Dernière modification le 9 mai 2024 par La Compagnie Littéraire

Éditions la Compagnie Littéraire : Yann Gontard, bonjour. Dans quelques jours paraîtra le 5e et dernier opus de votre Journal d’un aventurier des temps modernes : Le grand air d’Amérique du Sud. Arrivé à cette étape, où en est notre voyageur (physiquement, financièrement et psychologiquement), comment envisage-t-il la suite de son périple et quels nouveaux pays s’apprête-t-il à découvrir avant d’achever son tour du monde ?

Yann Gontard : Pendant près de dix mois, il a emprunté un itinéraire qui le conduisit à travers l’Europe, le Proche-Orient, l’Asie, puis l’Amérique centrale. Au fil de ce voyage, il a commencé à s’acclimater aux défis quotidiens, se transformant profondément depuis son départ.

Sur le plan financier, il a su maintenir son budget malgré les arnaques auxquelles il a été confronté et les quelques billets d’avion qu’il a dû prendre.

Sur le plan physique, il a dû faire face aux spécificités culinaires de chaque pays, nécessitant une adaptation constante de son estomac et une vigilance accrue des aspects sanitaires. Malgré cela, il a souffert de troubles intestinaux sévères et a perdu près de douze kilos…

Sur le plan psychologique, il a été profondément affecté, car les traitements qui lui étaient prescrits se sont avérés inefficaces, le laissant dans une grande perplexité. Cependant, cela n’a pas suffi à le décourager dans sa quête initiatique. Il sentait que la voie de la maturité n’était pas encore achevée, mais il pressentait que le moment où tout prendrait sens était proche.

Ainsi, il envisageait la fin de son périple avec un immense espoir de trouver ce qu’il cherchait. Dans un monde d’origine hispanique qui lui était donc presque familier après l’Amérique centrale, l’Amérique du Sud restait pour lui un territoire inconnu, à explorer en profondeur. Il décida d’éviter le Venezuela et la Colombie, deux pays qui n’étaient guère recommandés à l’époque, ainsi que le Chili, un territoire étroit, coincé entre l’océan Pacifique et la cordillère des Andes. Bien que le Chili offre des paysages magnifiques, il n’abritait pas de sites majeurs de civilisations anciennes. En conséquence, il se rendit en Équateur, puis au Pérou, traversa la Bolivie pour finalement atteindre l’Argentine et achever son périple au Brésil.

Éditions la Compagnie Littéraire : Vous commencez par l’Équateur, avec sa capitale Quitó. Par quoi êtes-vous frappé d’abord en arrivant ? Quels sont les sentiments qui vous habitent en pensant à la conquête espagnole, aux anciennes civilisations antérieures à celle-ci et au contexte géopolitique du pays ?

Yann Gontard : Lorsque l’on arrivait à l’ancien aéroport de Quito en avion, la nature environnante captivait les regards : un étroit plateau encaissé par de majestueuses montagnes aux sommets éternellement enneigés, s’élevant à près de 4 800 mètres. En même temps, l’aéroport était contigu à la capitale et l’atterrissage exigeait une habileté exceptionnelle de la part des pilotes les plus chevronnés, procurant quelques frissons aux passagers, surtout lorsqu’une épaisse brume limitait la visibilité…

L’histoire de l’Équateur se révèle fascinante. La civilisation inca y a indéniablement joué un rôle majeur en maintenant un empire véritablement durable. Pourtant, à partir de 1532, quelques Espagnols ont entrepris la conquête du continent en le déséquilibrant avec des ressources relativement limitées, exploitant la surprise et les avancées technologiques européennes en matière militaire, notamment l’introduction du cheval inconnu en Amérique du Sud.

Lors de mon passage, ce petit pays traversait une période d’instabilité prolongée et éprouvante… dont le peuple amérindien était la première victime. Cependant, ce dernier acceptait cette situation avec une résignation admirable. J’ai eu l’occasion de rencontrer des individus particulièrement enclins à la paix et profondément pacifiques.

Éditions la Compagnie Littéraire : Vous évoquez rapidement le monde des narcotrafiquants et le triangle « Colombie-Équateur-Pérou ». Dans un ouvrage précédent, vous aviez évoqué le triangle « Thaïlande-Birmanie-Laos ». Pouvez-vous nous renseigner davantage sur ce sujet ? Quels sont les points communs et les différences de fonctionnement compte tenu de la situation géographique ?

Yann Gontard : Le triangle que j’ai exploré dans mon troisième ouvrage réunit une région montagneuse le long du fleuve Mékong, considérée comme la principale zone de production d’opium à l’échelle mondiale. Il convient de noter que cette production a été largement encouragée par les Français pour des motifs commerciaux douteux avec la Chine, puis sporadiquement par les Américains pendant la Guerre Froide, dans le but de prévenir la propagation du communisme en Asie du Sud-Est.

Quant au triangle d’Amérique du Sud, que j’ai abordé dans mon dernier livre, il englobe une zone frontalière vaste et dense, quasiment impénétrable, qui facilite le trafic de cocaïne, dont ces trois pays sont pratiquement les seuls producteurs et transformateurs au niveau mondial. Les principaux marchés de cette drogue sont les États-Unis et l’Europe. En réalité, le corridor menant à la frontière américano-mexicaine est infesté de divers dangers, des conflits entre cartels ou gangs, des réseaux mafieux violents et une instabilité chronique, autant de raisons pour lesquelles il est préférable de l’éviter.

Éditions la Compagnie Littéraire : À peine passée la frontière du Pérou, vous faites un parallèle entre « les pauvres herbes » de la végétation et « les pauvres gens » du pays. Mais plus encore, vous écrivez : « Ce qui frappait au Pérou, c’était la misère brute des gens de la rue, affublés d’habits sales ou déchirés, leurs pieds couverts de boue et de crevasses, présentant un aspect foncièrement négligé, non par choix, mais par nécessité. » Et puis très vite, c’est l’insécurité, les voleurs à l’affût. Comment avez-vous progressé dans votre découverte du pays et dans l’abandon de votre naïveté ? Comment faire cohabiter en imagination la richesse de la civilisation inca et ces constatations ? Le Pérou, c’était l’Eldorado… On pense au « Candide » de Voltaire… Quels commentaires cela vous inspire-t-il ?

Yann Gontard : Depuis l’Inde, je n’avais pas eu l’occasion de côtoyer une telle détresse humaine. Pourtant, le contraste était frappant entre l’Équateur et le Pérou, même si ce dernier, dans l’imaginaire collectif, incarnait la nation qui avait résisté aux Espagnols, le berceau de la plus grande civilisation d’Amérique du Sud. Certes, le « Candide » que j’étais alors l’était moins qu’en Inde ; il avait acquis depuis lors les astuces nécessaires pour éviter les désagréments. La présence constante de bandits et de voleurs nécessitait une vigilance permanente. Les violences physiques étaient rares, mais l’intention constante de dépouiller aussi bien l’étranger que l’autochtone planait dans l’air. Chacun devenait une cible potentielle. Il n’y avait pas de paranoïa, mais une vigilance aiguisée partagée par les honnêtes gens du pays.

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Il ne m’a pas été trop difficile de distinguer la réalité quotidienne du Pérou de ce qu’elle avait été, car l’empreinte de la fabuleuse civilisation inca était omniprésente, les Espagnols ayant préservé, voire utilisé, les infrastructures en place. Cependant, cela suscitait des réflexions profondes : Qui était le principal responsable de la situation actuelle ? En écoutant diverses sources, qu’il s’agisse de la presse locale ou des ouvrages de romanciers péruviens, on pouvait en tirer des conclusions prudentes, la vérité étant loin d’être simple. Était-ce la conquête espagnole rapide et brutale ? Le jeu géostratégique des États-Unis ? La corruption politique au pouvoir ? Les actions terroristes du Sentier Lumineux ? Peut-être un peu de tout cela ?

En tout cas, même s’« il avait le jugement assez droit et l’esprit le plus simple » pour emprunter les mots de Candide, notre aventurier demeurait constamment vigilant, concentré sur son environnement immédiat, jusqu’à ce qu’il se retrouve piégé… Une leçon d’humilité s’imposait alors ! Il prenait conscience qu’il n’avait pas encore parcouru tout le chemin qui s’offrait à lui…

Éditions la Compagnie Littéraire : Passons à Cuzco, capitale historique des Incas. – Départ pour Ollantaytambo – Aguas Calientes – et le Machu Picchu. Alors là, Yann Gontard, je vous laisse nous raconter en quelques mots vos expériences et nous faire part de vos sentiments. Et puis aussi « Le Sentier Lumineux », que pouvez-vous nous en dire ?

Yann Gontard : La visite du site exceptionnel du Machu Picchu est en elle-même une expérience inoubliable. Le moyen le plus simple pour y accéder est de prendre un petit train au fond d’une vallée étroite, puis de descendre à Aguas Calientes, une station rudimentaire qui présente l’unique avantage d’être située en contrebas de la citadelle. Cependant, la partie la plus ardue reste à accomplir. Si l’on refuse de prendre le car hors de prix qui mène au sommet, il faut s’aventurer sur un sentier particulièrement escarpé au cœur de la forêt, ce qui rend la marche aléatoire et épuisante. Ce n’est qu’après cette randonnée éprouvante que l’on découvre enfin, au sommet, le site dégagé et aménagé, à condition que le brouillard n’entrave pas la vue.

Le gouvernement péruvien cherche à tirer profit des richesses providentielles du site exceptionnel en augmentant de manière exorbitante les tarifs pour tous les visiteurs d’un jour, que ce soit pour les billets de train, de bus ou d’accès au site lui-même. Heureusement, il existait encore quelques astuces pour échapper à ces tarifs prohibitifs…

Quant au Sentier Lumineux, la presse française le présentait systématiquement comme un mouvement communiste révolutionnaire, ce qui n’était pas totalement incorrect. Les États-Unis et le gouvernement péruvien avaient pour objectif commun de l’éradiquer au plus vite, d’autant plus que ce groupe contrôlait de vastes portions du pays. Cependant, un examen plus approfondi révélait que sa formation était le résultat du ras-le-bol d’une partie de la population, confrontée à des gouvernements corrompus et à un pouvoir entre les mains de quelques-uns. De plus, les actions de ce mouvement étaient souvent déformées pour le présenter comme une organisation terroriste, bien que cela ne soit pas toujours avéré. Les Péruviens que j’ai rencontrés n’ont cessé de me relater des événements marquants qui remettaient en question la vision simpliste du gouvernement…

Éditions la Compagnie Littéraire : Les derniers moments de votre séjour au Pérou, avant la Bolivie, c’est Puno, les îles Uros, l’île de Taquilé. Au passage le lac Titicaca. On est au bout du monde. Comment était organisée la vie dans l’île de Taquilé ? Vous parlez d’une microsociété qui se débrouillait seule… « un bel exemple de simplicité et de bonheur »… Cette dernière « escale » au Pérou a contribué à modifier la vision pessimiste que vous aviez de ce pays qui était également en proie à une crise politique et économique très dure à l’époque. Aujourd’hui, comment voyez-vous cela ?

Yann Gontard : Taquilé représente une merveilleuse expérience de démocratie participative où chaque individu joue son rôle avec sérieux. Il est dans l’intérêt bien compris de tous de partager, de prendre des décisions collectives, et d’exercer un gouvernement temporaire avec les sages de la collectivité. Bien entendu, il s’agit d’une microsociété et il est possible que cet exemple ne puisse pas être reproduit dans le cadre d’un pays aussi vaste que le Pérou. Néanmoins, ces pratiques anciennes de respect et d’écoute offrent un havre de simplicité et de bonheur, ce qui était particulièrement bienvenu après les tumultes violents des dernières semaines au Pérou. En étant constamment sur ses gardes face au danger omniprésent, cette escale m’a permis en quelque sorte de reprendre mon souffle. J’ai pu baisser ma vigilance pendant ces quelques jours et prendre du repos. Ici, il n’y avait pas de crise politique ou économique, seulement une atmosphère paisible au sein d’un peuple fraternel et bienveillant. Un exemple inspirant à suivre… et une précieuse leçon de vie !

Éditions la Compagnie Littéraire : En Bolivie, c’est un peu plus sécurisé qu’au Pérou… encore que… Au cours de vos pérégrinations, vous évoquez quelque chose de particulier : le site archéologique de Tiwanaku représentant les restes d’une civilisation pré-inca. Vous dites que c’est une civilisation méconnue qui avait amplement préparé le terrain au génie inca. Vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Yann Gontard : En effet, lorsque l’on discute avec des personnes ayant exploré l’Amérique du Sud, voire celles qui n’ont jamais mis les pieds sur ce continent, la civilisation qui domine nos conversations est invariablement celle des Incas. Il est indéniable que les Incas ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire, que ce soit par leur capacité à ériger et maintenir un empire sans précédent dans l’hémisphère sud, par les nombreux sites archéologiques qu’ils ont légués à la postérité ou encore par leur courage légendaire face à la résistance farouche des conquistadors espagnols.

Pourtant, bien avant l’avènement des Incas, une autre grande civilisation émergea des rives du lac Titicaca : la civilisation Tiwanaku, qui régna sur la moitié sud des Andes entre les Ve et XIe siècles. Maîtrisant avec virtuosité la taille de la pierre et développant un savoir-faire architectural remarquable, elle exerça une profonde influence sur les Incas qui s’en inspirèrent lors de leurs réalisations ultérieures. Des édifices cérémoniels aux pyramides à sept niveaux, en passant par les portes sculptées dans d’immenses blocs de pierre, les statues anthropomorphes, les systèmes de canalisations ingénieux et bien d’autres innovations, les Tiwanakotas ont su régner pendant plus de six siècles. Ils ont ainsi transmis, malgré eux, un précieux héritage à la nouvelle civilisation inca, qui allait devenir la puissance dominante de l’époque.

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Éditions la Compagnie Littéraire : Si l’on étudie l’histoire de la Bolivie à partir de la guerre du pacifique dans les années 1880, et jusqu’à la première moitié du XXe siècle, on se rend compte que peu à peu, la Bolivie a perdu plusieurs parties de son territoire à cause de ses « voraces voisins » (Chili, Brésil, Paraguay), devenant par là même l’un des parents pauvres d’Amérique du Sud. Comment tout cela s’explique-t-il ?

Yann Gontard : Les multiples atteintes à l’intégrité du pays semblent résulter du fait que la Bolivie n’a jamais pleinement saisi les enjeux stratégiques de ses territoires, laissant ainsi à ses voisins le champ libre pour agir à l’encontre de ses propres intérêts.

De plus, au cours du XIXe siècle, la Bolivie a connu une période d’affaiblissement prolongée, connue sous le nom d’ère des Caudillos, marquée par de nombreux coups d’État avec l’intervention systématique de l’armée. Certains leaders militaires étaient familiers avec les tactiques militaires espagnoles, tandis que d’autres accédaient au pouvoir avec une expérience limitée et une gestion des affaires publiques très approximative, pour ne pas dire chaotique.

La puissance et la persévérance de ses voisins ont facilement pris le dessus, la Bolivie, affaiblie par cette longue période d’instabilité, étant incapable de canaliser ses ressources ou de trouver des alliés suffisamment puissants pour rééquilibrer la situation.

Éditions la Compagnie Littéraire : Et puis, c’est l’Argentine, très différente. Vous restez quelques jours à Buenos Aires. Vous écrivez : « Là aussi, la pauvreté existait, mais elle était tout de même moins flagrante, moins visible, moins pénible que dans les précédents pays traversés. » Comment décririez-vous cette ville, y a‑t-il une anecdote sur laquelle vous auriez envie de revenir ?

Yann Gontard : Buenos Aires est souvent surnommée le « petit Paris » de l’Amérique du Sud, tant en raison de son architecture, de son urbanisme que du comportement de ses habitants. En effet, ces derniers présentent des similitudes marquées avec les Parisiens : ils sont attentifs à leur apparence, élégants, bien habillés et attachés aux rituels des cafés et des restaurants. La ville allie une modernité indéniable à un profond respect pour son récent passé. Ici, point de population autochtone, mais plutôt un développement largement d’origine européenne qui a su préserver l’héritage de son style de vie. Malgré la taille de la ville, on ne se sent pas véritablement désorienté à Buenos Aires.

En ce qui concerne une anecdote mémorable, je me souviens vivement du président de l’époque, Carlos Menem, dont le profil hors du commun m’avait beaucoup surpris et amusé. En effet, ses nombreuses frasques alimentaient quotidiennement les colonnes de tous les journaux, sans pour autant ébranler sa stature politique, renforçant même quelque peu son image. À titre d’exemple, lors de son divorce avec son épouse à la suite de nombreuses liaisons extraconjugales, la femme blessée et trompée refusa de quitter la résidence présidentielle en arguant que c’était devenu leur résidence principale et qu’elle avait le droit d’y rester selon la loi argentine. Imaginez les ex-épouses des présidents Nicolas Sarkozy ou François Hollande refuser de quitter le Palais de l’Élysée, les obligeant ainsi à trouver une résidence alternative pour diriger le pays…

Éditions la Compagnie Littéraire : Vous arrivez au Brésil. Vous allez être conquis par ce pays dont vous dites tout d’abord à l’époque : « La pauvreté y était plus flagrante qu’en Argentine, mais le Brésil vivait dans la gaieté. » Quel parallèle pouvez-vous faire entre les deux pays, et surtout quelles différences vous ont paru flagrantes ?

Yann Gontard : L’Argentine se caractérise par son sérieux, son héritage européen, sa réserve, et une ambiance qui rappelle davantage l’Allemagne que l’Europe du Sud. En revanche, le Brésil incarne le feu, la gaieté, une nature extravertie et une gentillesse profonde et accueillante, évoquant plus l’âme latine que l’influence germanique. De plus, la population en Argentine est majoritairement d’ascendance caucasienne, tandis que celle du Brésil est incroyablement diverse, sans qu’il y ait de racisme manifeste, même si les pouvoirs politique et économique demeurent souvent concentrés entre les mains d’une petite élite d’origine européenne.

Ces deux grandes puissances d’Amérique du Sud sont séparées – par mesure de précaution – par le Paraguay et l’Uruguay. L’Argentine parle espagnol et entretient des liens plus étroits avec ses voisins, tandis que le Brésil parle portugais avec des intonations italiennes et cherche à étendre son influence économique. L’Argentine est constituée de vastes plaines infinies et partage la cordillère des Andes avec le Chili, tandis que le Brésil abrite le poumon vert du monde avec sa vaste forêt équatoriale. De manière cocasse, contrairement à l’Argentine, le Brésil fut le colonisateur du Portugal, la nation qui l’avait auparavant colonisé. À ma connaissance, c’est le seul cas de ce genre dans l’histoire du monde…

Éditions la Compagnie Littéraire : Nous voici proches du retour en France. Vous dites que l’angoisse du retour commence à se faire sentir. Dans ce type de périple, on découvre, on fait de multiples rencontres parfois récurrentes où la magie implicite du voyage n’implique pas forcément une suite. Comment se sent-on au bout d’une année à parcourir ainsi le monde et prêt à rentrer chez soi ?

Yann Gontard : En réalité, il fut difficile de conclure mon tour du monde en découvrant ce merveilleux pays qu’est le Brésil. Je sentais que j’allais partir avec une pointe d’amertume liée à un sentiment d’inachèvement. Le Brésil est d’une telle étendue et, malheureusement, mes ressources financières et le temps me manquaient. Si j’avais achevé mon voyage en Inde, je n’aurais eu aucun regret. Cependant, en quittant le Brésil après de multiples aventures, souvent très agréables, notamment grâce à de belles rencontres, je ressentais que j’aurais dû consacrer davantage de temps pour approfondir ma découverte de ce pays.

Bien sûr, le retour en France est accueilli avec une joie sereine. Je vais retrouver ma famille, mes amis, ce et ceux que j’aime, comme si le temps s’était suspendu pour eux. Rien n’a changé de leur côté, tout a changé pour moi. La routine reprend ses droits. Cependant, à chaque voyage, mon amour pour la France s’enracine davantage. Il n’est plus question de la quitter définitivement…

Éditions la Compagnie Littéraire : Comme nous le disions précédemment, Le 5e et dernier opus de votre récit de voyage Journal d’un aventurier des temps modernes : Le grand air d’Amérique du Sud vient mettre un terme au tour du monde que vous avez effectué il y a près de 34 ans. Que ressentez-vous maintenant que le dernier tome est paru ?

Yann Gontard : Je ressens un authentique sentiment d’accomplissement. J’ai vécu une expérience extraordinaire dans un monde qui n’est plus tout à fait le même aujourd’hui, mais pas entièrement différent non plus. J’ai ressenti le devoir de partager cette expérience avec honnêteté et transparence, mais sans nostalgie.

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En outre, j’ai souhaité témoigner du passage progressif, mais inéluctable de la jeunesse à l’âge adulte, en analysant tout ce qui se déroule à l’intérieur de soi et autour de soi, marquant de manière irréversible la transition vers les responsabilités professionnelles et familiales.

Permettez-moi de vous faire une confidence : le travail ne s’arrête jamais, et je ne suis pas encore tout à fait arrivé au bout de mon périple. Actuellement, je suis en train de concevoir un livre de photographies, une sélection ardue parmi les trois mille diapositives prises au cours de cette année exceptionnelle. Chacune de ces photos sera accompagnée d’un poème inspiré par elle. Ainsi, cet album viendra clore cette page de l’histoire moderne que j’ai écrite et servira peut-être de témoignage aux générations futures.

Éditions la Compagnie Littéraire : Si vous en aviez la possibilité ou l’envie, referiez-vous ce type d’expérience ? Si oui, dans quelles conditions ?

Yann Gontard : Aujourd’hui comme hier, l’appel du voyage en solitaire exerce une puissante influence sur ma volonté. J’éprouve toujours le besoin de me plonger dans la posture du curieux qui explore un pays et ses coutumes « à la manière d’autrefois ». Je renoue ainsi régulièrement avec mon compagnonnage, en gardant les yeux, les bras et les oreilles grand ouverts pour accueillir, écouter et observer le monde. Cette insatiable soif de comprendre les hommes et les femmes qui peuplent notre planète n’est en aucun cas apaisée. Ô combien je continue d’apprendre ! Ô combien j’aime toujours apprendre !

En revanche ce ne sera jamais la même expérience pour la raison simple que je ne suis plus le même. Plus de trente ans sont passés et j’ai pu nourrir au long de toutes ces années une expérience de la vie et des connaissances qui me rendent moins ingénu, plus affuté. Par ailleurs certains pays sont aujourd’hui dans une situation précaire et dangereuse sans l’avoir été pendant mon long voyage, d’autres l’étaient à l’époque et ne le sont plus.

Maintenant, concrètement, comme je ne pars qu’une semaine ou deux par pays et, comme parfois ceux-ci sont relativement vastes, j’ai la faiblesse de louer une voiture plutôt que d’emprunter les transports en commun. Pour compenser, je prends souvent des passagers pour les rapprocher de leur village ou de leur maison, même si je sais qu’il sera difficile d’échanger avec eux. Le regard bienveillant, étonné, fier d’être à mes côtés, affable, voire accommodant qu’ils me renvoient suffit à mon bonheur. Sinon j’aborde toujours le programme de mes voyages lorsque je suis dans l’avion, c’est-à-dire au tout dernier moment. Avant, je n’organise rien sauf peut-être la première nuit à l’hôtel lorsque j’arrive à une heure tardive.

Lorsque j’arriverai au crépuscule de ma vie professionnelle, il n’est pas impossible que je choisisse de vivre une durée plus longue (deux ou trois mois) dans quelques villes choisies pour m’y plonger avec délectation et prendre le pouls du rythme quotidien de leurs habitants. Mais je n’en suis pas encore tout à fait là.

Éditions la Compagnie Littéraire : Pour conclure, le Journal d’un aventurier des temps modernes contient le récit détaillé de 365 jours de rencontres, de péripéties et d’immersions dans diverses cultures. Avez-vous réellement été exhaustif dans vos anecdotes ou en avez-vous occulté certaines volontairement ?

Yann Gontard : J’admets avoir essayé d’être aussi complet que possible, sans limites ni contraintes. Cependant, après plus de trente ans, en reprenant l’essentiel de mes notes de l’époque, j’ai constaté qu’il m’arrivait parfois d’évoquer des anecdotes que je n’avais pas retrouvées dans mes carnets. À l’inverse, il m’est arrivé d’omettre, voire d’oublier complètement, quelques anecdotes amusantes ou cocasses qui sont remontées à ma mémoire.

Quoi qu’il en soit, je tiens à témoigner aujourd’hui d’une certitude : il n’y a pas un jour où ce voyage ne m’inspire pas, que ce soit dans mes comportements, mes réactions ou mon analyse des situations, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. C’est une expérience immense qui a profondément bouleversé ma vie. En réalité, ce que je souhaite partager, c’est que réaliser ses rêves, aussi simples ou fous qu’ils puissent être, même lorsqu’ils sont compliqués, difficiles, voire apparemment inatteignables, est un voyage où la volonté peut tout, et où le résultat est infiniment plus gratifiant que toutes les épreuves et difficultés rencontrées. Le jeu en vaut mille fois la chandelle.

Enfin, le message que je souhaite véhiculer est le suivant : il n’y a pas trente-six solutions, ni aujourd’hui, ni hier, ni demain. Seuls les nombreux échanges riches et variés entre les hommes et les femmes de notre monde nous permettront de mieux nous comprendre. Le racisme sera vaincu le jour où nous réussirons à nous écouter, à nous connaître et de facto à nous apprécier. Le racisme et la xénophobie sont le résultat de la peur de l’inconnu et de la différence. Or, toutes les personnes de bonne volonté qui peuplent notre planète n’aspirent en réalité qu’à une seule chose dans leur vie : trouver l’amour. C’est là le message incroyablement beau et résolument moderne du Christ, dont j’essaie de m’inspirer jour après jour. J’ai dit.

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