Dernière mod­i­fi­ca­tion le 3 sep­tem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

Avec son car­ac­tère très immer­sif indépen­dam­ment du fait que sa nar­ra­tion soit réelle ou fic­tive, le roman épis­to­laire, par­fois appelé “roman par let­tres” fait par­tie d’un genre lit­téraire très appré­cié au courant du XVI­I­Ie siè­cle avec des écrivains de renoms. N’im­porte qui aujour­d’hui, a for­cé­ment enten­du par­ler des Liaisons dan­gereuses de Choder­los de Lac­los, des Let­tres per­sanes de Mon­tesquieu, de Julie ou la Nou­velle Héloïse de Rousseau ou encore de l’épis­tolière Madame de Sévigné.

L’échange épis­to­laire, sous forme de cor­re­spon­dances entre un expédi­teur et un des­ti­nataire, de mémoires ou encore d’un sim­ple jour­nal intime per­met au lecteur de s’im­merg­er pleine­ment dans la vie des pro­tag­o­nistes. C’est cette rai­son pour laque­lle, de grands noms de lit­téra­ture française se sont illus­trés dans le roman épis­to­laire pro­pre à l’échange de let­tres et aux recueils.

Davan­tage lyrique que la sim­ple biogra­phie, l’in­trigue du réc­it épis­to­laire peut autant s’in­spir­er des aspects d’un polar, que de l’œu­vre romanesque pro­pre au jeune amant qui entre­tient une cor­re­spon­dance écrite avec l’ob­jet de son désir. Faisant par­tie inté­grante de l’his­toire de la lit­téra­ture, le roman épis­to­laire présente ces échanges inter­dits sous la forme de livres à lire, non sans romance, appré­ciée pour son ton très réaliste.

Faisant par­fois office de roman his­torique, lire la cor­re­spon­dance d’un nar­ra­teur offre une vision très réal­iste du con­texte social ou his­torique dans lequel est inscrit ce dernier. C’est pour cette rai­son que le genre épis­to­laire fig­ure par­mi les gen­res lit­téraires les plus immersifs.

Si l’écri­t­ure épis­to­laire con­nais­sait hier un grand suc­cès, aujour­d’hui encore de nom­breux lecteurs restent attachés au charme des cor­re­spon­dances écrites, d’une carte postale, d’un poème, ou d’une belle let­tre d’amour, et ce nonob­stant inter­net et nos réseaux soci­aux actuels. Le cour­ri­er a cette dimen­sion poé­tique que le numérique ne peut offrir ! Si tel est votre cas, alors, chers lecteurs, ces lignes sont pour vous. Aujourd’hui dans l’ivresque récréa­tion, décou­vrez le TOP 5 des romans épis­to­laires con­coc­té par la librairie en ligne de notre mai­son d’édi­tion. Une bonne occa­sion, de décou­vrir ou redé­cou­vrir quelques-uns des auteurs phares de ce style lit­téraire faisant le bon­heur des ama­teurs de belles-let­tres et de la cul­ture littéraire.

Ce texte de Goethe, emblé­ma­tique du mou­ve­ment précurseur du roman­tisme “Sturm und Drang” (tem­pête et élan), a boulever­sé des généra­tions de lecteurs.

Chef-d’œu­vre du genre épis­to­laire, il est à la fois imag­i­naire, et inspiré de l’ex­péri­ence de Goethe lui-même, qui exor­cis­era son dés­espoir en rédi­geant Les souf­frances du jeune Werther.

Homme sen­si­ble et pas­sion­né, le jeune Werther tombe éper­du­ment amoureux de Char­lotte, déjà promise à un autre. Il est alors en proie à un ter­ri­ble dilemme.

romans du genre épistolaire
Goethe, Johann Wolf­gang : Les souf­frances du jeune Werther, Erstaus­gabe 1774

Amour impos­si­ble, pas­sion ver­tig­ineuse, tour­ments intérieurs, souf­france extrême, ne pour­ront qu’éloign­er le jeune Werther de sa quête d’ab­solu : il fini­ra par se don­ner la mort.

2) Lettre d’une inconnue, Stephan Zweig, 1922

À son retour d’une excur­sion de trois jours dans la mon­tagne, un jeune écrivain reçoit la let­tre d’une incon­nue.

Il décou­vre alors, qu’à son insu, une femme l’a aimé pas­sion­né­ment, qu’elle lui a con­sacré toute sa vie en cachette, qu’elle a eu un enfant de lui, que ce dernier est mort…

Il n’ap­pren­dra le drame de cette femme qu’à récep­tion de sa missive…

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Stephan Zweig : Let­tre d’une incon­nue, 1922

Par la voix de cet échange de let­tres avec cette femme, Stephan Zweig analyse avec une extrême finesse les rav­ages des sen­ti­ments amoureux, et la force du lien pas­sion­nel que le temps ne peut jamais effac­er, et que seul l’e­spoir peut soutenir, au prix d’une souf­france lanci­nante et infinie.

Un chef-d’oeu­vre par­mi les romans épistolaires !

3) Lettre au père, Franz Kafka, 1952

Franz Kaf­ka s’adresse directe­ment à son père dans cette let­tre écrite en 1919, qu’il ne lui remet­tra jamais. Il la pub­liera en 1952.

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Il y décrit com­bi­en il fut, toute sa vie durant, effrayé, tétanisé par l’au­torité pater­nelle dom­i­nante, ce qui l’empêchait de man­i­fester en retour toute expres­sion d’amour filial.

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Let­tre au père, Franz Kafka

Kaf­ka est tout à fait poignant dans la façon dont il décrit sa souf­france, devant ce père écras­ant, aux colères mémorables, et aux mots sans cesse insultants.

Il nous décrit l’en­fant crain­tif qu’il était, tou­jours en demande d’amour, qu’il ne rece­vait lui-même jamais.

“Ce sen­ti­ment de nul­lité qui s’empare sou­vent de moi a stop­pé ma route, éter­nelle­ment. Je ne serais jamais bon à rien”.

Honte d’être un mau­vais fils, d’être aus­si frag­ile, cul­pa­bil­ité mor­tifère face à la toute-puis­sance de la fig­ure pater­nelle, perte de l’usage de la parole par excès de peur… Kaf­ka, en nous dévoilant sa soumis­sion extrême, et son obéis­sance à toute chose, attire incon­testable­ment la com­pas­sion du lecteur devant tant de paroles et de com­porte­ments pater­nels destructeurs.

Si toute sa vie a été mar­quée par la dureté de ses rela­tions à son père, Kaf­ka achève sa let­tre par un mes­sage d’e­spoir : que celle-ci leur “rende à tous deux la vie et la mort plus faciles”.

L’un des grands clas­siques de la littérature.

4) Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke, 1929

De 1903 à 1908, un jeune poète, Franz Xaver Kap­pus, envoie à Rain­er Maria Rilke ses pre­miers essais poé­tiques, accom­pa­g­nés de let­tres, dans lesquelles il exprime toute la soli­tude ressen­tie, et le doute qui s’empare de lui : doit-il pour­suiv­re une car­rière mil­i­taire ou se ris­quer à la poésie ?

L’é­coute qu’il reçoit de ce grand maître en la matière ne pou­vait être plus intense et remarquable.

En tant que con­fi­dent, l’il­lus­tre Rilke répon­dra à cet homme, qu’il ne ren­con­tr­era jamais, sur les grands thèmes de l’ex­is­tence que sont la mort, l’amour, Dieu, la soli­tude… avec magis­tral­ité et humilité.

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Rilke à Moscou, par Pater­nak, 1928

“Ren­trez en vous-même. Cherchez la rai­son qui, au fond, vous com­mande d’écrire. […] Creusez en vous-même jusqu’à trou­ver la rai­son la plus pro­fonde. […] Et si de ce retourne­ment vers l’intérieur, de cette plongée vers votre pro­pre monde, des vers vien­nent à sur­gir, vous ne penserez pas à deman­der à quiconque si ce sont de bons vers”.

Le recueil de ces dix let­tres comp­tant par­mi les œuvres de la lit­téra­ture, sera pub­lié quelques années plus tard par le jeune écrivain : un véri­ta­ble hom­mage posthume au grand poète Rain­er Maria Rilke.

Ce mer­veilleux livre con­naî­tra un suc­cès jamais démenti.

5) Alexis ou le traité du vain combat, Marguerite Yourcenar, 1929

“Écrire est un choix per­pétuel entre mille expres­sions, dont aucune ne me satisfait”.

C’est sur ce défi qu’Alex­is Géra écrit à sa femme Monique.

Il lui demande par­don “d’être resté si longtemps”… Il n’ose pronon­cer les mots, les vrais ; il les mur­mure, enjoint sa femme comme le lecteur de devin­er à demi-mot l’indi­ci­ble, l’i­navouable… jusqu’à l’ul­time con­fes­sion de son homosexualité.

romans épistolaires
Mar­guerite Yourcenar

Par cette forme d’au­to­bi­ogra­phie, Mar­guerite Yource­nar dévoile dans son roman épis­to­laire com­bi­en les pen­chants inter­dits sont vécus si douloureuse­ment, et finis­sent par enfer­mer dans une forme de soli­tude pesante.

Son texte, d’une remar­quable con­ci­sion, évoque l’essen­tiel, face à ce sujet encore tabou à l’époque : si le déni fait souf­frir, le courage doit être grand pour pass­er à l’aveu.

“Le monde des réal­ités sen­suelles est bar­ré de pro­hi­bi­tions dont les plus dan­gereuses sont peut-être celles du lan­gage”. Mar­guerite Yourcenar

Voilà qui vient con­clure notre TOP 5 des romans épis­to­laires. Si pour vous aus­si les échanges épis­to­laires occu­pent une place impor­tante dans votre bib­lio­thèque et compte par­mi vos formes lit­téraires favorites, partagez-nous vous aus­si les auteurs de la lit­téra­ture épis­to­laire que vous préférez dans la ses­sion commentaire !

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