José Valli présente sa monographie sur Port-Saint-Louis-du-Rhône : Sur les traces de nos pas

La Compagnie Littéraire : José Valli, bonjour.  Vous avez, au tournant de l’année 2019-2020, publié un ouvrage très original avec La Compagnie Littéraire à propos de votre ville : Port-Saint-Louis-du-Rhône. 

Ce livre s’intitule : Sur les traces de nos pas: Histoire et petites histoires de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Quand vous est venue cette idée sur la conception de cette monographie et pourquoi ?

José Valli : En 2015, quand le livre sur le docteur Simon Colonna est sorti, les critiques étaient à la fois dithyrambiques et bienveillantes.  Chaque lecteur qu’il m’arrivait de croiser lors des séances de dédicace m’encourageait à continuer dans cette voie et m’incitait à écrire un livre sur la ville et sur ses habitants. L’idée m’a plu, puis elle a fait son chemin dans mon esprit. Je me suis alors imposé un certain nombre de contraintes : je savais ce que je désirais et je savais aussi ce que je ne voulais pas. Le choix s’est porté vers une monographie sur la mémoire des anciens car pour moi il était hors de question de faire un simple album de photos anciennes, une sorte de « dépliant touristique » que l’on trouve pour presque toutes les villes de France.

La Compagnie Littéraire : Vous avez décidé de travailler sur le témoignage direct des habitants de Port-Saint-Louis-du-Rhône. Comment avez-vous commencé ?

José Valli : Tout d’abord avec l’aide de Colette et de Jérôme Colonna, les enfants du docteur, avec Marielle, mon épouse, nous avons créé une association ayant pour but de rassembler toutes les générations de Port-Saint-Louisiens autour de l’histoire de la ville et de la mémoire de ses anciens. L’association ayant pour mission la promotion de la ville et du territoire par l’écriture, mais aussi par la communication, la photographie, le cinéma et tout ce qui touche à l’art urbain. Cela nous a permis d’étendre notre réseau de lecteurs, mais également de pouvoir fédérer autour de notre projet : une belle monographie sur la ville qui fera office de passe-mémoire multiculturel et inter générationnel.

Nous avons ensuite pris contact avec notre éditeur pour avoir une idée de la faisabilité et du coût approximatif de ce projet. C’est aussi dans ces moments-là qu’il est bon d’avoir une grande confiance en ses partenaires. Une fois le projet arrêté dans ses grandes lignes, nous l’avons présenté aux instances locales, à Monsieur le Maire et à son conseil municipal ainsi qu’aux autres associations de la ville. Ceci fait, nous avons organisé des réunions conviviales dans les différents quartiers de la ville pour faire connaître nos intentions. Ensuite,  nous avons passé des annonces dans les journaux locaux expliquant la teneur de nos recherches. Nous souhaitions rencontrer des témoins du développement de la vie locale, solliciter les anciens avant qu’ils ne choisissent de se taire et d’emporter à jamais leurs souvenirs. Nous recherchions des photos rares et d’époque ainsi que des portraits de personnes ayant laissé leur trace dans les esprits.

Je voudrais rajouter que Martial Alvarez, le maire et les élus de la municipalité, ont facilité nos démarches lors de cette étape capitale. Ils ont toujours été aux côtés de l’association pour l’aider médiatiquement, techniquement et financièrement. Merci également à Martine Vassal, la Présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, qui nous a également soutenus financièrement.  Sans leur soutien rien n’aurait été possible et je les en remercie vivement.

La Compagnie Littéraire : Votre livre est parsemé d’anecdotes du terroir, de souvenirs des uns et des autres, de photos et de documents d’archives. C’est un vrai travail de mémoire et un hommage à votre ville. Combien de temps cela vous a-t-il pris pour rassembler tous les éléments qui font de cet ouvrage une mine de renseignements et un monument du souvenir ?

Pour mener à bien ce projet j’avais estimé qu’il nous faudrait au moins trois années de recherche, de rencontres et de travail d’écriture. Avec Monika Kliava, la directrice de la Compagnie Littéraire, nous avions même prévu au début 2017 de la date de sortie du livre pour novembre 2019. Nos estimations se sont avérées exactes. J’y ai passé beaucoup de temps, je peux dire plus de 1000 jours de travail, sans relâche. Après le temps des rencontres, parfois extraordinaires et rarement infructueuses, le temps de l’écoute, du décryptage, des maintes vérifications puis de la réflexion sur la remise en forme, par l’écriture, de ce que j’avais entendu, le temps des esquisses, des cahiers des charges et des plans de financements, il était temps de se mettre à la tâche. Un travail titanesque. Les derniers mois pour les corrections il nous arrivait même, avec Monika, de travailler jusque tard dans la nuit. Mais quel réconfort cela a été de travailler avec de vrais professionnels et quel luxe que de se sentir épaulé par son éditeur comme si j’étais son seul et unique écrivain. C’est donc la riche histoire de notre ville qui m’a inspiré cette monographie, réalisée à partir des petites histoires des familles Saint-Louisiennes.

La Compagnie Littéraire : La ville de Port-Saint-Louis-du-Rhône s’est construite en plusieurs étapes depuis la fin du XIXe siècle ; les « quartiers » se sont juxtaposés au fil du temps et de l’arrivée de travailleurs venus de différents horizons. Si vous deviez faire une présentation globale de cette mosaïque aujourd’hui, que diriez-vous ?

José Valli : Au début, il n’y avait rien. L’embouchure du Rhône en Méditerranée où marais et étangs se partageaient des terres hostiles envahies par les moustiques. Au XIXe siècle le creusement du canal Saint-Louis verra le jour. De 1864 à 1873 s’y ajoutera la construction d’un port relié au Rhône par des écluses. Enfin, le 28 mars 1904, une loi érige Port-Saint-Louis-du-Rhône en commune mais, jusqu’aux années 1950, elle ne semble pas avoir d’image urbaine. Emergée du modelage de cette terre de delta entre le Rhône et la mer Méditerranée, au début elle n’est qu’une simple juxtaposition de faubourgs dispersés autour du port. Chaque faubourg avait son image propre, son type de peuplement et son autonomie. Port-Saint-Louis-du-Rhône a toujours été situé en marge du territoire, mais cette nécessité d’adaptation a fait son histoire. Elle est d’ailleurs portée par la conscience collective et par l’amour profond des habitants pour leur ville. En un peu plus de cent ans elle s’est façonné un paysage, une identité et une culture en devenant une terre de rencontres et d’échanges.

La Compagnie Littéraire : Il y a des lieux culte (comme les cabanons, les docks, la mercerie À la belle jardinière, l’Hôtel du midi, pour ne citer que ceux-là) et des personnages culte (que l’on rencontre au fil des pages avec les nombreuses photos qui illustrent l’ouvrage), pourriez-vous revenir sur quelques-uns de ces éléments qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

José Valli : J’ai vu le jour dans une cabanette au faubourg Hardon, un des plus anciens faubourgs de la ville. Mon père y est né également. Il faisait partie, comme mon grand-père le charbonnier, de ces personnages hauts en couleur et connus de tous. Par une extraordinaire coïncidence, cette cabanette se trouvait au fond de la cour de l’épicerie de Marie, « La Belle jardinière », qui n’était autre que la grand-mère de Marielle, aujourd’hui mon épouse. Une cabanette peut être considérée comme l’équivalant urbain du cabanon. Le cabanon qui, comme le bassin central, la tour ou la rizerie, est un lieu culte de notre ville. Qu’ils soient charretiers, infirmières, instituteurs, sages-femmes, pêcheurs, curés, docteurs, employés de mairie, dockers, menuisiers, sportifs, élus… J’ai tenté de retrouver, décennie par décennie, anecdote par anecdote, toutes ces « personnalités » qui ont « fait » notre ville.  Ceux qui ont marqué les esprits, parfois comme des légendes urbaines que l’on se raconte en famille. Au détour des pages on découvre le quotidien des femmes et des hommes qui sont les témoins d’une époque, mais aussi les acteurs d’un passé commun. J’ai une passion pour ma ville, pour ses habitants et pour toutes ces histoires de vies, même les plus simples. De ce fait et pour répondre à votre question, chacun de ces lieux, chacun de ces personnages, me tient à cœur et je ne saurais sincèrement en choisir un plutôt qu’un autre.

La Compagnie Littéraire : Vous avez déjà publié chez nous un livre évoquant la vie du Docteur Simon Colonna, médecin à Port-Saint-Louis-du-Rhône. Le personnage a marqué les esprits par son côté humanitaire. Il est, bien sûr, présent dans cette monographie. Pouvez-vous nous en dire quelques mots en hommage à son souvenir ?

José Valli : En écrivant, à la demande de sa famille, la biographie du « Docteur des pauvres »,  je m’étais fait le porte-parole de tous les Port-Saint-Louisiens qui souhaitaient rendre hommage au docteur Simon Colonna. Le docteur Colonna était un personnage fascinant. Ses gestes, son verbe, sa voix, son comportement, sa réflexion, son vécu, sa pugnacité, son raisonnement, son rapport à l’autre et son humilité en faisaient un être exceptionnel. En plus de son métier qu’il exercera sans compter, à la fin de ses jours il aura pour combat de faire construire le clocher de l’église dont la ville de Port-Saint-Louis-du-Rhône avait été spoliée. « Un village sans clocher est un village sans âme », disait-il. Ce récit est fait d’un tas d’anecdotes mêlant la vie du docteur et celle des gens du village révélant ainsi les événements marquants de la vie sociale, religieuse et politique de la ville. Et puis, le docteur Simon Colonna m’a mis au monde, puis il m’a sauvé la vie, je lui devais bien cette reconnaissance !

La Compagnie Littéraire : Les différents quartiers qui ont « fait » Port-Saint-Louis-du-Rhône reflètent à la fois le développement de la ville et la succession des vagues d’immigration de la fin du XIXe siècle à nos jours. En lisant votre ouvrage, on est frappé par la solidarité entre les habitants et en même temps par la différenciation des différents quartiers. Quelles réflexions cela vous inspire-t-il ?

José Valli : C’est le mot « paradoxal » qui pour moi reflète le mieux l’état d’esprit local. Auquel on pourrait rajouter les mots atypique, résilient, rude, passionné… Paradoxal, car la ville est faite d’individualités regroupées en ethnies, Grecs, Italiens, Espagnol, Arlésiens, pieds noirs, Ardéchois, souvent opposées les unes aux autres. Des individualités regroupées en faubourgs jalousant immanquablement celui d’en face. Des individualités unies pour certains par la même couleur politique et partageant la ville en deux entités irréconciliables ou encore par des individualités professionnelles, les dockers d’un côté et ceux qui les envient de l’autre !  Le paradoxe étant que toutes ces individualités antinomiques se regroupent instantanément en une seule et unique entité solidaire et résiliente dès que l’on déverse de l’opprobre sur « leur » ville ou qu’une attaque « étrangère » vient porter atteinte à un des leurs ! Robert Park écrivait : La ville n’est pas une simple agglomération d’hommes et d’équipements, c’est un état d’esprit.   

Je trouve que cela correspond bien à Port-Saint-Louis-du-Rhône.

La Compagnie Littéraire : Au fil des pages et des photos, une certaine nostalgie s’installe sur le passé et le présent. La couverture du livre montre à cet égard un échantillon d’illustrations révélatrices, je pense par exemple à ce couple qui danse dans les années 1950, ou à l’homme à bicyclette avec son porte-voix… Comment avez-vous choisi ces photos et pouvez-vous les commenter pour nous ?

José Valli : Le choix de ces photos est très personnel. Pour la couverture je souhaitais tout d’abord de belles images fortes et parlantes à tous d’une époque contemporaine mais pourtant disparue. Les années 1970 marquent la fin d’un cycle. Il n’y a plus de bateaux de marchandises dans le port, plus de vaguemestre à vélo et au porte-voix, plus de bal du dimanche après-midi, alors que plusieurs générations ont connu ces images qui ont forcément aujourd’hui un goût de nostalgie. Dans le livre j’aspirais également à ce que chaque famille puisse retrouver un des siens ou au moins des personnages familiers et des lieux insolites qui ont bercé leur enfance ou leur jeunesse.  J’avais pour désir que les plus anciens, comme un passe-mémoire, puissent feuilleter ce livre et en parler avec leurs enfants et petits-enfants, puis que ce livre entre pour toujours dans leur patrimoine familial.

La Compagnie Littéraire : L’histoire des docks est ici « une histoire dans l’histoire ». C’est un monde que vous connaissez bien, vous qui avez exercé le métier de docker à un moment de votre existence.

C’est un travail dur, un monde à part. On assiste ici au basculement du métier avec la mécanisation, alors qu’au départ tout était fait à dos d’homme. Cet aspect du livre est un témoignage historique précieux. Quelques commentaires de votre part ?

José Valli : La ville est née de son port !  Les aïeuls des plus anciennes familles de Port-Saint-Louis-du-Rhône ont participé au creusement du canal et du port, puis ils se sont installés dans des cabanes jusqu’à créer la ville. Ici on est docker de père en fils et c’est à 20 ans, au fond d’une cale, en travaillant en équipe avec lui, que j’ai tissé mes liens les plus forts avec mon père. Les professions portuaires étaient rudes et dangereuses et nombreuses sont les familles à avoir enduré des drames liés à ces métiers. Pourtant, il y avait un attachement fort et important de la population à ce métier qui faisait partie intégrante de la ville, avec ses bons et ses mauvais côtés. Cette solidarité intergénérationnelle qui, avec la mécanisation, la délocalisation du port de commerce hors de la ville (et la généralisation du téléphone portable), disparaît lentement. Les moments portuaires décrits dans le livre font date car ils ne se revivront plus jamais.

La Compagnie Littéraire : Votre ouvrage était attendu. Les habitants de votre ville, qui avaient de près ou de loin participé à son élaboration par leurs différents témoignages, ont-ils été heureux d’y retrouver leur Histoire ?  Aujourd’hui, quelles sont les retombées de cet ouvrage ? Et avez-vous d’autres projets en vue ?

José Valli : Oui il y avait une attente forte et donc ce fut un engouement incroyable lors de sa sortie. Pour la soirée de présentation organisée sur invitation par la municipalité nous avons dû refuser des centaines de personnes car la salle de spectacle ne pouvait recevoir toute la population. Nous avions fait en sorte tout de même que tous ceux qui étaient intervenus dans le livre puissent, avec une autre personne de leur famille, être présents. La soirée de présentation avec toutes les « huiles » de la région et avec la présence de Rudy Ricciotti architecte mondialement connu et qui nous a gentiment préfacé « Sur les traces de nos pas : Histoire et petites histoires de Port-Saint-Louis-du-Rhône » fut un moment mémorable et un moment de communion inoubliable pour toutes les personnes présentes. Une grande partie des livres édités ont été vendus pour les fêtes de Noël et nous réfléchissons déjà à un second tirage.

Nous sommes également très fiers d’annoncer que « Sur les traces de nos pas : Histoire et petites histoires de Port-Saint-Louis-du-Rhône » a eu l’insigne honneur d’entrer au Museon Arlaten, Musée d’ethnologie de la Provence créé à la fin du XIXe siècle par Frédéric Mistral et qu’il devrait prochainement faire aussi son entrée au Musée de la Camargue.

En ce qui concerne les projets, à la demande et avec l’aide de Classic Courses, je suis actuellement en train d’écrire les mémoires d’un pilote de Formule 1. Un champion français qui a couru pour les plus grandes écuries dont McLaren, Renault, Ligier et surtout Ferrari pour laquelle il a remporté des Grands Prix.  Cela me permet de vivre mes deux passions, l’écriture et les sports mécaniques. Je suis heureux de constater que mon travail est reconnu et fier d’annoncer que ce livre sera préfacé par un des plus grands sportifs de tous les temps… un nom connu et reconnu dans le monde entier.   La sortie de ce livre est prévue à la fin de l’année 2021. Ensuite, et j’y pense depuis plusieurs années, j’écrirai une histoire vécue : La création, la conception, le transfert, l’installation et l’exploitation d’un sous-marin de tourisme à Bora Bora. Biographie, roman, monographie, mémoires d’un champion, histoire vécue…

En fait j’aime bien varier et goûter à tous les genres d’écriture, les découvrir par moi-même, apprendre, puis plonger dans l’inconnu en me mettant en danger et ainsi m’imaginer de nouveaux défis à relever. J’ai également, pour 2024, deux autres projets concernant les 120 ans de la ville, mais il faut encore que je présente ces projets aux élus et que quitus me soit donné. Puis viendra le temps d’écrire d’autres romans.

Propos recueillis par Monique Rault.

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Le livre Sur les traces de nos pas : Histoire et petites histoires de Port-Saint-Louis-du-Rhône est  disponible sur Fnac.com, Amazon, Decitre, les librairies du réseau Place des librairies et Dilicom et plus généralement en commande dans toutes les librairies de France et de Navarre.

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