Madame de La Fayette

Madame de La Fayette

(1634-1693)

Qui n’a jamais entendu parler de Mme de La Fayette et de La Princesse de Clèves ? Et pour cause, nous avons là le premier roman psychologique moderne ! Il est intéressant de souligner que lors de la publication de cet ouvrage, l’opinion publique, persuadée qu’une femme ne pouvait être l’auteur d’un tel chef-d’œuvre, en attribue le mérite à un homme… Mais qui est donc cette femme dont l’œuvre – et a fortiori le nom – ont traversé les siècles ?

  • Sa vie

Madame de La Fayette, née Marie-Magdeleine Pioche de La Vergne le 18 mars 1634 à Paris, est l’ainée d’une famille de petite noblesse mais aisée et lettrée. Son père, gentilhomme passionné de littérature qui ébaucha sa brillante éducation, meurt à la guerre en 1649 et c’est à Ménage et au père Rapin que revient donc de parfaire l’éducation de Marie-Madeleine (italien, latin – « les belles lettres » – entre autres enseignements). Elle apprend vite, le poète Jean Regnault de Segrais dira qu’après trois mois d’études, voyant ses deux maîtres en discussion sur un passage latin qu’ils expliquaient diversement, elle les mit d’accord en leur montrant qu’ils se trompaient tous les deux.

En 1655, à l’âge de 21 ans, elle épouse un Auvergnat de trente-huit ans, François Motier, comte de La Fayette dont elle aura deux fils. Elle doit à ce veuf, frère de la célèbre Louise de la Fayette, la fortune et un nom, mais le bonheur conjugal – si tant est qu’il ait existé – semble de courte durée, ils vivent loin l’un de l’autre la majeure partie du temps (elle, à Paris et, lui, en province) à tel point que La Bruyère résumera ainsi la chose : « Nous trouvons à présent une femme qui a tellement éclipsé son mari, que nous ne savons pas s’il est mort ou en vie… ». Elle entretiendra en revanche des amitiés très étroites avec Ménage, La Rochefoucault, Mme de Sévigné (qu’elle rencontrera grâce au remariage de sa mère avec l’oncle de cette dernière) ou encore avec Henriette d’Angleterre (future duchesse d’Orléans) qui lui permettra d’intégrer les cercles intimes de la royauté. Mais à la Cour elle préférera les salons et en fréquentera un certain nombres (parmi ceux-ci celui de Mme de Scudéry) et elle tiendra bien sûr un salon elle-même. Il est bon de rappeler que les précieuses sont à l’origine des mouvements féministes à venir et que c’est bien dans cet « esprit » que vit cette dernière et que Paris au XVIIe siècle, même dans les tumultes de la fronde, échappe aux ravages véritables des guerres, contrairement aux provinces campagnardes.

 

Marie-Madeleine ne tire pas vanité de ses connaissances (elle aurait trop peur de la raillerie des hommes et de la jalousie des femmes si elle venait à s’en vanter). Ses études classiques transpirent plutôt qu’elles ne se montrent. Cette femme cache, sous une froideur apparente, une sensibilité délicate et ne produit que de bonnes impressions à ses pairs par sa simplicité, la rare distinction de son esprit, la droiture de ses sentiments et beaucoup de souffrance cachée – source de son inspiration.

Après la mort de ses amis, et surtout celle de La Rochefoucauld, elle se retire de la vie mondaine afin de se préparer à la mort et succombe à la maladie le 26 mai 1693.

  • Son œuvre

Elle publie sous l’anonymat une nouvelle en 1662, La Princesse de Montpensier, puis les deux volumes de Zayde (ou Zaïde) en 1671, sous le nom de son ami lettré et précédemment évoqué, Jean Regnault de Segrais. Mais c’est surtout son court roman publié en 1678, La Princesse de Clèves, qui lui vaudra un succès immédiat.

Mme de La Fayette ne parle, dans ses nouvelles, que de la douleur d’aimer, de la tragédie visible ou secrète des inéluctables désordres amoureux.

 

LA PRINCESSE DE CLÈVES

Résumé et commentaires de l’œuvre

La Princesse de Clèves marque l’irruption du tragique dans le monde de la retenue et du respect des convenances. Mme de Clèves, aime son mari moins qu’elle ne le croit, mais plus qu’elle ne le sait : à partir d’une situation apparemment simple, et à l’intérieur d’un cercle social extrêmement étroit, se pose en fait un problème psychologique et social extraordinairement complexe ; de même, à la subtilité du réel correspond la subtilité d’une phrase où rien n’est jamais ni oublié ni superflu.

Ce roman inaugure le roman d’analyse, c’est un chef-d’œuvre de fine observation, d’élévation morale, de style sobre et mesuré. L’auteure utilise l’Histoire en 1678 pour narrer une tragédie de la passion ! Contrairement aux romans de l’époque, en peu de pages, des individus aiment, souffrent, jalousent et meurent.

Dédaigneuse de la mode, hostile à l’artifice et à la convention, soucieuse de ne jamais ennuyer et de ne jamais se répéter, elle met au point la véritable illusion romanesque, celle qui fait fi de l’illusion. L’auteure rompt avec l’intellectualisme du roman traditionnel, tout en conservant intact le souci de soi et de la « gloire ». La pureté du sentiment est à la fois acceptation de l’instinct et volonté de le vaincre si, au bout du compte, il le faut pour se « gagner » soi-même.

L’amour est une tentation devant l’impossible : Mme de La Fayette dans La Princesse de Clèves en dit l’échec inévitable. 

On doit aussi à Mme de La Fayette une Histoire d’Henriette d’Angleterre (1720), la Comtesse de Tende (1724), Isabelle ou le Journal amoureux d’Espagne (publié seulement en 1961), ainsi que des Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689 (1731).

À partir de 1720 paraîtront, à titre posthume, trois ouvrages de sa main : une Histoire de Madame, des Mémoires de la Cour de France pour 1688 et 1689, et une nouvelle, La Comtesse de Tende.

La Princesse de Clèves est aujourd’hui encore étudiée au lycée et a été adaptée au cinéma plusieurs fois. Souvent considéré comme le premier roman moderne, il est surtout encore terriblement actuel et finalement intemporel…

« Si vous jugez sur les apparences, vous serez souvent trompée : ce qui paraît n’est presque jamais la vérité »

Madame de La Fayette


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