Madeleine de Scudéry

Madeleine de Scudéry (1607-1701)

SA VIE

Madeleine de Scudéry est née au Havre le 15 novembre 1607. Issue de la petite noblesse, elle est connue également sous le nom de « Sappho » (anciennement orthographié « Sapho ») – un nom qu’elle se donnera à elle-même dans l’une de ses œuvres  – revendiquant ainsi un lien particulier avec Sapho, la poétesse grecque de l’Antiquité. D’autres poétesses grecques apparaissent également dans son œuvre et ces modèles antiques, à travers leur pluralité, servent de point d’ancrage pour le développement d’une pensée forte et cohérente sur l’écriture, notamment pour les femmes. 

Orpheline à l’âge de six ans, elle reçoit une éducation exceptionnelle pour une femme de l’époque par son oncle, un ecclésiastique, qui lui fait découvrir les lettres, la danse, la musique et qui l’introduit dans « le beau monde » .

Elle se rend à Paris vers 1635 sous la protection de son frère Georges (écrivain également) et débute sa carrière en écrivant à des autorités comme Guez de Balzac ou Chapelain. Ses romans, que son frère signe pour la bienséance sont, en partie ou en entier, de la plume de Madeleine, des œuvres dans lesquelles elle défend la gloire et la liberté féminines.

Son appétit du savoir sera chez elle un leitmotiv qui lui ouvrira les portes de l’hôtel de Rambouillet. Dans cet hôtel qui fut construit à la demande de la marquise de Rambouillet – l’une des personnalités féminines les plus marquantes de son temps : une femme décrite comme « belle, vertueuse sans être prude, cultivée sans être pédante et qui sut faire de son salon le centre du bon goût et de la bienséance » – Madeleine de Scudéry brillera par sa culture et son esprit.

Elle deviendra donc une habituée de l’hôtel de Rambouillet avant de lancer, en 1652, son propre salon littéraire (hérité de son frère Georges qui doit s’exiler). Les Chroniques du Samedi, recevront des écrivains de renom et des amateurs des belles lettres très distingués. Mme de La Fayette, Mme de Sévigné (dont nous étudierons les portraits dans les prochains articles), Mme Scarron (future Mme de Maintenon), Mme de La Rochefoucauld, Concart et Pellisson participèrent à ces réunions littéraires.

C’est son salon littéraire qui donne le ton de la préciosité dont elle était l’une des plus célèbres représentantes. On y parle de romans et vers nouveaux, on échange des madrigaux, on en consacre à la gloire de Sappho, on disserte du cœur, on rédige une Gazette du Tendre.

Plus connue pour son érudition et ses écrits que pour sa beauté, elle écrira dans l’une de ses œuvres : « Hélas ! Que sert à une femme d’avoir de la tête et du cœur si le reste est sans agrément ».

Elle choisit la liberté du célibat, et malgré sa pauvreté n’accepte de minces subsides que du roi ou d’amies délicates. Elle restera toute sa vie fidèle à cette volonté de croire à l’idéal d’amour tendre et écrira de nombreux vers sur l’amitié tels que :

« Quand l’aveugle destin aurait fait une loi
Pour me faire vivre sans cesse,
J’y renoncerais par tendresse,
Si mes amis n’étaient immortels comme moi. »

Madeleine de Scudéry meurt le 2 juin 1701 à Paris, à l’âge de 94 ans.

 

SON ŒUVRE

 

C’est à elle que l’on doit le plus long roman de la littérature française Artamène ou le Grand Cyrus, roman épique qui trace les portraits des héros de la Fronde.

Elle est une auteure de longs romans galants à clé (8 à 10 volumes chacun) : Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653), Clélie, histoire romaine (10 volumes, 1654-1660), Almahide ou l’esclave reine (8 volumes, 1660), Mathilde d’Aguilar, histoire espagnole (1667).

Ses romans ont donné lieu à une vogue de romans précieux proposant une vision idéalisée de l’amour et une peinture poétisée de la société mondaine. Son œuvre littéraire marque l’apogée du mouvement précieux.

Madeleine de Scudéry est une auteure à succès dont on lit avec délectation les romans-fleuves qu’elle met plusieurs années à composer. Les deux longs romans qui constituèrent en leur temps un extraordinaire succès de librairie sont Le Grand Cyrus et Clélie. Parus chez A. Courbé, sous le nom de Georges de Scudéry, traduits en de nombreuses langues, les dix volumes d’Artamène ou Le Grand Cyrus (1649-1653), puis de Clélie, Histoire romaine (1654-1660) firent de Madeleine de Scudéry, en dépit d’un scrupuleux souci de discrétion dicté par le soin de sa position mondaine, l’une des premières femmes de lettres françaises.

            Le Grand Cyrus, dix volumes, 13 095 pages, il détient un record de longueur difficilement égalable. Il fallut cinq ans, de 1649 à 1653, pour que ce roman-fleuve paraisse dans sa totalité. Et le lecteur attendait à chaque fois la suite avec une impatience renouvelée. L’action du Grand Cyrus se déroule dans la Perse du Ve siècle av. J.-C. et crée un exotisme né du double décalage du temps et du lieu. Cyrus, amoureux de la belle Mandane, est à la recherche de sa bien-aimée. Mais elle est convoitée et enlevée par des rivaux successifs, ce qui contraint le héros à des poursuites et à des combats incessants. Aventures militaires et amoureuses dans des contrées diverses, rebondissements, mais aussi portraits et fines descriptions psychologiques alternent dans ce roman dont l’intérêt était encore renforcé par ce qu’on appelle les clefs. Les personnages fictifs évoquaient en effet des êtres bien réels de l’époque de Madeleine de Scudéry : sous Cyrus, se cache le grand homme de guerre, Condé, sous Mandane, la duchesse de Longueville, célèbre pour ses nombreux complots contre le pouvoir royal, sous la sage Sapho, Madeleine de Scudéry elle-même.

On s’arrache les dix tomes de cette fresque héroïque et amoureuse, lue pendant la Fronde comme un commentaire des troubles.

            Clélie, également en dix volumes, est publié de 1654 à 1660. Elle y fait évoluer des personnages généralement tirés de l’histoire antique. Mais, sous la période décrite qu’elle tente de reconstituer, elle fait en réalité apparaître la période où elle vit, décrit les comportements de son temps, développe sa conception de la vie marquée par la préciosité, ce qui explique d’ailleurs l’engouement des lecteurs : ils se retrouvent, ils se reconnaissent dans les êtres fictifs qu’on leur présente comme des reflets d’eux-mêmes. Clélie, histoire romaine, où Madeleine insère la fameuse Carte de Tendre imaginée pour Pellisson, conserve la structure des romans grecs de l’Antiquité, mais tient aussi de la gazette galante : vers, descriptions, portraits et conversations en font un « élégant manuel de savoir-vivre », de savoir-lire et de savoir-écrire. Entourée de collaborateurs érudits (Pellisson, Huet, Ménage), Madeleine concilie fidélité au clan Longueville, prudence politique et attachement à la famille royale dans ce vaste roman qui s’achève sur les éloges de Mazarin et de Fouquet. C’est cette œuvre à la géographie galante, confinant parfois au mièvre, qui aurait détourné le courant précieux de son modernisme originel.

Attentive aux évolutions du goût, elle renonça au modèle des romans héroïques au profit trois nouvelles publiées anonymement : Célinte (1661), Mathilde (1667) et  La Promenade de Versailles (1669). En 1661, Célinte, une nouvelle proche du conte, est publiée sans dédicace, autrement dit sans protection. À la disgrâce de Fouquet, les ennemis de Madeleine applaudissent au discrédit que jette sur sa ruelle l’arrestation de Pellisson. Privilégiant désormais la réussite institutionnelle, Mlle de Scudéry étend son réseau de prestigieux correspondants (Leibniz) et compose, pour quelques amis, pour des Grands (Christine de Suède, Monsieur) et surtout pour le roi, des poésies encomiastiques, deux brefs romans nostalgiques, Mathilde d’AguilarLa Promenade de Versailles, et la série des Conversations, dont certaines seront lues à Saint-Cyr. En dépit d’ingénieuses dédicaces, les gratifications sont irrégulières.

De 1680 à 1692, Madeleine de Scudéry se fit moraliste, et publia dix volumes de Conversations : elle y reprit et remania quelques-uns des longs passages dialogués de ses romans, sur des sujets de savoir-vivre, de morale et même de poétique, auxquels elle ajouta des textes inédits qui en prolongeaient les analyses. Publiées à part dans la Morale du monde ou Conversations, les conversations pleines de sens et d’esprit de ses personnages sont devenues une sorte de manuel de la société élégante.

En 1671, son Discours de la Gloire fut couronné par le prix d’éloquence, décerné pour la première fois par l’Académie française. À défaut de pouvoir entrer dans ce corps, elle fut élue en 1684 à l’Académie des Ricovrati de Padoue.

Jusqu’à sa mort, Madeleine de Scudéry  entretint une ample correspondance avec de nombreux savants et plusieurs princes étrangers.

Portrait Madeleine de Scudéry

 

Dans le prochain article, nous nous pencherons sur la vie de Mme de La Fayette et de son fameux roman La princesse de Clèves.

Commentaires

Commentaires

One thought on “Madeleine de Scudéry

  1. Pingback: Madame de La Fayette ou Marie-Madeleine Pioche de la Vergne

Laisser un commentaire