Dernière mod­i­fi­ca­tion le 4 févri­er 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

Dans les arti­cles précé­dents nous avons vu que l’enfance, l’adolescence, la mater­nité et le veu­vage con­sti­tu­aient les prin­ci­pales étapes de la vie des femmes, mais elles tra­ver­saient égale­ment leur exis­tence dans la plus grande diver­sité de con­di­tion, et dans cet arti­cle nous ver­rons juste­ment quels étaient les dif­férents statuts de la femme au Moyen Âge.

Les femmes des campagnes au Moyen Âge

statuts femme Moyen Âge

Pour la plus grande par­tie des femmes du Moyen Âge, l’horizon se borne au ter­roir de leur vil­lage. En dehors des tâch­es domes­tiques et de l’éducation des enfants, les femmes pren­nent une part essen­tielle à la bonne marche de l’exploitation. Les femmes mar­iées sont respon­s­ables de leur mai­son (elles entre­ti­en­nent le feu, pré­par­ent les repas, font le pain et la lessive). Mais leur tra­vail ne s’arrête pas là car la pro­duc­tion tex­tile acca­pare une bonne par­tie de leur journée (elles filent la laine et le lin afin de con­fec­tion­ner des draps et des vête­ments pour toute la famille, mais aus­si pour le seigneur). La mère de famille s’occupe égale­ment du potager, du verg­er et du poulailler qui pro­curent la plus grande par­tie de l’alimentation. Elle trait la vache, barat­te le beurre et fait le fro­mage. Elle par­ticipe égale­ment aux travaux des champs à l’occasion des péri­odes les plus chargées (en juin : la fenai­son et la mois­son, en été : le battage et la cueil­lette des fruits, en sep­tem­bre : les ven­dan­ges et à l’automne : le glan­age). Elles sont exclues de la vie publique des com­mu­nautés, mais cette vie de tra­vail est ryth­mée par des ren­con­tres entre femmes au lavoir, au moulin, au four ou à la fontaine. Les voisines se retrou­vent à l’occasion des veil­lées où, tout en filant la laine, elles bavar­dent et échangent des commérages.

Les jeunes filles et les femmes céli­bataires gar­dent les trou­peaux et ton­dent les mou­tons avec leurs mères. Elles sont placées dans d’autres familles de leur vil­lage comme salariées pen­dant la mois­son ou comme ser­vantes chez les paysans les plus rich­es. Le statut des femmes des cam­pagnes au Moyen Âge fait que leur salaire est tou­jours inférieur à celui des hommes.

Les femmes des villes au Moyen Âge

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Les épous­es de patriciens et de rich­es marchands, mènent une exis­tence proche de celle des aris­to­crates. L’essentiel de leur journée con­siste à organ­is­er la bonne marche de leur maison­née, com­posée des mem­bres de la famille, mais aus­si d’une impor­tante domes­tic­ité. Ces femmes sor­tent peu de leurs hôtels et ne par­ticipent pas aux affaires de leurs maris. Plus rares encore sont les femmes qui peu­vent exercer une pro­fes­sion intel­lectuelle (les écoles et l’université leur sont inter­dites). On peut citer Marie de France, dont on ne sait rien ou presque (elle com­pose une douzaine de lais, des poèmes d’amour) et Chris­tine de Pizan.

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En ville, les jeunes filles sont placées en appren­tis­sage dans les métiers les plus divers : pro­fes­sions du tex­tile (qui domine l’économie des villes médié­vales) et de l’alimentation (boulangères, tav­ernières, hôtelières, regrat­tières ou cuisinières). Leurs salaires sont tou­jours inférieurs à ceux des hommes. À Paris, les femmes sont présentes dans de très nom­breuses pro­fes­sions artistiques.

Les jeunes femmes céli­bataires, peu for­mées, issues des cam­pagnes, entrent sou­vent au ser­vice de familles de bour­geois ou d’artisans comme ser­vantes con­damnées à un dur labeur, mal nour­ries et mal vêtues, sou­vent battues, par­fois même abusées sex­uelle­ment par leurs patrons. Un mai­gre salaire leur est ver­sé et elles com­pensent par de petits larcins. Ces pau­vres filles, con­damnées par la jus­tice et engrossées, tombent sou­vent dans la pros­ti­tu­tion. Les pros­ti­tuées : ce sont sou­vent des femmes vio­lées qui ont per­du leur hon­neur, des ser­vantes engrossées ou des ouvrières réduites à la mis­ère. La pros­ti­tu­tion est tolérée par l’Église et le pou­voir pub­lic qui la con­sid­èrent comme une pro­tec­tion con­tre l’homosexualité des prêtres et le viol des jeunes filles et des femmes mar­iées. Pour les prêtres la pros­ti­tuée n’est pas respon­s­able, les clients le sont, c’est elle néan­moins qui doit aban­don­ner sa vie de péché et devenir une fille repen­tie si elle veut échap­per aux flammes de l’enfer. Les archives judi­ci­aires révè­lent les prin­ci­paux crimes féminins : le vol et les injures tout d’abord, quelques bagar­res entre femmes et, beau­coup plus rarement, le meurtre ou l’infanticide.

Le statut des aristocrates au Moyen Âge

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La dame un peu éthérée des poésies des trou­ba­dours et des romans cour­tois n’est qu’un per­son­nage de fic­tion, la vie des femmes de la noblesse est plus prosaïque. La dame se con­sacre essen­tielle­ment à la bonne marche de sa mai­son, ses devoirs mater­nels étant sou­vent restreints car ses nom­breux enfants con­fiés à une nour­rice ou à une ser­vante dès leur nais­sance et plus tard élevés dans des monastères ou, pour les garçons, chez un autre seigneur. Les femmes de la noblesse doivent pos­séder bon nom­bre de qual­ités pour pou­voir gér­er leur domaine et leur mai­son (décrites par Chris­tine de Pizan dans son ouvrage Livre des Trois Ver­tus et que nous décou­vrirons lors du prochain arti­cle) et toutes n’en sont pas capa­bles, ces dernières préfèrent donc con­fi­er la ges­tion de leurs biens à un inten­dant et vivre à la cour. Elles se met­tent alors au ser­vice d’une dame de la haute noblesse et de la reine dont elles parta­gent la vie oisive tout en cher­chant à gag­n­er ses faveurs. Ces quelques priv­ilégiées passent alors leurs journées à jouer aux échecs ou aux cartes, à se promen­er dans les jardins et à aller à la chas­se (pas­sion aris­to­cra­tique par excel­lence). La lec­ture aus­si est une activ­ité très prisée par les femmes de ce rang, elles pos­sè­dent des ouvrages de piété, mais aus­si des romans. La vie de cour est ryth­mée par les fes­tins et les joutes don­nés pour la vis­ite d’un prince ou à l’occasion d’un mariage royal.

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Atten­tion cette appar­ente oisiveté n’empêche pas les aris­to­crates de se mon­tr­er dans bien des cas fort actives dans la vie publique. On pour­rait citer Marie de Cham­pagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine (1179) pour qui Chré­tien de Troyes écrira Le Cheva­lier à la char­rette, Clé­mence de Bour­gogne… Pen­dant la guerre de Cent Ans, le seigneur est sou­vent absent et c’est la dame qui doit gér­er le domaine et qui pour ça a for­cé­ment des con­nais­sances mil­i­taires pour pou­voir défendre son château en cas d’attaque. Femmes fortes, les aris­to­crates ont aus­si des mécènes et de généreuses bien­faitri­ces pour les abbayes féminines dans lesquelles elles vien­nent sou­vent finir leur existence.

Les religieuses au Moyen Âge

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La diver­sité des voca­tions religieuses est impor­tante et offre aux femmes toutes sortes de perspectives.

Le statut des femmes moni­ales au Moyen Âge : en 513, Césaire d’Arles rédi­ge à la demande de sa sœur Césarie une règle de vie pour quelques vierges regroupées autour de l’église Saint-Jean, il fonde ain­si le pre­mier monastère de femmes en Gaule. Puis les com­mu­nautés se répan­dent au VIe siè­cle dans tout le roy­aume mérovingien. L’époque car­olingi­en­ne est mar­quée aus­si par de nom­breuses créa­tions grâce aux dona­tions de la famille royale et impéri­ale. Les monastères de femmes sont nom­breux, mais sou­vent de petite taille. Il faut une dot pour entr­er au cou­vent donc seules les jeunes filles de noble lig­nage y ont accès. Ces jeunes filles n’ont pas tou­jours une voca­tion fer­vente, mais cer­taines éprou­vent une foi ardente, voire mys­tique. D’autres voient dans le monastère la pos­si­bil­ité d’échapper au mariage, de s’assurer une vie sûre et con­fort­able, d’accéder à la cul­ture, voire même à un cer­tain pou­voir. La com­mu­nauté monas­tique doit vivre en autar­cie et un cer­tain nom­bre de moni­ales se char­gent de la ges­tion de l’abbaye ; elles sont choisies par l’abbesse par­mi les plus anci­ennes et expéri­men­tées. L’abbesse est en théorie élue par les sœurs, mais dans la réal­ité, sou­vent imposée par les familles royales, prin­cières ou aris­to­cra­tiques qui ont fondé le monastère. Elle dis­pose d’un pou­voir con­sid­érable au sein de l’Église, mais aus­si des édu­ca­tri­ces, des mécènes et des intel­lectuelles. Les sœurs ne sont pas toutes égales : les pro­fess­es qui ont fait leurs vœux domi­nent les novices et les sœurs con­vers­es, les oblates et les ser­vantes, chargées de travaux manuels. Quelques hommes fréquentent l’abbaye dont les prêtres chargés de dire la messe, les femmes étant exclues du sacerdoce.

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Nous citerons deux femmes qui lais­seront des écrits : Her­rade de Lands­berg qui écrira, (vers 1175 – 1185), l’Hor­tus deli­cia­rum (« Le jardin de délices »), pre­mière ency­clopédie com­posée par une femme. Et Hilde­garde de Bin­gen (1098 – 1179) qui est à la fois une mys­tique, une femme d’action et une sci­en­tifique qui com­pose des ouvrages savants comme le Livre de la sim­ple médecine qui com­porte un her­bier, un bes­ti­aire, un lap­idaire et un manuel de médecine et de pharmacologie.

Les béguines sont des femmes qui ne pronon­cent pas de vœux monas­tiques, mais qui vivent en com­mu­nauté et pra­tiquent la prière et la péni­tence. Elles ne sont générale­ment pas bien vues par les autorités ecclési­as­tiques car elles savent lire et écrire, traduisent des textes sacrés en langue vul­gaire et enseignent au peuple.

Les reclus­es quant à elles sont mieux accep­tées par l’Église ; la recluse est une femme qui s’enferme à vie dans une petite cel­lule murée et dont la survie dépend des citoyens du vil­lage. Elles sont nom­breuses dans toutes les villes médié­vales. Cette sit­u­a­tion résulte d’un choix volon­taire mais irréversible. Cette dernière n’est pas inter­dite aux hommes, mais elle est très majori­taire­ment fémi­nine. En effet, c’est un choix sou­vent presque imposé aux veuves et aux femmes âgées qui veu­lent échap­per à la pau­vreté ou à un mariage for­cé. C’est aus­si pour quelques fortes per­son­nal­ités un moyen para­dox­al de s’assurer une vie publique, car la recluse jouit d’un grand pres­tige, les fidèles l’écoutent et la respectent.

Les sœurs hos­pi­tal­ières, sou­vent veuves, ne jouis­sent pas du pres­tige des moni­ales et des reclus­es, mais n’en con­stitue pas moins un rouage essen­tiel de la société urbaine. Elles s’engagent au ser­vice des malades comme sœurs hos­pi­tal­ières et prodiguent leurs soins aux orphe­lins, aux pau­vres et aux infirmes.

Dans le prochain arti­cle nous fer­ons con­nais­sance avec Chris­tine de Pizan, la pre­mière femme de let­tres à pou­voir vivre de sa plume.


Si la con­di­tion fémi­nine au Moyen Âge vous intéresse vous pou­vez aus­si con­sul­ter les arti­cles suiv­ants de notre mai­son d’édi­tion : Les dif­férentes étapes de la vie d’une femme au Moyen Âge et Le rôle de la femme du Moyen Âge au sein de la famille. 

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