Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

La Com­pag­nie Lit­téraire : Jean-Claude Bidaux, bon­jour. Vous avez pub­lié il y a quelques mois à La Com­pag­nie Lit­téraire un essai inti­t­ulé : Un avenir à con­stru­ire ensem­ble… aux antipodes du tran­shu­man­isme. Le titre annonce d’emblée votre vision des choses. Com­ment a com­mencé la rédac­tion de cet ouvrage ? Y a‑t-il un événe­ment par­ti­c­uli­er qui vous a poussé à le faire ?

Jean-Claude Bidaux : Ce livre est l’aboutissement de mon chemin de vie, au point où j’en suis en ce moment. Après quelques années pro­fes­sion­nelles en tant qu’ingénieur puis mod­eleur mural­iste, mon intérêt pour notre vie sociale m’a fait pass­er par le développe­ment per­son­nel puis une quête de sens à trou­ver dans cette société.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous abor­dez ici une ques­tion fon­da­men­tale : « Que faisons-nous sur Terre et sommes-nous capa­bles d’évoluer ? » Pou­vez-vous en quelques mots dévelop­per votre point de vue ?

Jean-Claude Bidaux : Mer­ci de soulign­er cette ques­tion fon­da­men­tale. C’est pré­cisé­ment cette quête de sens qui m’a pro­gres­sive­ment motivé de plus en plus. Sommes-nous capa­bles d’évoluer pour faire autre chose que pro­duire et con­som­mer dans cette société manip­ulée par et pour l’argent de quelques-uns ? C’est-à-dire sommes-nous capa­bles, ou serons-nous capa­bles, de vivre pais­i­ble­ment et har­monieuse­ment quelles que soient notre posi­tion sociale, notre couleur de peau et nos croy­ances (ou non-croyances) ?

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous par­lez du « hia­tus » qui nous empêche de pass­er aux actes bien­fai­teurs. Il s’ag­it d’un con­flit entre nos intérêts et notre éthique, d’où un malaise. Com­ment en sortir ?

Jean-Claude Bidaux : Com­ment sor­tir du malaise du hiatus ?

Juste rap­pel­er que le hia­tus oppose les généreuses dis­po­si­tions que nous avons générale­ment vis-à-vis des autres et la peur que, dans ce cas, nous éprou­vons à vouloir y don­ner suite (soit la peur de per­dre quelque chose à quoi nous tenons).

Que se passe-t-il à ce moment-là ? Soit nous cédons à la peur et restons en retrait (abrité.e dans nos habi­tudes) ; soit nous essayons de ne pas y céder et ressen­tons alors un malaise ; je m’en aperçois mais com­ment vais-je faire pour me libér­er de mes peurs ?

On peut dépass­er ce malaise en con­statant que notre généreuse dis­po­si­tion est plus impor­tante que le risque qu’elle entraîne pour soi. Je me rends compte aus­si qu’accepter cela me ren­force intérieure­ment et dimin­ue par con­séquent, voire fait dis­paraître, ma peur.

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La cou­ver­ture de son dernier ouvrage paru à la Com­pag­nie Lit­téraire : Un avenir à con­stru­ire ensemble.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous ajoutez qu’il faut une « désem­prise » de l’ar­gent ; pour cela il faut « dépouiller l’ar­gent de son habit de sécu­rité ». C’est la sol­i­dar­ité humaine qui doit l’emporter et c’est là que nous trou­verons la sécu­rité. Pensez-vous cet objec­tif réal­is­able à court ou moyen terme ?

Jean-Claude Bidaux : Se délester de l’emprise de l’argent sup­pose déjà qu’on aura pris con­science de l’effet délétère de l’argent unique­ment pour le prof­it personnel*.

Deux niveaux de réponse pour « objec­tif réal­is­able à court ou moyen terme » :

  • il est plus facile à titre indi­vidu­el de se délester de l’attraction de l’argent, en vivant sobre­ment, sans éprou­ver le besoin d’avoir tou­jours plus, donc en se con­tentant de ressources mod­estes – à con­di­tion de ne pas être dans le dénue­ment (mais là c’est autre chose puisqu’on n’est plus en sit­u­a­tion d’accumuler pour la jouis­sance de posséder) ;
  • par con­tre au plan col­lec­tif , celui qui ren­voie à la capac­ité de décider ensem­ble des plans d’investissements et de dépens­es publiques au béné­fice de tou.te.s, je ne sais pas quand « se défaire de l’emprise de l’argent » sera pos­si­ble : for­cé­ment plus com­pliqué et plus loin­tain qu’au niveau du seul choix indi­vidu­el car dépen­dant de l’évolution de l’ensemble des men­tal­ités (je ne me sens pas autorisé à dire dans les 15 ou 20 ans, ou plus …?).
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* mais l’argent unique­ment vu comme out­il au prof­it des échanges soci­aux équili­brés peut être vu comme bienfait.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Der­rière le tran­shu­man­isme se cacheraient peut-être la peur de la mort et son refus. Selon vous, com­ment en est-on arrivé à ce que vous appelez cette « arnaque » mondiale ?

Jean-Claude Bidaux : On retrou­ve ici le pou­voir de l’argent, car le tran­shu­man­isme utilise tant les tech­niques eugéniques que numériques qui néces­si­tent de très bons revenus financiers, lesquels ne sont pas à la portée de tout le monde. Par ces tech­niques le tran­shu­man­isme fait miroi­ter l’allongement de la vie, voire sans fin puisque jusqu’à la mort de la mort.

Ce faisant le tran­shu­man­isme veut ignor­er notre véri­ta­ble nature humaine, la tech­nolo­gie req­uise pour ces pra­tiques n’étant pas en mesure de fonc­tion­ner au niveau de notre organ­isme, capa­ble lui de psy­cholo­gie et de spir­i­tu­al­ité. Il y a arnaque en lais­sant croire que la vie pro­longée par la tech­nolo­gie soit pos­si­ble et, suite de l’arnaque, que ce pro­longe­ment soit de même nature que la vie elle- même, dans nos corps tels que nous les connaissons.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous écrivez que, sur le plan physique et biologique, l’être humain est achevé. C’est sur les plans psy­chologique et spir­ituel qu’il est en devenir, avec ou en dehors de toute reli­gion. Pou­vez-vous nous en dire un peu plus ; com­ment voyez-vous ce « devenir » ?

Jean-Claude Bidaux : C’est là une ques­tion fon­da­men­tale dans mon pro­pos. Ce devenir sera pos­si­ble si nous con­tin­uons notre évolution*.

« Si nous la con­tin­uons ! » car actuelle­ment nous détru­isons les con­di­tions naturelles de vie sur Terre au point de com­pro­met­tre l’avenir de notre espèce.

Notre avenir sera vraisem­blable­ment pos­si­ble si nous con­tin­uons l’évolution en cours depuis la nais­sance de notre espèce, laque­lle nous a amenés jusqu’à ces jours de grand développe­ment matériel (voir toutes nos réal­i­sa­tions tech­nologiques), mais qui a, sauf pour une petite par­tie de la pop­u­la­tion, nég­ligé le développe­ment de nos mer­veilleuses capac­ités psy­chologiques et spirituelles.

Donc optons col­lec­tive­ment pour ce développe­ment et nous aurons un avenir.

* évo­lu­tion qui devrait, en pre­mier lieu, per­me­t­tre de stop­per les destruc­tions envi­ron­nemen­tales en cours.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous faites plusieurs fois référence dans votre essai à Dar­win et à André Comte-Sponville. Quel lien étab­lis­sez-vous entre les deux ?

Jean-Claude Bidaux : Je ne crois pas qu’il y ait de lien, en tout cas je n’en ai pas trouvé.

Par con­tre j’ai trou­vé, chez cha­cun d’eux, des posi­tions qui con­for­tent la mienne. Et c’est, pour moi, le con­stat qu’en dehors de toute ren­con­tre, nous sommes, les unes et les autres, nour­ris de mêmes con­cepts, de mêmes valeurs.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous déclarez par ailleurs que « le Réel est plus vaste que la Sci­ence et que celle-ci n’a pas toutes les répons­es pour l’avenir ». La Sci­ence ne doit pas être un « Nou­veau Dieu ». Com­ment pou­vons-nous, d’après vous, retrou­ver la capac­ité de percevoir la réal­ité comme faite aus­si de « phénomènes » non physiques ?

Jean-Claude Bidaux : On rejoint là notre con­sti­tu­tion psy­chologique et spir­ituelle déjà évo­quée plus haut.

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« Retrou­ver la capac­ité de percevoir la réal­ité comme faite aus­si de phénomènes non physiques » résulte de l’observation de notre vie au quo­ti­di­en et des divers­es aven­tures qui s’y pro­duisent, s’y manifestent :

  1. pour les phénomènes physiques : ce qui se passe dans mon corps, au niveau des organes qui le constituent,
  2. pour les phénomènes non organiques, ou spir­ituels, ce qui se passe au niveau du sens de ma vie, au niveau des valeurs que je porte,
  3. et pour les phénomènes inter­mé­di­aires *, ce qui se passe en moi au niveau de ressen­tis, d’émotions, de sen­ti­ments, de pen­sées (qui ne sont pas des actions ou réac­tions d’organes mais qui peu­vent avoir des effets sur les organes et inversement).

Donc retrou­ver « la capac­ité de percevoir » dépend de notre seule atten­tion, ou obser­va­tion, de notre seul ques­tion­nement, ou interrogation.

qui se rap­por­tent à notre com­porte­ment psy­chologique en général, mais aus­si à notre âme pour d’autres – on peut d’ailleurs citer la tri­ade « corps-âme-esprit »

La Com­pag­nie Lit­téraire : Au fil de votre texte, vous insis­tez sur les notions d’in­di­vidu­el et de col­lec­tif, les deux for­mant une paire indis­pens­able, car l’homme est un être social. Pour vous, il s’ag­it d’une « évo­lu­tion » néces­saire et non d’une « révo­lu­tion ». Com­ment cela sera-t-il pos­si­ble ? Pou­vez-vous pré­cis­er votre pensée ?

« Évo­lu­tion » ren­voie à Dar­win qui met en évi­dence que l’humain d’aujourd’hui n’est pas le même que l’humain des débuts, signe qu’une évo­lu­tion s’est faite ; l’évolution étant un change­ment pro­gres­sif inscrit dans la durée et sans rup­ture bru­tale d’un état à un autre.

« Révo­lu­tion » ren­voie plutôt à de rel­a­tive­ment récentes sit­u­a­tions his­toriques qui com­por­tent des change­ments rapi­des et soudains, voire bru­taux, de rap­ports soci­aux, et pas néces­saire­ment pérennes.

J’ai donc mar­qué une préférence pour « évo­lu­tion » parce que celle-ci inscrit paci­fique­ment un change­ment oppor­tun et social dans la durée, tan­dis que

« révo­lu­tion » est sou­vent por­teuse de prise de pou­voir oppor­tuniste et clanique (exem­ple : la révo­lu­tion égyp­ti­enne de 2011, suiv­ie du coup d’État de 2013), sans portée de pro­grès social.

Cette évo­lu­tion sera pos­si­ble, en pro­longe­ment de notre évo­lu­tion précé­dente, si notre con­science des grands dan­gers envi­ron­nemen­taux se développe au point que les citoyens, en nom­bre impres­sion­nant, soient capa­bles de dévi­er la course destruc­trice du cap­i­tal­isme au pouvoir.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Ce qui est poignant, c’est que c’est de notre human­ité qu’il s’ag­it. Vous dites que « l’é­tat de l’ex­is­tant (c’est-à-dire notre Société et ce que nous faisons à la Nature) n’est vrai­ment plus accept­able ». Alors, allons-nous être capa­bles de nous « har­monis­er », et de choisir le bon chemin au plus vite (même si c’est déjà un peu tard)? Allons-nous faire preuve de dis­cerne­ment ou fau­dra-t-il que nous y soyons contraints ?

Jean-Claude Bidaux : C’est le pro­longe­ment de la ques­tion précé­dente avec en plus une allu­sion aux moyens de par­venir à stop­per la dérive. Deux options s’offrent à nous : laque­lle choisirons-nous ?

Bien s’harmoniser, le plus souhaitable bien sûr, sup­pose que la prise de con­science se répande large­ment, fédérant ain­si une large majorité par­mi nous. Et sans tarder.

Sinon la con­trainte nous poussera dans l’urgence à pren­dre des mesures non pré­parées, plus ou moins appro­priées, et pos­si­ble­ment trop tar­dives pour être effi­caces. Le risque est que la vie humaine devi­enne hand­i­capée, voire inadap­tée, sur une planète qui ne serait plus hos­pi­tal­ière comme maintenant.

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La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous dites que nous n’ig­norons pas que, si nous ne réagis­sons pas MAINTENANT, le chemin pour­rait devenir très bru­tal et dan­gereux. Votre dernière phrase est : « Vers quelle issue ? » En voyez-vous une dans ce cas ?

Jean-Claude Bidaux : Vers quelle issue ? Je vous ren­voie à la fin de la ques­tion précé­dente : « Le risque est que la vie humaine …».

La Com­pag­nie Lit­téraire : Pour finir, nous voudri­ons abor­der un aspect récent de notre monde. Depuis la paru­tion de votre ouvrage, nous avons vécu l’épisode de Covid 19 qui n’est pas ter­miné. À la lumière de cet événe­ment et dans le cadre des réflex­ions que vous développez dans votre livre, quelle est votre analyse sur la sit­u­a­tion actuelle ? Qu’en pensez-vous ?

Jean-Claude Bidaux : Ques­tion évidem­ment très opportune.

Covid 19 nous met pré­cisé­ment en sit­u­a­tion de faire main­tenant le choix entre :

  • con­tin­uer comme avant, c’est-à-dire con­tin­uer à dégrad­er la planète et ses ressources bienfaisantes,
  • ou bien pren­dre le virage néces­saire pour quit­ter la route qui nous mène à la catastrophe.

Au print­emps dernier, en plein con­fine­ment, on sen­tait que ce choix mon­trait le bout du nez. Mais man­i­feste­ment pas assez car on sent main­tenant que se remet en route la même société qu’avant. Aucun virage ne sem­ble amor­cé, même si une ori­en­ta­tion plus écologique pointe à l’horizon.

Mais « vers quelle issue ? ».

Com­man­der Un avenir à con­stru­ire ensemble

Nous remer­cions Jean-Claude Bidaux d’avoir répon­du à cette inter­view signée Monique Rault. L’ou­vrage “Un avenir à con­stru­ire ensem­ble… aux antipodes du tran­shu­man­isme” est disponible sur Fnac.com, Ama­zon, Decitre, les librairies du réseau Place des librairies et Dil­i­com et plus générale­ment en com­mande dans toutes les librairies de France et de Navarre.

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