ment aux romans de l’époque, en peu de pages, des indi­vidus aiment, souf­frent, jalousent et meurent.

Dédaigneuse de la mode, hos­tile à l’ar­ti­fice et à la con­ven­tion, soucieuse de ne jamais ennuy­er et de ne jamais se répéter, elle met au point la véri­ta­ble illu­sion romanesque, celle qui fait fi de l’il­lu­sion. L’au­teure rompt avec l’in­tel­lec­tu­al­isme du roman tra­di­tion­nel, tout en con­ser­vant intact le souci de soi et de la « gloire ». La pureté du sen­ti­ment est à la fois accep­ta­tion de l’in­stinct et volon­té de le vain­cre si, au bout du compte, il le faut pour se « gag­n­er » soi-même.

L’amour est une ten­ta­tion devant l’impossible : Mme de La Fayette dans La Princesse de Clèves en dit l’échec inévitable. 

Les autres ouvrages de Madame de Lafayette

On doit aus­si à Mme de La Fayette une His­toire d’Hen­ri­ette d’An­gleterre (1720), la Comtesse de Tende (1724), Isabelle ou le Jour­nal amoureux d’Es­pagne (pub­lié seule­ment en 1961), ain­si que des Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689 (1731).

À par­tir de 1720 paraîtront, à titre posthume, trois ouvrages de sa main : une His­toire de Madame, des Mémoires de la Cour de France pour 1688 et 1689, et une nou­velle, La Comtesse de Tende.

La Princesse de Clèves est aujour­d’hui encore étudiée au lycée et a été adap­tée au ciné­ma plusieurs fois. Sou­vent con­sid­éré comme le pre­mier roman mod­erne, il est surtout encore ter­ri­ble­ment actuel et finale­ment intemporel…

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Madame de La Fayette

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