Tout ce qu’il faut savoir sur les hoplites

hoplite

Définition hoplites :  Dans la Grèce antique, un hoplite était un soldat de l’infanterie lourde. Le mot ὁπλίτης = hoplitēs provient du terme grec ancien ὅπλον = òplon qui signifie arme.

Histoire des hoplites

Résultat d’une évolution progressive, ce modèle de guerrier grec est attesté depuis la fin de l’époque dite archaïque, au début du VIIe siècle avant notre ère. Même si Homère en fait une mention anachronique dans l’Iliade, ce type de combattants est apparu durant l’époque classique en lien avec la naissance des « polis » (πόλις), les cités-États.

Athènes développa le modèle du service militaire obligatoire. Les jeunes s’entraînaient dans les gymnases, ils apprenaient le maniement des armes et le combat en phalange (φάλαγξ). Lors de leur apprentissage, nommé éphébie, les jeunes hommes recevaient également des formations dans l’art de la rhétorique, de la politique et de la guerre. L’homme parfait devait être sain de corps et d’esprit. Les grands hommes d’État de la démocratie athénienne (tels Cimon, Périclès, Cléon ou Alcibiade) ainsi que de nombreux auteurs ou philosophes (tels Sophocle, Socrate, Xénophon) ont reçu cette éducation. Un bataillon d’hoplites était initialement rattaché à une tribu (il y avait dix tribus à Athènes). Il était commandé par un taxiarque qui rendait compte aux stratèges, les magistrats en charge de l’armée. Envoyé aux frontières ou dans des citadelles stratégiques pour défendre l’État, le simple citoyen grec pouvait retourner à sa vie normale une fois son devoir accompli. Beaucoup de villes grecques copièrent ce modèle de la cité athénienne.

À Sparte, les hoplites étaient des hommes libres (Ὅμοιοι signifiant les semblables) qui se consacraient exclusivement à la guerre. L’éducation des jeunes citoyens de Laconie commençait dès l’âge de sept ans. Ils étaient retirés à leurs parents pour être confiés à des éducateurs, les pédonomes (παιδονόμος). Le père était remplacé par un tuteur, l’éraste (ἐραστής), qui parrainait le jeune adolescent, appelé éromène (ἐρώμενος). La pédérastie, institution morale et éducative, n’était pas à Sparte à caractère sexuel. Xénophon déclare même qu’un éraste désirant son éromène aurait été aussi honteux qu’un père désirant son fils. La formation était jalonnée d’épreuves. Elle constituait un véritable parcours initiatique, long et difficile, destiné à préparer les hommes au sacrifice ultime pour la collectivité. L’esprit de solidarité était poussé à l’extrême chez les Lacédémoniens qui choisissaient de mourir plutôt que de se rendre. Six polémarques commandaient les divisions (appelées mora) , chacune d’entre elles était composée de deux ou quatre compagnies (les loches  ou lochoi) ayant chacune 480 hommes. La plus petite unité s’appelait l’énomotie et comportait trente hommes et deux gradés : l’énomotarque, le chef qui prenait la tête de l’unité, et l’ourague, son second, placé à l’arrière pour contrôler la cohésion de la formation.

Pour aller plus loin :

l'épopée des dix-milles

L’Hoplite ou l’épopée des Dix-Mille, par Jean-Luc Marchand est le témoignage de Sophénète simple hoplite spartiate, curieux et observateur qui va comprendre combien le monde est plus vaste qu’il ne croyait.

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Armement des hoplites

À Sparte, chaque homme devait payer son équipement qui était généralement très onéreux. Cependant, certaines cités le finançaient afin de disposer d’une armée professionnelle. De grande valeur, cet équipement était le plus souvent transmis de père en fils.

  • Le casque (κράνος). Il a pris plusieurs formes au cours des siècles en s’inspirant du casque corinthien. Fait de bronze, parfois de cuir, il était doté d’un protège-nez et de protège-joues. Un cimier en crin de cheval, allant du front vers la nuque, permettait de « grandir » l’hoplite face à l’ennemi.
  • La cuirasse (θώραξ). Elle était initialement constituée de plaques de bronze. À partir du Ve siècle avant notre ère apparurent des modèles plus légers faits de cuir et de bronze.
  • Les cnémides (κνημῖδες). En bronze, mais parfois en fer ou en cuir, ces protège-tibias étaient généralement modelés directement sur les jambes du soldat.
  • Le bouclier (ἀσπίς). Il était de forme concave, constitué de bois recouvert de cuir et le plus souvent de bronze. Un brassard et une poignée permettaient une bonne saisie.
  • L’épée (ξίφος). Elle était courte pour être maniable lors des combats au corps à corps.
  • La lance (δόρυ). La lance était l’arme la plus importante pour l’hoplite. Faite d’un bois solide d’une longueur d’environ deux mètres, elle disposait d’une pointe en fer ou en bronze d’une vingtaine de centimètres pour transpercer l’ennemi. Une seconde pointe sur le talon, plus courte, permettait d’achever l’homme à terre. La lance n’était pas une arme de jet.
armement hoplites casque

armures armes hoplites

Illustrations par Hélène Marchand-Cury

Formation de bataille 

Regroupés en phalanges sur les champs de bataille, les hoplites se tenaient le plus généralement sur huit rangs compacts, épaule contre épaule. Leur bouclier servait à protéger à la fois leur flanc gauche ainsi que le flanc droit de leur voisin. Durant la bataille, ceux du premier rang dirigeaient vers l’avant leur lance qu’ils saisissaient à la moitié de la longueur. Ceux du second rang pointaient aussi leur lance vers l’ennemi en la saisissant au quart de sa longueur pour la poser sur l’épaule de celui qui précédait. Les soldats des autres rangs maintenaient leur lance en l’air, mais se tenaient prêts à remplacer celui qui tomberait devant eux. Les rangs impairs (1,3,5,7) étaient dénommés « protostates » et les rangs pairs « épistates ». Il fallait que les rangs restent compacts et solidaires pour maintenir un front infranchissable lors d’une charge de l’ennemi ou pour enfoncer sa ligne de défense. Les caractéristiques du combat des hoplites en phalanges évoluèrent au fil du temps pour devenir un art grec complexe qui se répandit dans tout le bassin méditerranéen. Même les Perses, ennemis traditionnels des Grecs à cette époque, faisaient appel à l’expertise de mercenaires hellènes pour leur infanterie lourde. Jusqu’à l’époque hellénistique, l’armement ou les tactiques évoluèrent. On constate par exemple dans la phalange macédonienne l’apparition d’une lance plus longue, la sarisse, qui faisait six mètres de long, ainsi qu’un équipement plus léger pour favoriser les déplacements rapides.

Quelques célèbres batailles d’hoplites :

De nombreuses batailles ou des faits d’armes impliquant des hoplites ont été rapportés par les chroniqueurs ou les historiens, tels Hérodote, Thucydide ou Xénophon. Parmi les plus célèbres, citons :

  • La Bataille des champions (546 avant Jésus-Christ). Elle opposa Argos à Sparte. Les deux villes s’étaient mises d’accord pour que seuls les trois cents meilleurs hommes de chaque camp s’affrontent jusqu’à la mort, évitant ainsi l’engagement des deux armées. Deux Argiens, pensant être les derniers en vie, quittèrent le champ de bataille, mais Othryadès, un Spartiate blessé, avait survécu à ses blessures. Étant le dernier présent, il permit à Sparte de revendiquer la victoire. La légende dit que, honteux d’avoir survécu à ses compatriotes, Othryadès se serait suicidé peu après.
  • La bataille de Marathon (490 avant Jésus-Christ) lors des guerres médiques, vit la victoire d’Athènes alliée à Platées face aux Perses du roi Darius Ier qui avaient débarqué sur cette plage pour envahir la Grèce. Après la bataille, une partie des hoplites grecs rejoignirent Athènes à marche forcée pour dissuader une attaque de la ville par ceux des Perses qui avaient rembarqué et qui pensaient pouvoir prendre Athènes laissée sans défense.
  • La bataille des Thermopyles au cours de la seconde guerre médique (480 avant Jésus-Christ) vit la résistance héroïque, mais vaine de quelques hoplites de Sparte (les fameux 300 du roi Léonidas) face aux Perses de Xerxès Ier.
  • La bataille de Platées (479 avant Jésus-Christ) fut une victoire de Sparte et des cités alliées contre les forces perses et les Grecs médisants (c’est-à-dire alliés aux Mèdes). Cette bataille mobilisa l’une des plus grandes forces jamais employées dans une guerre du monde grec antique. Pour Sparte furent alignés 5 000 citoyens libres, 5 000 périèques (hommes libres de Laconie, mais non citoyens), 35 000 hilotes (population de Laconie mise en esclavage par Sparte). La bataille mit un terme à la seconde guerre médique.
  • La bataille de Sphactérie, épisode de la guerre du Péloponnèse entre Athènes et Sparte, (425 avant Jésus-Christ) se solda par une défaite des Spartiates. Pour la première fois dans l’histoire de Sparte, des hommes s’étaient rendus plutôt que d’avoir choisi la mort au combat. Cette reddition provoqua un traumatisme pour la cité.
  • La bataille de Mantinée, épisode de la guerre du Péloponnèse entre Sparte et Argos alliée à Athènes (418 avant Jésus-Christ). Les Lacédémoniens remportèrent la victoire. Sparte respecta la tradition de ne pas tuer inutilement ses ennemis. Mille Argiens encerclés en fin de bataille n’ont été ni massacrés ni faits prisonniers, mais libérés. Thucydide rapporte que les combats ont été menés exclusivement par les phalanges hoplitiques.
  • La bataille de Counaxa en 401 avant Jésus-Christ. Le jeune prince Cyrus voulant renverser son frère, le roi des Perses Artaxerxès II, il enrôla une armée de mercenaires grecs composée de plus de 12 000 hoplites. Mais Cyrus mourut lors de la bataille à proximité de Babylone, alors que les Grecs n’eurent quasiment aucun mort à déplorer. Des milliers d’hoplites, mais aussi des dizaines de milliers de civils (les skeuophores) en charge de l’intendance, se retrouvèrent alors isolés en pays ennemi. Assaillis par les troupes du roi, agressés par des peuples barbares, souffrant du froid et de la faim, plus de huit mille guerriers parvinrent à rentrer en Grèce. Cet exploit impressionna le monde à l’époque. Il permit de comprendre que la Perse n’était pas invincible. Alexandre le Grand s’en souviendra. L’expédition de retour a pris le nom de retraite des Dix-Mille.

hoplites bataille de Counaxa

  • La bataille de Leuctres, près de Thèbes, en 371 avant Jésus-Christ. Elle vit la défaite des Spartiates face aux Thébains menés par Épaminondas. À cette occasion, celui-ci mit en œuvre une nouvelle tactique : l’ordre oblique, qui visait à déséquilibrer l’aile droite des phalanges ennemies, aile la plus fragile en raison de l’asymétrie dans la tenue du bouclier. La bataille mit un terme à l’hégémonie spartiate.
  • La bataille de Chéronée (Béotie) en 338 avant Jésus-Christ opposa Philippe II, le Macédonien, à une coalition de cités menée par Athènes et Thèbes. Remportée par les Macédoniens, cette bataille marqua le début de la domination macédonienne sur le monde hellénique. Le bataillon sacré, corps d’élite thébain mythique constitué exclusivement d’amants pédérastiques, aurait été massacré par la cavalerie commandée par le fils du roi, le futur Alexandre le Grand.
  • La bataille de Gaugamèles en 331 avant Jésus-Christ permit à l’armée d’Alexandre le Grand de vaincre le roi perse Darius III. Les 40 000 soldats du roi macédonien (dont 31 000 hoplites, peltastes et hypaspistes et une cavalerie composée de 7000 hommes) durent faire face aux 277 000 fantassins, 23 000 cavaliers, 200 chars et 15 éléphants de guerre des Perses. Grâce notamment au placement dit « en échelon » de ses troupes visant à occuper le terrain, Alexandre remporta une victoire totale.

 

Image de couverture de l’article : Julie Pedron

Texte : Jean-Luc Marchand

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