Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

La Com­pag­nie Lit­téraire : Claire Delpech, bon­jour. Vous venez de pub­li­er votre ouvrage dans le cat­a­logue de livres de notre mai­son d’édi­tion– un pre­mier roman illus­tré, inti­t­ulé Anguille. Pourquoi ce titre ?

Claire Delpech : Bon­jour Monique, je vous remer­cie de m’avoir con­viée aujourd’hui à cet entre­tien. Le titre « Anguille » est sim­ple, il évoque cette bête par­ti­c­ulière. Ce dernier est en lien direct avec le per­son­nage prin­ci­pal du roman. Je trou­ve qu’au delà du bel ani­mal qu’il désigne, ce mot pos­sède une con­so­nance sin­gulière, enchanteresse.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Avant d’aller plus loin, je voudrais rap­pel­er quelques points sur les méta­mor­phoses de l’anguille au cours de son cycle de vie.
Les anguilles nais­sent dans l’océan, quelque part dans la mer des Sar­gasses. Elles com­men­cent leur vie sous la forme d’un œuf qui se trans­forme en lep­tocéphale. Elles ressem­blent alors à une feuille trans­par­ente. Puis, elles se trans­for­ment une deux­ième fois et devi­en­nent des civ­elles. Elles ont la forme de l’anguille, mais elles sont trans­par­entes. On les appelle des anguilles de verre. Elles s’établissent dans les embouchures de riv­ières et de cours d’eau. Elles vont devenir des anguil­lettes. Par la suite, elles migrent le long du cours d’eau, s’installent dans un lac ou une sec­tion de riv­ière. Elles devi­en­nent des anguilles jaunes (anguilles d’or). Tout sim­ple­ment parce que la pig­men­ta­tion de leur abdomen devient jaune. Il se passe 10, 15, 20, par­fois 30 ans avant qu’elles devi­en­nent des anguilles argen­tées (argen­tées sur l’abdomen et très fon­cées sur le dos), prête à migr­er en mer et rejoin­dre la mer des Sar­gasses pour se repro­duire.
Votre livre est bâti sur le mod­èle de ce cycle de vie :

  • anguille de verre à anguille d’or,
  • puis anguille d’or à anguille d’argent,
  • pour rejoin­dre finale­ment « la Mai­son d’eau » de la mer des Sargasses.

Com­ment avez-vous réus­si à établir un par­al­lèle qua­si­ment con­stant entre le sort de l’héroïne, Aurör, et celui des anguilles ?

Claire Delpech : Oui, c’est tout à fait ça ! J’ai essayé de cal­quer les dif­férentes étapes de vie d’Aurör, de l’enfant, à la jeune fille pub­ère, puis à la femme, sur ces cycles de développe­ment de l’Anguille.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Dans la pre­mière par­tie du roman, Aurör Pezaroy est une petite fille qui vit au cœur du bois, avec ses par­ents. Sa mère est « une femme claire éprise des petits matins » et elle écrit des poèmes. Son père est « l’homme des toits » qui étudie la per­méa­bil­ité des matéri­aux. Ils vivent à l’é­cart des gens du vil­lage, une vie sim­ple dans une mai­son ronde à l’u­nique pièce, une borie. Y a‑t-il un lien avec votre pro­pre enfance ou est-ce une pro­jec­tion romanesque de votre part ?

Claire Delpech : Petite, ma cou­sine m’avait fait décou­vrir une borie non loin du château ou elle vivait. Dès lors, de retour à Paris, chaque soir en m’endormant, je m’imaginais la meubler scrupuleuse­ment avec des élé­ments naturels, jusqu’aux cou­verts en four­rure ! Je m’imaginais y vivre en ermite. Je me suis tou­jours sen­tie attirée par la soli­tude, partout où j’allais : au tra­vail, à l’école, je me fab­ri­quais un petit bout de coin rien qu’à moi, où je pou­vais rester seule. La pro­jec­tion est cepen­dant imag­inée. Les « par­ents » son sub­limés, seuls quelques traits de car­ac­tère sont réels. La mère à la beauté fraîche, le père bour­ru et d’origine paysanne occ­i­tane, très sen­si­ble, à la com­mu­ni­ca­tion par­fois brutale.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Pour en revenir à cette ambiance et à cette mai­son, vous dites : « J’y restais sou­vent seule, avec la belle com­pag­nie du silence ». On est frap­pé par la place que prend Silence qui est ici per­son­nifié. Un lien ter­ri­ble­ment fort vous lie ; vous écrivez : « Silence était là, avec moi, assis en face de moi, allongé à côté de moi. Silence était si fidèle. Blanc. Si pur, si frag­ile que j’avais peur de l’altér­er… Plus tard, il s’im­mis­cerait… Mais à cette époque-là, Silence était encore mon ami. L’autre de la fratrie. » Quels com­men­taires cela vous inspire-t-il ?

Claire Delpech : Enfant j’aimais être seule, ce qui est tou­jours le cas, sou­vent afin de trou­ver, il est vrai, un peu de silence. J’aime bien la médi­ta­tion, qui installe dans le silence. Le silence des églis­es, de la mai­son calme. C’est aus­si la mai­son qui est impor­tante dans Anguille, la « bogue ». Le silence est per­son­nifié parce qu’il laisse place à l’imagination qui va créer ses « mon­stres ». Des idées sur des choses qui n’existent pas, des peurs, mais aus­si des moments de sérénité comme une paix enfin retrouvée.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Votre ouvrage est émail­lé d’il­lus­tra­tions qui suiv­ent et com­plè­tent le réc­it. Plus pré­cisé­ment à la page 22, vous avez dess­iné Silence, l’autre de la fratrie. Assis à une table en face d’une petite fille, il appa­raît immense mais en même temps ras­sur­ant. Qu’ad­vien­dra-t-il de lui quand Aurör va grandir ?

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Claire Delpech : En gran­dis­sant le silence se trans­forme en l’épreuve ini­ti­a­tique de « la peur du noir ». Mais avant celle-ci, et comme sou­vent, Aurör est pro­tégée par une con­science d’elle-même bien­veil­lante et amie, très présente, et pleine d’acuité, qui con­tre­bal­ance ce mal incur­able qu’est cette dou­ble nature, infligée par les anguilles pleines de ran­cune. ( J’ai repris ce thème tra­di­tion­nel pro­pre à beau­coup de con­tes, de la mau­vaise fée « jetant un sort » ‑ici, un banc d’Anguilles tapi dans l’obscurité des algues- con­tre lequel, mal­heureuse­ment, on ne peut rien, à part peut-être l’intervention d’un objet mag­ique, ou bien sou­vent d’un prince ou d’une mar­raine bien intentionnée. )

La Com­pag­nie Lit­téraire : « Tout com­mença à l’au­tomne ». La rup­ture pour Aurör, c’est l’en­trée à l’é­cole com­mu­nale et la ren­con­tre d’une insti­tutrice loin d’être bien­veil­lante, Elvire Mâchecris. Est-ce une allu­sion auto­bi­ographique ?
Claire Delpech : Tout à fait !

La Com­pag­nie Lit­téraire : La petite fille déclenche alors des symp­tômes inquié­tants et douloureux dont les pre­mières man­i­fes­ta­tions sont une vive douleur dans les jambes. Elle sera con­duite auprès du doc­teur Mag­né Sainte-Mégrine, qui aura pour tout diag­nos­tic : « je ne sais pas ce que tu as ». C’est alors que com­menceront des méta­mor­phoses qui fer­ont d’Au­rör une enfant ensor­celée. Croyez-vous aux sortilèges ?

Claire Delpech : Oui. Je suis moi-même le fruit d’un sor­tilège ! Ma mère à eu recours à un gri-gri dakarois pour me créer, car elle attendait depuis sept ans ma venue et le cou­ple qu’elle for­mait avec mon père venait d’être déclaré infertile.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Votre roman se par­court comme un con­te ini­ti­a­tique aux accents de poésie pure, par­ti­c­ulière­ment quand vous décrivez le monde des riv­ières et des milieux aqua­tiques, mais aus­si celui de la forêt. Il en ressort un lien très fort avec la nature. Est-ce une sorte d’évo­ca­tion de la Terre Mère, une com­mu­nion avec une sorte d’infini ?

Claire Delpech : Je vous remer­cie. Oui, l’Infini-Nature pro­tège Aurör, tout comme le silence, la forêt, son aura mag­ique entre en com­mu­nion facile­ment avec une nature mater­nelle et pro­tec­trice, sauf lorsqu’il s’agit de la mer.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Je voudrais évo­quer un per­son­nage par­ti­c­uli­er : « le roi Brun ». Brun est un petit garçon un peu à part et très beau. Lui et ses par­ents, Sir William Edwin­shire et sa femme, Blanche, vien­nent de Jer­sey. Ce sont des aris­to­crates anglais qui ont acquis une pro­priété dans le vil­lage, « le Manoir ». Ils vont jouer un rôle impor­tant dans le déroule­ment des événe­ments et dans l’ori­en­ta­tion pro­fes­sion­nelle d’Au­rör par la suite. D’où vien­nent ces per­son­nages ? Ont-ils un lien avec une réal­ité quel­conque de votre enfance ?

Claire Delpech : Oui, ce petit garçon exis­tait exacte­ment dans les mêmes cir­con­stances que dans le roman. Ses actes et son apparence physique sont qua­si-iden­tiques à ceux décrits dans le réc­it. Seule sa famille est le fruit d’une con­struc­tion romanesque.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Pour en revenir « au roi Brun », le pas­sage où vous évo­quez le bais­er rédemp­teur qu’il donne à La Pesöy (surnom d’Au­rör à l’é­cole), fait penser à Alice au Pays des mer­veilles. C’est la magie de l’en­fance. Ce qui me frappe, c’est la réper­cus­sion de ce bais­er sur Aurör. Vous écrivez : « Le soir à la mai­son l’an­guille reste petite fille humaine jusqu’à la chair de son petit orteil. Le mir­a­cle fut de s’en­dormir, pour la pre­mière fois, embrassée par le roi, fille de terre. » Pou­vez-vous nous en dire un peu plus sur l’am­biva­lence qui pointe le bout de son nez ?

Claire Delpech : Dès qu’elle est inté­grée par les autres c’est le côté humain d’Aurör qui pré­domine, dès qu’elle est en con­flit avec les autres, c’est le côté Anguille, à tra­vers les métamorphoses.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Blanche donne des cours de dessin, elle sem­ble être un per­son­nage phare pour Aurör ; elles sont liées par le monde de l’imag­i­na­tion. Blanche prend un peu la suite de la mère d’Au­rör et joue le rôle d’ini­ti­atrice. Cela a‑t-il un rap­port avec votre méti­er de graphiste ?

Claire Delpech : Le méti­er de graphiste est par­fois éloigné de celui de l’artiste pur, mal­heureuse­ment. Le per­son­nage de Blanche est lié à un sou­venir d’enfance au cours duquel une dame artiste pein­tre m’enseignait la pein­ture ; j’ai com­plété son inspi­ra­tion par celle d’un per­son­nage imag­iné, sorte de fig­ure d’artiste fémi­nine « idéale ».

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Un extrait du livre de Claire Delpech.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Le temps passe, la petite fille grandit et devient une jeune fille. Arrive alors un épisode trou­blant avec un jeune homme, Jean. Il s’ap­proche d’elle, la désire et l’en­lace dans l’eau, vers les dunes, et là que se passe-t-il ? On com­prend qu’il se noie, mais quelle est la réal­ité d’Aurör ?

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Claire Delpech : Aurör pour la pre­mière fois con­fron­tée aux pre­miers désirs de l’adolescence, trans­forme à son insu Jean en pois­son. Puis, aban­don­nant son corps d’homme, ce dernier ne sera plus qu’une dépouille, quand sa vie, elle, con­tin­uera, à tra­vers cette incar­na­tion en poisson.

La Com­pag­nie Lit­téraire : C’est inquié­tant cet épisode, vous évo­quez le per­son­nage de la sirène et vous met­tez ces mots dans la bouche d’Au­rör : « De la sirène je n’au­rai que cette magie trag­ique d’être funeste aux garçons…la sirène est cru­elle, elle est con­sciente du tort qu’elle fait en atti­rant par ses chants ; moi c’est le sort qui me les vol­era : les hommes, je les ferai, con­tre ma volon­té, se chang­er en pois­son, puis ils dis­paraîtront. » Là c’est à l’au­teur que je m’adresse : quelle est votre réal­ité à vous ? Pensez-vous qu’Au­rör soit funeste ?

Claire Delpech : Auror décou­vre au fil du livre ses dif­férents pou­voirs, elle ne les maîtrise pas, ils lui échap­pent totale­ment. Oui elle est « funeste aux garçons ». Quant à ma réal­ité à moi ? Oui il m’est arrivé de l’être mal­gré moi comme nous pou­vons tous l’être face à des cir­con­stances ou bien à l’absence du sen­ti­ment amoureux, que nous ne maîtrisons pas.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Le temps passe encore, fini le lycée. Il est tant pour la jeune fille de pass­er au monde adulte. Elle part vers la cap­i­tale, faire des études de dessin : l’Ate­lier des Arts, Orsang. C’est la sec­onde par­tie de votre livre. L’an­guille de verre est dev­enue anguille d’or, et s’a­chem­ine vers son devenir d’an­guille d’ar­gent. Elle par­le d’un monde idéal, où elle sera Aurör-Pezaroy Ermi­taïn, et où per­son­ne ne saura qu’elle est vic­time de « ce mau­dit sort » qui fait d’elle une fille-pois­son. Quel par­al­lèle pou­vez-vous faire avec votre pro­pre expéri­ence dans une école d’Arts ?

Claire Delpech : « l’Atelier des arts » est le lit d’une mer­veilleuse utopie. C’est une vie dans la vie. Oui, je l’ai vécu, pas­sant d’un milieu très con­ven­tion­nel et peu enclin à la dif­férence sociale ou indi­vidu­elle, au sein duquel on a peine à s’épanouir, à cette cer­ti­tude d’être enfin à sa place, dans un nou­veau milieu qui sait lire une beauté qui demeu­rait invis­i­ble aupar­a­vant aux yeux d’un milieu aux inspi­ra­tions atones.

La Com­pag­nie Lit­téraire : C’est une nou­velle vie pour Aurör : elle va se faire des amis, deux garçons qui seront « ses frères de coeur », Armand Pas­sat et Peyrat Osuech : trio insé­para­ble où règne la cama­raderie et ce qu’elle nomme « l’ami­tié pure ». Leur domaine priv­ilégié c’est la mansarde d’Au­rör qu’ils appel­lent « Or ». Elle y des­sine chaque jour sur un mur ce qu’elle appelle « La Fresque de Mer ». En même temps Aurör devient une femme et décou­vre son corps, les robes et le par­fum. Et ces deux garçons si proches d’elle vont dis­paraître, l’un après l’autre… On pense bien sûr à l’épisode trag­ique avec Jean… Qu’avez-vous à nous dire à ce sujet ? Vous utilisez la métaphore du mon­stre et ses méta­mor­phoses, mais avez-vous un mes­sage que vous voulez trans­met­tre à tra­vers tout cela ?

Claire Delpech : Faire du mal à l’autre sans le faire exprès. Abîmer la pos­si­bil­ité d’un lien en arrê­tant tout, et ne rien vivre du tout, finale­ment. Sans doute cette crainte que ce qui est trop évi­dent, trop beau, ne doit peut-être pas être vécu, au risque de se sen­tir nu face à la nou­velle pos­si­bil­ité du bon­heur, minus­cule, soudain immen­sé­ment vulnérable.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Aurör ter­mine bril­lam­ment ses études et va être la pre­mière en présen­tant son ouvrage « La Fresque de Mer ». Après le drame de la page blanche, l’idée s’im­pose à elle d’u­tilis­er cette fresque qu’elle a conçue jour après jour pen­dant cinq ans. Elle est remar­quée et on lui pro­pose immé­di­ate­ment un tra­vail : elle est embauchée par Luce Terre. Mai­son des réclames « Les Bolides ». Et nous arrivons là dans ce que vous appelez Le Monde du com­merce. Et c’est l’ar­rivée de Aymé Clé­mence, per­son­nage qui va jouer le rôle du mari d’Au­rör. C’est ce qu’elle appelle la nais­sance du sen­ti­ment pur. Man­i­feste­ment il ne va pas subir le même sort que les autres per­son­nages mas­culins qui l’ont approchée ; Pourquoi ?

Claire Delpech : Parce qu’Aurör pour ne pas le per­dre de la même façon que les deux précé­dents, entre­tient avec lui une rela­tion qua­si platonique.

Un extrait du livre “Anguille” de Claire Delpech.

La Com­pag­nie Lit­téraire : C’est une Let­tre à Aymé, que rédi­ge Aurör à la fin, qui nous explique tout. Après l’avoir aimée et épousée, il l’a ren­due à la riv­ière, là même où elle avait été conçue ; c’é­tait comme « le secret de sa nais­sance ». Elle est main­tenant libre d’être cette anguille d’ar­gent dans sa mai­son d’eau de la mer des Sar­gasses. Les dernières pages font écho aux pre­mières pages du roman et nous lais­sent sous le charme de la poésie du lieu. Vous écrivez : « Tout s’ef­face. Il ne reste plus que l’in­stinct, l’ori­en­ta­tion. Il me reste aus­si le sou­venir de mon mari. Le sen­ti­ment, en mon cœur d’an­i­mal je l’ap­pelle allé­gresse ». Pou­vez-vous expli­quer et com­menter ces propos ?

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Claire Delpech : Aurör doit sac­ri­fi­er toutes les pos­si­bil­ités de vivre l’amour pour rede­venir com­plète­ment une anguille. Cepen­dant elle savoure le sou­venir de l’être aimé, et celui-ci l’inspire pour con­stru­ire un palais sous-marin. Il est une métaphore des chimères amoureuses con­stru­ites par le sou­venir, la mémoire, l’interprétation.

La Com­pag­nie Lit­téraire : C’est une his­toire assez fasci­nante que vous racon­tez tout au long de ce livre. À un moment, on apprend que les par­ents d’Au­rör se sont unis con­tre le gré de la famille. Et là, il ne s’agis­sait pas for­cé­ment d’an­guilles… Elle, Cather­ine, venait d’un milieu « nor­mal ». Lui, Juan­net, d’un milieu plus « mar­gin­al ». Et pour­tant ? Est-ce pour cette rai­son que la petite Aurör a été vic­time « d’un sort » ? Pou­vez-vous nous dire quelque chose à ce sujet ou cela doit-il rester de l’or­dre du Silence ?

Mes pro­pres par­ents venaient d’un milieu dif­férent. Pour le reste j’ai créé ces per­son­nages, leurs noms, leurs car­ac­téris­tiques physiques et morales. Le « sort » dont il s’agit, c’est parce que le cou­ple a dérangé les anguilles en saccageant bien que par inad­ver­tance, leur muraille d’algues, et non parce qu’ils sont l’un et l’autre très dif­férents. De cet acte dou­ble naî­tra cette petite fille ensor­celée. L’idée est que l’on ne peut jamais maîtris­er l’enfant que l’on va avoir. Son âme nous dépasse, et les par­ents peu­vent s’acharner à essay­er de com­pren­dre leur petit, il se peut qu’il lui échappe tou­jours, parce que le mys­tère de son iden­tité innée de par l’hérédité, et mod­elée au gré des façons de l’éducation, mais aus­si des aléas de l’existence demeure insai­siss­able.
« Cette besti­ole qui ne se laisse jamais saisir » : les trou­bles psy­cho-physiques de l’enfant sont rejetés par des par­ents sévères, un milieu con­ven­tion­nel, incar­né ici par une forêt som­bre et ces gens braves, désem­parés par cet enfant dif­férent des autres. Une ques­tion pour­rait leur revenir en tête : quel est le mode d’emploi qui viendrait à bout des crises de leur fille ? La réponse appar­tient à l’Univers plénier, qu’Aurôr retrou­ve à la toute fin du roman, dans sa com­mu­nion avec la mer des Sargasses.

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Nous remer­cions Claire Delpech d’avoir répon­du à cette inter­view signée Monique Rault. Le roman « Anguille » illus­tré par l’au­teur est disponible sur Fnac.com, Ama­zon, Decitre, les librairies du réseau Place des librairies et Dil­i­com et plus générale­ment en com­mande dans toutes les librairies de France et de Navarre.

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