Le bus de la savane, un troisième ouvrage jeunesse pour Bernard Fetter

Éditions La Compagnie Littéraire : Bernard Fetter, bonjour. Vous avez publié récemment à La Compagnie Littéraire un petit livre aux illustrations originales intitulé : Le bus de la savane. Comment ce travail a-t-il vu le jour ?

Bernard Fetter. C’est mon troisième livre pour enfants et à chaque fois il y a des animaux ou des insectes. Je trouve cela plus drôle à écrire. Pour celui-ci, cela m’a amusé d’imaginer des animaux attendant un bus comme le font les humains. Vous savez, les animaux sont des bêtes comme vous et moi.

CL : L’histoire commence vers 5 heures de l’après-midi et se termine tard dans la nuit. Tout se concentre autour de ce fameux bus de la ligne Savane-Grand Lac via Lama-Assis-par-leseaux. Dites-nous, que représente ce bus ?

BF : Vous savez les animaux sont comme nous, ils paient leurs impôts, ils votent et parfois ils regardent la télévision alors pourquoi pas prendre un bus !

CL : Le récit débute ainsi : Comme toutes les fins d’après-midi, vers 5 heures à vue de hibou, la girafe attend le bus. La girafe, c’est le premier personnage que vous citez. Pour quelle raison semble-t-elle « se détacher sur la toile », outre le fait qu’elle soit grande ? On la retrouve d’ailleurs un peu plus loin, lorsqu’elle monte dans le bus et gagne vite la plate-forme arrière où elle pourra se redresser.

BF : J’aime beaucoup les girafes. Elles marchent à l’amble, elles sont un peu ridicules quand elles plient leurs genoux pour boire, elles émettent très peu de sons audibles pour nous. Elles sont un peu inadaptées à notre monde mais pourtant elles ont des yeux magnifiques.

CL : ll y a du monde qui attend à 5 heures à cet arrêt du bus de la savane, c’est l’heure de pointe. Le soleil est encore bien haut.  On identifie deux tapirs, deux petits chimpanzés avec leur maman, et une famille d’oiseaux  de paradis, sans oublier le vieil urubu qui contrôle les billets. Bernard Fetter, qui sont tous  ces personnages ? Comment et à partir de quoi les avez-vous imaginés ?

BF : Il y a un tapir dans Tintin et le Temple du soleil alors pourquoi pas chez moi ? Les chimpanzés sont des humains en puissance, les oiseaux de paradis sont des fleurs mais cela me plait de les imaginer en oiseaux et l’urubu est laid mais cela n’est pas de sa faute.

CL : Mais ce jour-là n’est pas un jour comme les autres : il y a aussi une ravissante gazelle (elle est habillée comme pour aller danser) qui attend quelqu’un. Et le voilà ! C’est un lion séducteur (habillé aussi comme pour une fête). C’est le spectacle du jour ! Eux, ils ne prendront pas le bus, et vous écrivez : la gazelle va vers son destin au bras du lion qui, lui, va vers son festin. Le soleil va bientôt disparaître. Quelle fable se cache derrière ces événements et cette remarque ?

BF : Simplement la vie de la savane, les lions mangent les gazelles et les ogres les enfants.

CL : Le bus arrive enfin. Les passagers qui descendent ( quatre suricates, trois phacochères et trois serpents) croisent ceux qui montent. Et le bus repart ; avec un gros plan sur le chauffeur qui est un paresseux travailleur. Au passage vous ajoutez : une espèce en voie de disparition ultra rapide. Là, on sent la remarque critique et humoristique. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

BF: Lui aussi est un inadapté à notre monde. Le paresseux travaille beaucoup à ne rien faire comme Gaston Lagaffe. Observer un paresseux est un spectacle fascinant et pas simplement au zoo de Beauval, dans la vie aussi.

CL : Le bus poursuit son chemin vers Grand Lac, évitant au passage un groupe de gnous qui jouent au pangolin football. Et nous, les lecteurs, on reste sur place avec le vieil urubu. Le bus a disparu et avec lui l’agitation du jour. La lune est levée, c’est la nuit. On dirait l’évocation d’un cycle ou d’un rituel ; pourquoi nous laissez-vous là, avec le vieil urubu qui s’endort sur une patte, la tête sous son aile ?

BF : Je trouve bien que le voyage ne se termine pas, on peut imaginer une suite ou pas.

CL: Nous y voilà ! Le vieil urubu s’est cassé la figure, ce qui fait rire la chouette qui le regarde. Il va rester par terre à dormir et rêver. Est-ce que c’est le but de votre « conte » ? On va dormir et rêver ?

BF : Ou bien lire et rêver

CL : Bernard Fetter, en dépassant la narration que je viens de (re)faire, j’ai deux questions de fond sur cet ouvrage : La première c’est que cela évoque (peut-être à tort) les exercices de style de Raymond Queneau avec le groupe OULIPO : peut-être à cause de « la plate-forme arrière d’un autobus », qu’en est-il pour vous ?

BF : J’aime beaucoup Queneau mais je n’y ai pas du tout pensé pour cette histoire. Mais l’Oulipo n’est pas loin, en ce moment j’écris des nouvelles où je me suis donné des contraintes.

La girafe est simplement trop grande pour rester à l’intérieur d’où la plateforme mais même à l’extérieur elle doit encore faire attention. Inadaptée je vous dit.

CL : La deuxième question c’est aussi une analyse sur les dessins qui sont comme une mise en scène de théâtre :

  • au début, vers 5 heures du soir, le soleil est toujours là. Les couleurs sont rouge, ocre et marron.
  • Puis, le soleil se couche : on est en bleu moyen / gris,
  • puis la nuit se lève, on est en bleu foncé, on va vers la nuit noire.

Comment avez-vous travaillé avec l’illustratrice dans la composition de cet ouvrage ?

BF : Roxane Degrendelle est une excellente illustratrice malgré son jeune âge. Cette progression coloristique est entièrement son œuvre après avoir découvert l’histoire. Je n’ai rien changé, tout a été là tout de suite. Elle a parfaitement rendu sur le papier mon imaginaire tout en créant le sien.

Propos recueillis par Monique Rault.

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