Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

La Com­pag­nie Lit­téraire : San­drine Turquier, c’est un réel plaisir de vous retrou­ver à la Com­pag­nie Lit­téraire pour la présen­ta­tion de deux nou­veaux recueils réu­nis en un seul ouvrage inti­t­ulé Éclats d’âme suivi de Stimme der Stille, Les voix du silence, et vous remer­cions pour la con­fi­ance que vous portez à notre mai­son d’édition. Deux années déjà nous ramè­nent à la sor­tie de Pas­sions des corps, douleur de l’âme et cette fois-ci, nous vous retrou­vons pour la paru­tion de nou­veaux poèmes. Com­ment s’inscrivent ces deux nou­veaux recueils par rap­port à votre précé­dente parution ?

San­drine Turquier : C’est un plaisir partagé de présen­ter après la pub­li­ca­tion de Pas­sions des corps, douleur de l’âme, mes deux nou­veaux recueils dans ma mai­son d’édition de cœur qui a su recon­naître mon écri­t­ure et le monde de créa­tion dans lequel je vis. Ces deux nou­veaux recueils de poèmes s’inscrivent dans un con­texte assez par­ti­c­uli­er, puisque Éclats d’âme est un recueil qui fut édité en 1997 et qu’il est mon pre­mier opus­cule. Peu de per­son­nes con­nais­sent son chant et je voulais le faire (re)découvrir à un plus vaste pub­lic. Pour moi, il n’a pris aucune ride, il est avant tout mon corps d’écriture, ma chair, celui qui annonce d’emblée ce que je suis et tout ce que je peux ressen­tir avec mon ultra-sen­si­bil­ité et mon rap­port au monde si par­ti­c­uli­er. Quant à Stimme der Stille, Les voix du silence, il se définit et s’inscrit dans un reg­istre mys­tique, intime, une mise à nu de ma vie intérieure, une cathar­sis pour dire com­bi­en l’âme et le silence des douleurs qu’elle enferme por­tent en elles des voix qui dis­ent, s’entrechoquent, lut­tent, mais aus­si témoignent d’une ten­ta­tive de délivrance du mon­stre mater­nel. Le moment était venu pour moi, à l’âge de la matu­rité, de délivr­er ce mes­sage poé­tique et humain dans une écri­t­ure par­ti­c­ulière comme un mur­mure émanant d’un au-delà, une dimen­sion supérieure de l’âme. Ces deux recueils sont l’alpha, l’ouverture, le pro­longe­ment de mon écri­t­ure poé­tique inex­orable­ment liés à mon corps de poétesse, de femme, de petite fille, jusqu’à la fin de mes jours.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Dans votre pré­face, vous partagez un regard sur l’humanité et votre expéri­ence par rap­port à celle-ci. La souf­france, notam­ment liée au rejet et à la dif­férence fait-elle par­ties entre autres de la source de votre inspi­ra­tion ? L’écriture n’est-elle pas ce masque qui tombe pour laiss­er entrevoir ce que vous êtes intimement ?

San­drine Turquier : Depuis ma prime enfance, l’indifférence et le rejet ont fait par­tie de ma vie. J’étais une enfant silen­cieuse, obser­va­trice, une éponge d’émotions plongée dans les livres pour sup­port­er le rejet et l’indifférence de ma mère dans un con­texte famil­ial oppres­sant et anx­iogène dans lequel ma souf­france a fait son nid. J’étais dif­férente des autres par ma manière d’être rêveuse, timide, réfugiée dans les livres et mon rap­port aux autres, l’injustice que je ne sup­por­t­ais pas, la con­de­scen­dance à laque­lle j’étais régulière­ment con­fron­tée lors de ma sco­lar­ité. J’étais celle à qui on volait ses crayons de couleur et celle qu’on n’invitait pas dans les anniver­saires. Je fuyais la super­fi­cial­ité et je recher­chais déjà les « belles per­son­nes ». Oui effec­tive­ment la souf­france fait par­tie (entre autres) de la source de mon inspi­ra­tion, je dirais même que la souf­france est le lit de mon inspi­ra­tion et de la dimen­sion pro­fonde du don d’écriture qui m’a été offert. L’écriture me sauve de la chute, de la mort. Elle est vitale pour moi. Ma vie est souf­france, mais j’aime la vie parce que j’habite en poésie. Oui, c’est tout à fait cela, l’écriture est ce masque qui tombe pour livr­er l’intime de soi.

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La Com­pag­nie Lit­téraire : « Nous ne sommes pas des êtres FANTOMATIQUES. Nous sommes des ÊTRES à part entière, munis d’un cœur, d’une âme, de sens. » Par fan­tôme, voulez-vous faire référence à la déshu­man­i­sa­tion et à l’absence de sen­sa­tions ? Pou­vez-vous nous en dire davan­tage sur cette introduction ?

San­drine Turquier : Oui, ce que je veux exprimer dans l’introduction d’Éclats d’âme lorsque j’emploie le mot fan­tôme c’est effec­tive­ment la déshu­man­i­sa­tion et l’absence de sen­sa­tions et d’émotions réelles entre les êtres. La sen­sa­tion que l’on existe pas dans une société ou seuls l’apparence, les codes soci­aux, la dom­i­nance de l’argent, les car­ac­téris­tiques physiques sont les pré­va­lences. Je suis un fan­tôme, car mes valeurs morales et spir­ituelles ain­si que mes affects sont incom­pat­i­bles avec la société cor­rompue par un sys­tème qui ne prône que le culte de l’argent, de l’apparence avec un déni total ou une igno­rance par trop de détache­ments aux vraies valeurs, et non pas ce que je suis, un être de sens porté par la pro­fondeur des choses, dés­in­téressée des phénomènes de masse. Et c’est aus­si pour cela que je cite un extrait d’un poème de Charles Baude­laire L’Idéal qui résume par­faite­ment ma vision du monde et mon état d’esprit.

La Com­pag­nie Lit­téraire : La souf­france fait par­tie de vous, mais ne demeure-t-elle pas finale­ment essen­tielle dans votre proces­sus créatif, voire ne demeure-t-elle pas la dernière fron­tière, face à ces « fan­tômes » par la pas­sion qu’elle suscite ?

San­drine Turquier : Oui exacte­ment, je suis un être de résilience et la souf­france qui domine en moi est la par­tie la plus vivante, la plus pas­sion­nelle de mon proces­sus de créa­tion, elle est un rem­part face à ces fan­tômes et c’est la rai­son pour laque­lle je parviens tou­jours à garder le sourire et à trans­met­tre de l’énergie pos­i­tive autour de moi.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vos lecteurs auront le plaisir de retrou­ver avec Éclats d’âme une poésie dans la lignée de L’Andante et Hors sai­son, avec cette mélan­col­ie inex­tri­ca­ble flir­tant la sen­su­al­ité des corps qui car­ac­térisent si bien votre plume. Com­ment définiriez-vous votre poésie ?

San­drine Turquier : Ma poésie est la poésie du mur­mure, du souf­fle, de l’instant et du corps par­lant dans le cœur même de son intime.

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La Com­pag­nie Lit­téraire : Stimme der Stille, Les voix du silence cepen­dant s’éloigne de la tour­nure plus clas­sique d’autres recueils, comme a pu l’être Trau­mas dans votre précé­dente paru­tion. La langue alle­mande vient côtoy­er le Français, et sept poèmes vien­nent porter sept voix rédemptri­ces. Pourquoi ce choix de l’Allemand, et quel mes­sage souhaitez-vous apporter ?

San­drine Turquier : La langue de Goethe dans l’écriture de Stimme der Stille, Les voix du silence s’est véri­ta­ble­ment imposée à moi, je ressen­tais la néces­sité d’exprimer des mots forts comme une explo­sion pour porter ces sept voix de l’âme. À la dif­férence de la langue française, la langue alle­mande (que je décou­vre aus­si dans son appren­tis­sage récent) exprime une rad­i­cal­ité sur laque­lle vous ne pou­vez pas revenir, une grav­ité, une musi­cal­ité gut­turale qui épou­sait à mer­veille ce que je voulais livr­er dans ce recueil. Le mes­sage que je souhaite apporter est celui de l’écoute de soi et de l’importance d’entendre ses voix intérieures qui peu­vent aider à com­bat­tre les démons et souf­frances. Entr­er en soi dans les strates les plus enfouies de l’âme est le plus douloureux, mais aus­si le plus beau des chemins pour dire « je t’aime la vie », parce que je suis vivante mal­gré tout ! J’aimerais que Stimme der Stille, Les voix du silence soit un guide spir­ituel pour les lecteurs ! (en toute humilité …)

La Com­pag­nie Lit­téraire : Dans notre précé­dente entre­vue, nous décou­vri­ons votre goût pour la musique clas­sique et Jean-Sébastien Bach notam­ment. Y a‑t-il là un lien avec votre affinité pour la langue alle­mande ? Quel regard portez-vous sur le roman­tisme alle­mand ou encore avec la cul­ture gothique ? 

San­drine Turquier : Oui, il y a un lien effec­tive­ment. L’art de la com­po­si­tion, la spir­i­tu­al­ité, la grandeur des émo­tions, l’esthétisme, la force me fascine chez Jean ‑Sébastien Bach tout comme les splen­dides poèmes de Hölder­lin, Bet­ti­na Von Arn­im et Johann Lud­wig Tieck qui me par­lent par la beauté de leurs vers qui devient instan­ta­né­ment un chant qui se grave au cœur et à l’âme. Le regard que je porte sur le roman­tisme alle­mand est un regard très intime, comme une nos­tal­gie de n’avoir pu con­naître ses maîtres de poésie, car le roman­tisme alle­mand épouse totale­ment ma con­cep­tion de la poésie au regard de la force des sen­ti­ments exaltés, de l’âme douloureuse et de cette quête spir­ituelle tou­jours plus haute dans l’architecture poé­tique. La cul­ture goth­ique s’inspire du roman­tisme alle­mand, mais avec plus de vio­lence dans la reven­di­ca­tion des sen­ti­ments pas­sion­nels, elle mérite d’être recon­nue pour sa mys­tique et l’écorchure vive qui la caractérise.

La Com­pag­nie Lit­téraire : En con­clu­sion de cette entre­vue, que diriez-vous aux lecteurs pour les inviter à vous décou­vrir, notam­ment ceux peu habitués à lire de la poésie ?

San­drine Turquier : Je dirais à mes lecteurs :

« Ma poésie est celle de vos cœurs et de vos âmes, elle est une source que vous tra­versez chaque jour sans vous en ren­dre compte. Elle est la vie. Décou­vrez ma poésie comme on décou­vre l’orée d’un chemin incon­nu qui vous par­le, mais que vous n’osez pénétr­er. Ma poésie c’est le roy­aume aux mille et un vis­ages, aux mille et une sen­teurs, aux mille et une vies pour vous offrir la mienne dans chaque rime. Ma poésie je vous l’offre comme un baume sur vos jours de pluies et de lumières. »

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La Com­pag­nie Lit­téraire : Mer­ci beau­coup, San­drine Turquier, d’avoir pris la peine de répon­dre à cette entre­vue de présen­ta­tion de votre tout dernier recueil, à paraître début juil­let à la Com­pag­nie Lit­téraire. Nous rap­pelons aux lecteurs que nous aurons le plaisir de vous recevoir en l’honneur de la soirée « Livres ouverts », se déroulant dans nos locaux le 24 sep­tem­bre 2020, accom­pa­g­né de toute l’équipe de la Com­pag­nie Lit­téraire et de nom­breux autres auteurs et invités où vous dédi­cac­erez vos deux recueils de poèmes.

San­drine Turquier : Mer­ci à vous pour la chaleur et le ray­on de soleil que vous met­tez dans nos échanges et votre regard si bien­veil­lant sur vos enfants, nous les poètes et écrivains. C’est avec une immense joie que je dédi­cac­erai mes deux recueils de poèmes lors de ma présence à la soirée « Livres ouverts » à mes lecteurs que j’ai si hâte de rencontrer.

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