Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

La Com­pag­nie Lit­téraire : Fabi­enne Lam­our, bon­jour. Vous avez pub­lié récem­ment dans le cat­a­logue de livres de notre mai­son d’édi­tion La Com­pag­nie Lit­téraire un recueil poé­tique inti­t­ulé : Coeur en lib­erté. En préam­bule, à l’oc­ca­sion de remer­ciements à votre entourage famil­ial et ami­cal, vous par­lez de votre besoin d’écrire et vous déclarez : « C’est grâce à vous tous que j’ai osé don­ner vie à mon besoin d’écrire ».

Pou­vez-vous nous expli­quer com­ment et pourquoi cet ouvrage a vu le jour ?

Fabi­enne Lam­our : L’envie d’écrire m’est venue d’un besoin de moins con­tenir mes émo­tions, de partager plus aisé­ment mes ressentis.

J’ai tou­jours préféré l’écrit à l’oral, car c’est le temps de la réflex­ion. On peut en effet choisir ses mots, ses phras­es, aller plus facile­ment à l’essentiel. C’est ma manière de revis­iter Nico­las Boileau : « ce que l’on conçoit bien s’écrit claire­ment, et les mots pour le dire arrivent aisé­ment sur le papier ».

Écrire m’aide à me sen­tir alignée, écrire m’apaise tout simplement.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Votre livre est con­stru­it comme un trip­tyque : un pre­mier « tableau » diag­nos­tic, puis une par­tie cen­trale qui développe dif­férents aspects négat­ifs que vous évo­quez, enfin un dernier « tableau » qui s’ori­ente vers quelque chose de plus sere­in. Qu’avez-vous essayé de faire com­pren­dre avec cette construction ?

Fabi­enne Lam­our : J’ai voulu que ce livre reflète la Vie dans son uni­ver­sal­ité, ses joies et ses épreuves.

La deux­ième par­tie n’est pas une présen­ta­tion d’aspects négat­ifs, elle retraduit les moments plus com­pliqués de l’existence. Ces moments ne sont pas à occul­ter. Ils font par­tie de notre quo­ti­di­en, il s’agit d’apprendre à com­pos­er avec eux.

Ce trip­tyque vise à mon­tr­er que la Vie est un cycle et qu’elle nous repro­pose les mêmes épreuves tant qu’on n’a pas com­pris com­ment les transcender.

La final­ité de notre exis­tence est de tir­er des leçons d’épreuves pour en ressor­tir gran­di. On voudrait gom­mer les dif­fi­cultés, qu’elles n’existent pas, les sur­v­ol­er trop rapi­de­ment. Or je pense que c’est une erreur. C’est en prenant le temps d’écouter son cœur et ses blessures, de les com­pren­dre qu’on se ren­force, qu’on réus­sit à changer.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Je reviens sur la pre­mière par­tie inti­t­ulée pré­cisé­ment « Diag­nos­tic d’un cœur ». Bien sûr vous par­lez d’un désir d’amour, d’un désir de paix et de sagesse, du souhait de trou­ver le bon­heur, de l’âme sœur pas encore ren­con­trée. Autant de doutes que d’in­ter­ro­ga­tions sur la vie, sur l’avenir. Ces ques­tions se rap­por­tent-elles à une péri­ode bien par­ti­c­ulière de votre exis­tence ou les évo­quez-vous comme étant tou­jours en fil­igrane, car­ac­téris­tiques de la con­di­tion humaine ?

Fabi­enne Lam­our : Ces quêtes d’un bon­heur et d’un amour par­faits nous touchent tous à des moments dif­férents de nos vies et revi­en­nent de manière cyclique. Je voulais donc abor­der des ques­tions uni­verselles dans lesquelles cha­cun peut se reconnaître.

La quête d’un amour idéal m’a longtemps habitée. J’avais une vision naïve et roman­tique de la rela­tion de cou­ple, je ne com­pre­nais pas qu’elle se con­stru­i­sait solide­ment grâce à beau­coup de com­mu­ni­ca­tion.
Aujourd’hui je tra­verse une péri­ode de vie beau­coup plus sere­ine. C’est juste­ment cette quié­tude qui apporte le recul per­ti­nent pour soulever toutes ces inter­ro­ga­tions existentielles.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Par­mi les poésies de cette pre­mière par­tie, il en est une, Pour maman, qui nous dit :
« Il y a plus d’amour sans fin
Pour maman, dans mes câlins
Que dans tous les con­tes de fées… »
Com­ment qual­i­fieriez-vous cette péri­ode de l’en­fance où l’on est plongé dans le monde des fées ?

Lire aussi  Sandrine Turquier : "Durant mon enfance, je recherchais déjà les « belles personnes »"

Fabi­enne Lam­our : Pour moi, l’enfance est sou­vent une péri­ode bénie. On vit dans l’instant présent et est habité de grands idéaux. On ne soupçonne pas une cer­taine noirceur du monde.

Notre bon­heur se com­pose de joies sim­ples, spon­tanées : câlin­er sa maman, jouer avec un ani­mal, rire avec un ami, lire une belle histoire…

On s’évade dans le monde de l’imaginaire, on croit à des retourne­ments de sit­u­a­tions spectaculaires.

En gran­dis­sant, on oublie ces plaisirs sim­ples, alors que toute l’essence du bon­heur est là : rester con­nec­té à son âme d’enfant.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Le dernier poème de cette pre­mière par­tie nous par­le de l’écri­t­ure. On peut lire :
« Dépass­er le doute en soi
Croire en soi même si…
Se reli­er à soi
Se reli­er à l’in­fi­ni
Écrire, c’est exprimer ce que l’on ressent
(…)
Écrire, c’est ce qui me fait écouter ma vie. »
Quels com­men­taires vous inspirent ces lignes ?

Fabi­enne Lam­our :Écrire, c’est un temps d’arrêt dans son quotidien.

C’est le moment où je prends le temps de m’écouter, d’écouter ma musique intérieure, mon âme. Je ne me cache plus der­rière foule de « choses à faire ».

Écrire, c’est comme méditer. En écrivant ce qui nous préoc­cupe ou nous habite, on le trans­forme, on parvient à s’en détach­er. C’est comme en médi­ta­tion de pleine con­science, on ne cherche pas à empêch­er les pen­sées d’arriver car c’est tout bon­nement impos­si­ble. On les accueille sans juge­ment pour mieux les laiss­er repar­tir ensuite. On se recon­necte à soi et donc aux autres. En faisant la paix avec soi-même, on retrou­ve de la joie qui irrigue ses proches.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Venons-en à la sec­onde par­tie de votre ouvrage : « Mon cœur qui doute et pleure ». Là, on par­le de soli­tude, de rup­ture, de peur et de toutes les vio­lences faites aux femmes. Fabi­enne Lam­our, est-ce une référence à des événe­ments per­son­nels douloureux, un con­stat de société et un com­bat ou tout à la fois ?

Fabi­enne Lam­our : En effet, beau­coup de mes poèmes par­lent de la con­di­tion fémi­nine, des vio­lences psy­chologiques ou physiques qu’on peut subir, encore main­tenant en 2021.

J’ai été con­fron­tée au har­cèle­ment. L’écriture m’a aidée à pos­er mes lim­ites, à ver­balis­er mes colères et mes com­bats. Je souhaitais que la peur et la honte changent de camp.

J’aimerais aider les jeunes généra­tions à trou­ver leur vraie per­son­nal­ité, plutôt que de s’enfermer dans une norme sociale, dans des stéréo­types qui étouf­fent leur diver­sité, leur richesse d’âme. L’enjeu est de taille : vivre sa vraie vie, ne pas pass­er à côté de qui on est, ne pas se per­dre par désir d’être aimé, avoir le courage d’assumer qui on est.

photo-coeur-en-liberte
Cou­ver­ture du recueil de poèmes “Cœur en lib­erté” par Fabi­enne Lamour

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous par­lez du décourage­ment, du désir de rompre mais en même temps de la peur de retrou­ver sa lib­erté, de l’in­ca­pac­ité à aimer encore, autant d’é­tats psy­chologiques qui soulig­nent la dépres­sion. Votre écri­t­ure sem­ble être un remède à cela. Quels con­seils don­ner­iez-vous à celles qui en passent par là, vous qui avez porté votre regard sur ces difficultés ?

Fabi­enne Lam­our : On peut tous, à cer­tains moments de nos vies, con­naître du décourage­ment, sans pour autant être con­sid­érés comme dépres­sifs ou frag­iles psychologiquement.

Cha­cun a le droit d’aller moins bien, le temps d’une épreuve. La tristesse est une émo­tion comme une autre qui est rejetée au nom d’un dik­tat du « tout va bien » de surface.

Lire aussi  Minetka, une nouvelle saga fantastique, écrite par Marie Roger, débarque à la Compagnie Littéraire

Le con­seil que je voudrais don­ner, c’est de con­tin­uer à croire à la vie : après l’ombre vient la lumière.

Les épreuves n’arrivent pas par hasard. Elles sont là pour nous trans­met­tre un enseignement.

Mon con­seil prin­ci­pal serait le suiv­ant : même quand tu vas mal, ose et tu seras libre. On a tou­jours plus de ressources qu’on ne le pense.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Cer­taines poésies de cette deux­ième par­tie por­tent plus par­ti­c­ulière­ment sur des préoc­cu­pa­tions con­cer­nant notre société actuelle et notre mode de vie. Je pense par exem­ple à Con­necte-toi, cri­tique de la faus­seté du virtuel, ou à Le monde d’après, l’ar­gent règle le monde, l’holo­causte cli­ma­tique attend puis tout s’ef­fon­dre. Vous tirez une son­nette d’alarme ; pensez-vous qu’à l’heure actuelle cette son­nette com­mence à être entendue ?

Cette crise san­i­taire a révélé beau­coup de dérè­gle­ments ; qu’ils soient économiques, soci­aux, cli­ma­tiques, relationnels…

Fabi­enne Lam­our : À l’heure actuelle, j’ai envie d’être pos­i­tive. La néces­sité de chang­er com­mence à se faire entendre.

De plus en plus de per­son­nes com­pren­nent que nous sommes tous reliés les uns aux autres et avons intérêt à aller dans le même sens. Elles raison­nent local, pensent à con­som­mer à prox­im­ité, au nom du bon sens, du respect de nos ressources naturelles. C’est encourageant.

La Com­pag­nie Lit­téraire : On sent une alter­nance de hauts et de bas au fil des pages. Le manque d’amour au sens large revient comme un leit­mo­tiv, mais pas for­cé­ment le manque d’amour reçu, égale­ment le manque d’amour éprou­vé. Dans le poème Com­pagnons ou pas, on peut lire « Je tiens à toi mais je ne t’aime pas ». Com­ment analy­sez-vous cette inca­pac­ité à aimer ?

Fabi­enne Lam­our : Quand on est blessés par la vie, soit on se replie sur soi et on se con­stru­it des straté­gies de pro­tec­tion, d’évitement, soit on revoit de vieux sché­mas erronés pour s’améliorer.

Je ne par­lerai pas d’incapacité à aimer mais de besoin ponctuel de se pro­téger. On naît tous avec une envie d’aimer, une capac­ité à aimer et être aimé. Cer­taines épreuves de la vie peu­vent nous éloign­er de l’amour.

À cha­cun de cess­er de se cacher der­rière des masques de cul­tiv­er le Vrai.

La Com­pag­nie Lit­téraire : On arrive au dernier tableau du trip­tyque inti­t­ulé « Le cœur bon­heur ». Alors là, plusieurs élé­ments appa­rais­sent : la mater­nité, les enfants, le lien à la famille, les livres bien sûr, la lib­erté, la con­fi­ance en soi, la fra­ter­nité. On ne sait pas trop si ce sont des décou­vertes ou des redé­cou­vertes après un grand pas­sage de crises. Quel est votre avis à ce sujet ?

Fabi­enne Lam­our : La vie n’est pas un grand pas­sage de crises suivi de joies.

Je vois la vie comme un cycle, une alter­nance de moments dif­fi­ciles (peines amoureuses, soucis pro­fes­sion­nels par exem­ple) puis de bon­heurs (nais­sances, nou­velles amitiés…).

Et j’ai envie de vous dire qu’heureusement la vie n’est pas binaire. Elle imbrique, avec un savoir-faire d’orfèvre, toute une palette d’expériences…

La Com­pag­nie Lit­téraire : Le poème Invis­i­ble évoque la vieil­lesse qui vient, suivi de Si je dis qui par­le des dif­férentes étapes de la vie. Et la leçon c’est quoi ? Vous l’écrivez : « Vivre tout sim­ple­ment ». Un bon mes­sage pour nos lecteurs, quelques mots de votre part ?

Fabi­enne Lam­our : Avec le temps, on apprend à tem­pér­er ses élans de colère, à mieux se con­naître. La vieil­lesse c’est aus­si le temps de l’acceptation, de la paix avec soi-même, d’une cer­taine bienveillance.

Lire aussi  Patrick Haizet, un grand passionné d'histoire

On se réfugie dans des bon­heurs sim­ples : la ten­dresse, l’art, l’humour…A cha­cun de trou­ver le cock­tail qui le tient en vie.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Les derniers poèmes par­lent de la vérité par rap­port à soi-même, du fait qu’il ne faut pas aban­don­ner le navire (ou le com­bat), de l’importance des idées qui nous ani­ment, et puis il y a Elle cher­cha l’amour : et la réponse que vous nous don­nez c’est : chercher en soi-même, et c’est le don aux autres. Pour le coup, un mag­nifique élar­gisse­ment ! Un mot de la fin ?

Fabi­enne Lam­our : Quand on cherche en soi-même com­ment aller mieux, quand on choisit l’acceptation, on pro­gresse à coup sûr. On expéri­mente la grat­i­tude, ce qui est un chem­ine­ment essen­tiel vers une forme de paix. Comme dis­ait Epic­tète dans l’Antiquité : « N’attends pas que les évène­ments arrivent comme tu le souhaites. Décide de vouloir ce qui arrive… et tu seras heureux ».

Quand on se tourne vers les autres, quand on s’engage, on s’oublie un peu soi-même, on se décen­tre et cela nous allège. J’aime ce verbe : alléger. C’est aller vers la légèreté, s’envoler et se rap­procher de la douceur de vivre. C’est une des clés du bon­heur, enfin pour moi en tout cas… Voilà qui ressem­ble à un mot de la fin 😄…

Pro­pos recueil­lis par Monique Rault.

Com­man­der le recueil de poèmes : Cœur en liberté

Le recueil de poèmes Cœur en lib­erté est disponible sur Fnac.com, Ama­zon, Decitre, les librairies du réseau Place des librairies et Dil­i­com et plus générale­ment en com­mande dans toutes les librairies de France et de Navarre.

Restons en contact !

Inscrivez-vous pour recevoir les actu­al­ités lit­téraires, des inter­views exclu­sives d’au­teurs et toutes les news autour des dernières sor­ties de livres !

Nous ne spam­mons pas ! Con­sul­tez notre poli­tique de con­fi­den­tial­ité pour plus d’informations.

Commentaires

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Vérifié indépendamment
41 avis