Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Cyril Lebrec, bon­jour. Vous venez de pub­li­er dans le cat­a­logue de livres de notre mai­son d’édi­tion un ouvrage poé­tique oscil­lant entre prose et textes en vers libres inti­t­ulé : Éloge du rêve éveil­lé. Tout d’abord, pourquoi ce titre ?

Cyril Lebrec : Ce titre était celui du dernier poème de mon pre­mier recueil de poésie. Ce poème est égale­ment présent dans ce sec­ond recueil. Il con­stitue donc un lien avec ce nou­veau pro­jet. Aus­si, le rêve m’a tou­jours beau­coup inspiré, il est un espace de lib­erté, le lieu de tous les possibles.

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Si vous deviez expli­quer en quelques mots ce qu’est pour vous le « rêve éveil­lé », que diriez-vous ?

Cyril Lebrec : Le rêve éveil­lé peut avoir une con­no­ta­tion thérapeu­tique, mais c’est ici la place à la rêver­ie qui est évo­quée. Le droit, la pos­si­bil­ité, de se laiss­er porter par ses pen­sées, les laiss­er flân­er. Il peut par­fois être un refuge, mais surtout un endroit pour se remet­tre en ques­tion, ou bien pour ques­tion­ner la société. C’est un temps don­né à la con­tem­pla­tion, jusqu’à trou­ver la lueur qui fait recou­vrir l’espoir et amène à pass­er à l’action. Alors le rêve dis­paraît, mais a eu toute son util­ité. Il ne s’oppose pas à l’action, qui reste essen­tielle, il la mûrit.

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Au tout début de votre livre, vous citez Arthur Rim­baud : « À la lisière de la forêt – les fleurs de rêve tin­tent, écla­tent, éclairent, – » comme pour nous ouvrir le chemin. Quel rap­port entretenez-vous avec ce poète et son histoire ?

Cyril Lebrec : J’ai décou­vert Rim­baud à l’âge de 11 ans. Cette décou­verte a été fon­da­men­tale pour moi, dans ma con­struc­tion. J’ai été sub­jugué par la force de son expres­sion poé­tique. Il m’a ouvert des portes, m’a mon­tré que les pos­si­bles en poésie étaient infi­nis. Il sym­bol­ise bien sûr une forme de dés­in­vol­ture ado­les­cente, de « lib­erté libre ». Je reste pas­sion­né par ce poète, et sa vie. Je le lis tou­jours et me doc­u­mente beau­coup sur lui. Il est petit à petit devenu comme un com­pagnon de route.

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Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Votre recueil nous livre un mélange de sen­ti­ments hétéro­clites et le lecteur se sent vite « embar­qué » dans des univers mul­ti­ples qui le font réfléchir. Quel est votre fil con­duc­teur ? Com­ment avez-vous con­stru­it votre ouvrage et sur quels critères avez-vous choisi l’ordre d’apparition des textes ?

Cyril Lebrec : Comme dans un rêve, les thèmes ou les tonal­ités peu­vent vite chang­er. Ces poèmes datent de 2008 à 2020, et j’ai choisi de les présen­ter de manière éclatée, comme un miroir brisé. Il n’y a pas d’ordre chronologique. Par con­tre, le pre­mier et le dernier poèmes sont choi­sis volon­taire­ment. Le pre­mier pour laiss­er se réveiller les mots endormis en nous (à nos risques et périls !) et pré­par­er la rêver­ie. Le dernier pour voir la lueur d’espoir naître, et réou­vrir les yeux.

Cou­ver­ture du recueil de poèmes “Éloge du rêve éveil­lé” par Cyril Lebrec

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Je voudrais revenir sur un pas­sage inti­t­ulé « His­toire d’une errance ». Vous écrivez : « Et je m’obstine à vouloir écrire des choses longues en m’apercevant que le roman est mort. » Pou­vez-vous com­menter cette phrase ?

Cyril Lebrec : C’est une petite provo­ca­tion ahah, comme une vision. Dans une société où tout va très vite, et les buzz s’enchaînent sans grande logique, je sig­nale juste que ce genre lit­téraire risque de vite vieil­lir. D’ailleurs, les nou­velles formes d’écriture sont déjà présentes sur des plate­formes, avec des auteurs qui innovent. L’écriture va évoluer avec notre monde, qui préfère de plus en plus l’image, cela me paraît évi­dent. Cette pen­sée est aus­si empreinte de nos­tal­gie, car j’ai beau­coup d’admiration pour les romanciers, pour leur capac­ité à tenir en haleine un lecteur sur la durée. Voilà, c’est un pas­sage où je me suis amusé à imag­in­er la fin du roman, je ne pense pas que cela arrivera réelle­ment ou bien­tôt. C’est une manière de faire réfléchir sur notre société de l’immédiateté et ce qu’elle pour­rait pro­duire artistiquement.

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : On sent que vous tirez une son­nette d’alarme à pro­pos de notre société, de notre mode de vie qui ne laisse plus de place à la patience ; donc plus de place au rêve et à l’imaginaire. Quels sont pour vous les risques d’un tel fonctionnement ?

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Cyril Lebrec : Ce livre n’est pas là pour faire la morale. C’est avant tout un voy­age onirique. Et je laisse beau­coup de lib­erté d’interprétation aux lecteurs. J’aimerais juste qu’ils repar­tent avec quelques ques­tions. Ils trou­veront les répons­es par eux-mêmes. J’espère juste que ce mode de vie de l’instantané ne nous coupe pas de l’esprit cri­tique nuancé et appro­fon­di. Les juge­ments hâtifs risquent de se dévelop­per, avec une cul­ture du buzz manichéen.

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Le thème de la fuite est récur­rent dans votre ouvrage. Il appa­raît entre nos­tal­gie et con­stat de la fragilité des choses. Pour­tant vous sem­blez vouloir faire briller une petite lueur. Où est la place pour l’espoir dans votre démarche ? Le rêve éveil­lé serait-il la solu­tion ? Ou bien y aurait-il encore autre chose ?

Cyril Lebrec : La fuite par la rêver­ie est une solu­tion en effet. Heureuse­ment, beau­coup d’autres choses exis­tent, comme la lec­ture, les arts vivants, la cul­ture en général et surtout pass­er à l’action, par des engage­ments sim­ples pour faire avancer la société, dans des asso­ci­a­tions par exemple.

Une réflex­ion sur l’absurde est égale­ment présente dans dif­férents poèmes, avec une forte influ­ence d’Albert Camus. Quand on par­le d’absurde et d’espoir, son nom me vient instan­ta­né­ment à l’esprit, avec son fameux mythe de Sisyphe : « Il faut imag­in­er Sisyphe heureux ».

Édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire : Ce livre est sur­prenant et attachant. Les deux derniers textes – « Mal­gré tout » et « Refus » – nous lais­sent un peu dans l’expectative. On aimerait savoir si le rêve, éveil­lé ou non, fini­ra par gag­n­er. Avez-vous d’autres pro­jets lit­téraires en vue ?

Cyril Lebrec : Je tra­vaille sur un nou­veau recueil de poésie en effet, il est en cours d’écriture. J’espère le ter­min­er dans un temps respectable. Aus­si, un pro­jet à 4 mains avec une amie artiste pour­rait se faire, en lien avec des dessins, et/ou des pho­togra­phies. C’est en réflexion.

Mer­ci pour ces com­pli­ments en tout cas. Si le rêve éveil­lé fini­ra par gag­n­er ? Il n’est pas un com­bat, ou alors avec soi-même. S’il y avait un but, ce serait d’en sor­tir vain­queur, et por­teur d’un espoir nou­veau. Ce serait la plus belle récompense.

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Com­man­der Éloge du rêve éveillé

Le recueil de poèmes Éloge du rêve éveil­lé écrit par Cyril Lebrec est disponible sur Fnac.com, Ama­zon, Decitre, les librairies du réseau Place des librairies et Dil­i­com et plus générale­ment en com­mande dans toutes les librairies de France et de Navarre.

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