Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

À pro­pos de l’auteur :

Dans les années 1970 – 1990, Mar­cel Séguier a joui d’une très belle répu­ta­tion. Salué par les plus grands de l’époque, notam­ment pour son titre La Red­di­tion, pub­lié chez Fayard. L’auteur joue avec les mots, les dou­bles sens et les phras­es elles-mêmes, avec une dex­térité que l’on ne trou­ve plus guère dans la lit­téra­ture contemporaine. Mar­cel Séguier, aime à se faire appel­er Mar­cel­lo par ses intimes. Fran­co-suisse, il aime à dire aus­si, que son cœur est en deçà et au-delà des Alpes. Ses références lit­téraires, musi­cales ou artis­tiques nous font tra­vers­er les épo­ques ain­si que le néo-roman­tisme. Les fan­tômes d’Anatole France, Valéry, Flaubert, Proust, Claude Simon ou Gracq, nous accom­pa­g­nent à tra­vers ses lignes.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Depuis com­bi­en de temps écrivez-vous ?

Mar­cel Séguier : Autant me pos­er la ques­tion « Depuis com­bi­en de temps lisez-vous ? » L’écriture et la lec­ture sont pour moi des dou­bles s’inversant comme celui qui fait un livre et celui qui en tourne les pages. Tout jeune enfant, je jouais avec des cubes de bois com­por­tant sur cinq de leurs faces une image. La six­ième était illus­trée d’une let­tre en grande cap­i­tale. Je ne savais pas lire. Je mêlais et m’amusais à com­bin­er de la façon la plus aléa­toire une phase illis­i­ble surtout lorsqu’y dom­i­naient les con­sonnes… Plus tard, appren­ti typographe, j’appris à met­tre un ordre dans ce désor­dre en déchiffrant les petits car­ac­tères de plomb que je tenais entre mes doigts. Con­ven­able­ment alignés dans le com­pos­teur, je pou­vais véri­fi­er en en faisant la lec­ture la phrase que j’avais mécanique­ment écrite en quelque sorte.

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CL : Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?

MS : Je fais mienne la con­stata­tion de Claude Simon : « En écrivant je décou­vre et je me découvre ».

CL : Quelles sont vos sources d’inspiration ?

MS : Cha­cune de mes ren­con­tres avec les mots.

CL : Vous arrive-t-il de man­quer d’inspiration (si oui que faites-vous pour la retrouver ?)

MS : Je ne vois guère de quoi vous voulez par­ler. Il me suf­fit de voir, d’entendre. Cela me regarde, cela se fait de moi enten­dre. Tel l’enfant décrit par Vic­tor Hugo, qui avait cray­on­né un pan­tin sur le mur et qui fait dire au poète : « L’enfant regar­dait cela, et cela regar­dait l’enfant ».

CL : Quels sont vos pro­jets d’écriture (court, moyen, long terme) ?

MS : Je n’ai pas, je n’ai jamais de pro­jet. Vient quelque chose qui s’impose et, comme dit Flaubert après avoir vu le tableau de J.Bosch « La ten­ta­tion de saint Antoine », je ne vois plus que lui. Avant il n’y avait rien que j’eus le désir d’atteindre.

Panneau central : La Tentation de saint Antoine, Bosch, 1548
Pan­neau cen­tral : La Ten­ta­tion de saint Antoine, Bosch (1506)

CL : Quelle place a l’écriture dans votre vie, qu’est-ce qu’elle vous apporte ?

MS : Celle de ma machine à écrire sur la table… Ce qu’elle « m’apporte » est-il à la mesure de ce qu’elle me prend ?

Je ne pour­rai jamais répon­dre à cette ques­tion, qui n’était pas la vôtre mais néan­moins la sous-entend bien, je crois.

CL : Quels sont vos mots préférés ?

MS : « Moi, frôler du mot, ce n’est pas mon genre, l’oreille de vierge entre les frisettes ne rosira pas d’un con­tact scabreux. » Vladimir Maïakovs­kiÀ pleine voix

CL : Quelle est votre cita­tion préférée ?

MS : « Oui, vous avez de la chance ».

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CL : Quel est votre livre préféré (édité par vos soins) ?

MS : Tous.

CL : Quels sont vos auteurs préférés ?

MS : Shake­speare, Cer­van­tès, Rabelais, La Fontaine, Ana­tole France, Ramuz, Claude Simon, Julien Gracq.

CL : Qu’est-ce qui est le plus dif­fi­cile dans le proces­sus de créa­tion de l’ouvrage ?

MS : Seul Dieu crée, pour les croyants.

CL : Quelle impor­tance a le titre d’un ouvrage/ qu’est ce qui fait un bon ou un mau­vais titre ?

MS : Très impor­tant, avec la qua­trième de cou­ver­ture. Les gens vont-ils plus loin, sauf excep­tion, lorsqu’ils feuil­let­tent un livre sur un ray­on de super­marché ? Quand il y figure.

CL : Qu’est-ce que pour vous un bon livre ?

MS : Celui que l’on ne lâche plus.

CL : Que pensez-vous du lien éditeur/auteur ?

MS : Oh là là !

CL : Quels sont vos regrets dans votre car­rière d’écrivain ?

MS : Pas de regrets, suis-je Joachim du Bellay ?

CL : En résumé que pou­vez-vous dire de votre expéri­ence d’auteur ?

MS : Ça suit son train.

CL : Quels con­seils prodigueriez-vous aux jeunes auteurs ?

MS : Écrivez ce qui ne peut être parlé.

CL : Un dernier mot pour vos lecteurs ?

MS : Le dernier ? N’y croyez pas trop.

 Mar­cel Séguier est décédé en juin 2018, nous lui avons ren­du hom­mage dans un article.

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