Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Bernard Fet­ter, bon­jour. Vous avez pub­lié dans le cat­a­logue de livres de notre mai­son d’édi­tion un petit livre aux illus­tra­tions orig­i­nales inti­t­ulé : Le bus de la savane. Com­ment ce tra­vail a‑t-il vu le jour ?

Bernard Fet­ter. C’est mon troisième livre pour enfants et à chaque fois il y a des ani­maux ou des insectes. Je trou­ve cela plus drôle à écrire. Pour celui-ci, cela m’a amusé d’imaginer des ani­maux atten­dant un bus comme le font les humains. Vous savez, les ani­maux sont des bêtes comme vous et moi.

CL : L’his­toire com­mence vers 5 heures de l’après-midi et se ter­mine tard dans la nuit. Tout se con­cen­tre autour de ce fameux bus de la ligne Savane-Grand Lac via Lama-Assis-par-les-eaux. Dites-nous, que représente ce bus ?

BF : Vous savez les ani­maux sont comme nous, ils paient leurs impôts, ils votent et par­fois ils regar­dent la télévi­sion alors pourquoi pas pren­dre un bus !

CL : Le réc­it débute ain­si : Comme toutes les fins d’après-midi, vers 5 heures à vue de hibou, la girafe attend le bus. La girafe, c’est le pre­mier per­son­nage que vous citez. Pour quelle rai­son sem­ble-t-elle « se détach­er sur la toile », out­re le fait qu’elle soit grande ? On la retrou­ve d’ailleurs un peu plus loin, lorsqu’elle monte dans le bus et gagne vite la plate-forme arrière où elle pour­ra se redresser.

BF : J’aime beau­coup les girafes. Elles marchent à l’amble, elles sont un peu ridicules quand elles plient leurs genoux pour boire, elles émet­tent très peu de sons audi­bles pour nous. Elles sont un peu inadap­tées à notre monde mais pour­tant elles ont des yeux magnifiques.

CL : ll y a du monde qui attend à 5 heures à cet arrêt du bus de la savane, c’est l’heure de pointe. Le soleil est encore bien haut. On iden­ti­fie deux tapirs, deux petits chim­panzés avec leur maman, et une famille d’oiseaux de par­adis, sans oubli­er le vieil urubu qui con­trôle les bil­lets. Bernard Fet­ter, qui sont tous ces per­son­nages ? Com­ment et à par­tir de quoi les avez-vous imaginés ?

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BF : Il y a un tapir dans Tintin et le Tem­ple du soleil alors pourquoi pas chez moi ? Les chim­panzés sont des humains en puis­sance, les oiseaux de par­adis sont des fleurs mais cela me plait de les imag­in­er en oiseaux et l’urubu est laid mais cela n’est pas de sa faute.

CL : Mais ce jour-là n’est pas un jour comme les autres : il y a aus­si une ravis­sante gazelle (elle est habil­lée comme pour aller danser) qui attend quelqu’un. Et le voilà ! C’est un lion séduc­teur (habil­lé aus­si comme pour une fête). C’est le spec­ta­cle du jour ! Eux, ils ne pren­dront pas le bus, et vous écrivez : la gazelle va vers son des­tin au bras du lion qui, lui, va vers son fes­tin. Le soleil va bien­tôt dis­paraître. Quelle fable se cache der­rière ces événe­ments et cette remarque ?

BF : Sim­ple­ment la vie de la savane, les lions man­gent les gazelles et les ogres les enfants.

CL : Le bus arrive enfin. Les pas­sagers qui descen­dent ( qua­tre suri­cates, trois pha­cochères et trois ser­pents) croisent ceux qui mon­tent. Et le bus repart ; avec un gros plan sur le chauf­feur qui est un paresseux tra­vailleur. Au pas­sage vous ajoutez : une espèce en voie de dis­pari­tion ultra rapi­de. Là, on sent la remar­que cri­tique et humoris­tique. Pou­vez-vous nous en dire un peu plus ?

BF : Lui aus­si est un inadap­té à notre monde. Le paresseux tra­vaille beau­coup à ne rien faire comme Gas­ton Lagaffe. Observ­er un paresseux est un spec­ta­cle fasci­nant et pas sim­ple­ment au zoo de Beau­val, dans la vie aussi.

CL : Le bus pour­suit son chemin vers Grand Lac, évi­tant au pas­sage un groupe de gnous qui jouent au pan­golin foot­ball. Et nous, les lecteurs, on reste sur place avec le vieil urubu. Le bus a dis­paru et avec lui l’ag­i­ta­tion du jour. La lune est lev­ée, c’est la nuit. On dirait l’évo­ca­tion d’un cycle ou d’un rit­uel ; pourquoi nous lais­sez-vous là, avec le vieil urubu qui s’en­dort sur une pat­te, la tête sous son aile ?

BF : Je trou­ve bien que le voy­age ne se ter­mine pas, on peut imag­in­er une suite ou pas.

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CL : Nous y voilà ! Le vieil urubu s’est cassé la fig­ure, ce qui fait rire la chou­ette qui le regarde. Il va rester par terre à dormir et rêver. Est-ce que c’est le but de votre « con­te » ? On va dormir et rêver ?

BF : Ou bien lire et rêver

CL : Bernard Fet­ter, en dépas­sant la nar­ra­tion que je viens de (re)faire, j’ai deux ques­tions de fond sur cet ouvrage : La pre­mière c’est que cela évoque (peut-être à tort) les exer­ci­ces de style de Ray­mond Que­neau avec le groupe OULIPO : peut-être à cause de « la plate-forme arrière d’un auto­bus », qu’en est-il pour vous ?

BF : J’aime beau­coup Que­neau mais je n’y ai pas du tout pen­sé pour cette his­toire. Mais l’Oulipo n’est pas loin, en ce moment j’écris des nou­velles où je me suis don­né des contraintes.

La girafe est sim­ple­ment trop grande pour rester à l’intérieur d’où la plate­forme mais même à l’extérieur elle doit encore faire atten­tion. Inadap­tée je vous dit.

CL : La deux­ième ques­tion c’est aus­si une analyse sur les dessins qui sont comme une mise en scène de théâtre :

  • au début, vers 5 heures du soir, le soleil est tou­jours là. Les couleurs sont rouge, ocre et marron.
  • Puis, le soleil se couche : on est en bleu moyen / gris,
  • puis la nuit se lève, on est en bleu fon­cé, on va vers la nuit noire.

Com­ment avez-vous tra­vail­lé avec l’il­lus­tra­trice dans la com­po­si­tion de cet ouvrage ?

BF : Rox­ane Degren­delle est une excel­lente illus­tra­trice mal­gré son jeune âge. Cette pro­gres­sion col­oris­tique est entière­ment son œuvre après avoir décou­vert l’histoire. Je n’ai rien changé, tout a été là tout de suite. Elle a par­faite­ment ren­du sur le papi­er mon imag­i­naire tout en créant le sien.

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Pro­pos recueil­lis par Monique Rault. 

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