Dernière mod­i­fi­ca­tion le 5 novem­bre 2022 par La Com­pag­nie Littéraire

Ren­con­tre avec celui qu’on nomme « l’Archimandrite Ténébreux », à l’occasion de sa nou­velle paru­tion aux édi­tions La Com­pag­nie Lit­téraire. Pour son dix-sep­tième livre l’auteur répond aux ques­tions de Monique Rault.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vin­cent Blénet, bon­jour. Dans quelques mois va paraître à La Com­pag­nie Lit­téraire votre dernier ouvrage inti­t­ulé « Mort sûre d’amours », ouvrage que vous présen­tez comme une sorte de biogra­phie. Même si vous par­lez de vous-même, vous le faites avec la dis­tan­ci­a­tion de l’écrivain vis-à-vis de son « héros » (L’Archimandrite ténébreux ?), ce qui m’amène à ne pas employ­er le terme d’autobiographie. Alors, la pre­mière ques­tion qui s’impose à nous : de qui voulez-vous faire ici la biogra­phie, en fait ?

Vin­cent Blénet : Bon­jour Monique et mer­ci à toute l’équipe de la Com­pag­nie Lit­téraire. Je suis très heureux d’avoir à nou­veau l’opportunité de par­ler et présen­ter mon nou­veau livre et je vous suis très recon­nais­sant d’être à nou­veau pub­lié par vous. Je remer­cie aus­si forte­ment ma maman qui me sou­tient et m’aide à financer l’aboutissement de ce nou­veau tra­vail. Ma mère m’a tou­jours per­mis d’être pub­lié et d’avoir cette chance incroy­able de pou­voir me définir en tant qu’écrivain, en tant qu’auteur, artiste.

Tout d’abord il est ques­tion d’un livre à plusieurs étapes et plusieurs « his­toires » tout en canal­isant un esprit thé­ma­tique com­mun. Ce dix-sep­tième livre est à la fois un recueil de ressen­tis philosophiques basés les émo­tions humaines. Il y a cer­tains textes dont le sujet traite de la peur ou du sen­ti­ment que j’ai acquis en m’échappant de l’humanité, ce qui n’est pas une louange, bien au con­traire. En fait ce pre­mier texte j’ai souhaité en faire un témoignage phi­lo sur cette émo­tion qui pleure son non-sens, un sen­ti­ment d’exclusion et de déshu­man­i­sa­tion qu’on peut tra­vers­er lorsqu’on est chas­sé de la vie humaine par le sys­tème et par les gens jusqu’à en devenir un pro­fes­sion­nel du cynisme et du pes­simisme au quo­ti­di­en. Quant au sujet sur la peur, j’ai essayé de retran­scrire en me bas­ant de ma pro­pre expéri­ence d’enfant ter­ri­fié et rongé par toutes les frayeurs, les cauchemars, etc. tout cela qui a dic­té mes angoiss­es. Lesquelles ont impacté ma rai­son et les trou­bles com­porte­men­taux accen­tu­ant la schiz­o­phrénie dont je souf­fre. Mais aus­si une patholo­gie bor­der­line et des psy­choses influ­ençant les « bizarreries » et les T.O.C. qui sont les aspects vis­i­bles « inquié­tants » et para­doxale­ment « aphro­disi­aque­ment jouis­sifs » pour enjouer l’ordonnance des psy­chi­a­tres lorsqu’ils veu­lent égorg­er l’âme d’un gamin de seize ans à tra­vers des tor­tures psy­chiques, enfer­mé dans une cel­lule qua­si vide, et vidée d’humanité.

Ce nou­veau livre est le nou­veau chapitre de mon chem­ine­ment dans l’existence. J’ai cher­ché à retran­scrire cette human­ité cabossée, mal­menée et pro­gres­sive­ment en dis­pari­tion, qui se doit de par­courir la vie dans une sur­vivance à la fois dépitée et dans un men­tal guer­ri­er nihiliste. La plu­part du temps (en fait très sou­vent), je me sens comme dans une guerre des tranchées lorsque je côtoie les gens, parce que je me sens incom­pris et mal à l’aise, voire un enne­mi de ces « nor­maux ». Et aus­si la vie autour des autres est pour moi comme une guerre du Viet­nam dans la sym­bol­ique où je dois avancer vers le front en totale con­fu­sion de là où je me dirige. La peur paral­yse mes gestes, mes choix et mon approche « séduc­trice » avec les jeunes femmes, surtout tétanisé et per­suadé de mon échec par avance, ce qui me pousse à abdi­quer d’emblée, car depuis tous les com­men­taires dégradants que les filles m’ont jeté froide­ment au vis­age, je n’essaie plus d’entreprendre un dia­logue parce que je suis mal­adi­ve­ment con­va­in­cu d’être rejeté par elles.

L’autre par­tie du livre est un mini roman, comme je l’avais fait pour « Gazhell ». Mais cette fois il est ques­tion d’un ange anonyme qui vit en Enfer et qui y « tra­vaille » en tant que forçat du Ciel. Un Éden gou­verne­men­tal et pré­ten­tieux, plein d’arrogance et de son plaisir sadique. Cette par­tie romancée a été écrite pen­dant l’entre-deux con­fine­ments. Je me suis inspiré de l’exagération folle des jeunes faisant la fête et les excès en tous gen­res dans le cen­tre-ville de Mont­pel­li­er. J’ai égale­ment cher­ché à retran­scrire ma frus­tra­tion sen­suelle, voire sex­uelle lorsque la « famine » me dévore la pen­sée, alors qu’il y a un éta­lage mas­sive­ment ten­ta­teur par le spec­ta­cle de toutes ces si belles jou­ven­celles tra­ver­sant les places publiques, légère­ment vêtues et aux bras de malan­drins anal­phabètes, assez nar­quois d’exhiber leurs dul­cinées de la soirée devant ceux qui souf­frent de n’être jamais effleurés par ces belles. Dans cette par­tie romancée j’ai aus­si voulu retran­scrire, avec des exem­ples métaphoriques, d’épouvantes socié­tales et moyenâgeuses le com­porte­ment ultra arbi­traire et sécu­ri­taire de l’état vis-à-vis de la crise sanitaire.

Vin­cent Blénet et son ouvrage Gazhell.

Pour la par­tie romancée, elle traite d’un enfer où être sen­si­ble est un fardeau. Je traite du con­fine­ment, des inco­hérences logiques sur l’attitude des gens et des décideurs dans la pandémie. Et j’évoque la souf­france de la frus­tra­tion avec les filles, mais aus­si de l’absence de vie lorsqu’on est empoigné par dif­férentes formes de pré­car­ités. La nou­veauté dans ce long pas­sage du livre est que j’ai voulu retran­scrire avec des images mys­tiques et fan­tas­tiques la plu­part des crises de nerfs qu’il m’arrive d’avoir régulière­ment dans mon quo­ti­di­en, j’ai cher­ché à pein­dre un por­trait d’un être « piégé » par lui-même sous l’incitation d’interprétation de l’attitude et des priv­ilèges des « humains nor­maux » qui dansent avec arro­gance dans un par­adis d’Éden VIP réservé à un sérail éli­tiste et méprisant.

La troisième par­tie de ce recueil est approx­i­ma­tive­ment l’ensemble des lyrics que nous avons chan­tés et enreg­istrés avec l’artiste ExorVI pour notre pro­jet musi­cal (on peut dire aus­si expéri­men­tal) inti­t­ulé « DHELLBOR ». Nous nous sommes inspirés et nous avons enreg­istré nos morceaux pro­gres­sive­ment sur deux années. On écrivait nos par­ti­tions cha­cun et on enreg­is­trait nos voix sur nos télé­phones porta­bles, ExorVI récupérait les ses­sions et mix­ait sur son portable avec un « logi­ciel » de mon­tage audio pour don­ner un ensem­ble proche de nos univers respec­tifs. Le pro­jet « DHELLBOR » est un con­cept pour illus­tr­er deux per­son­nal­ités dis­tinctes qui peu­vent faire alliance afin de dépein­dre les tra­vers d’une société axée sur le cap­i­tal­isme exces­sif et sur les hypocrisies humaines et du paraître. La plu­part des lyrics s’inspiraient de réflex­ions qu’on avait dans nos con­ver­sa­tions. Nous avons au départ écrit des chan­sons sur les Sept Péchés Cap­i­taux, en inclu­ant les notions du quo­ti­di­en et des choses de la vie, dans une inter­pré­ta­tion dif­férée des Péchés religieux. Par exem­ple celle sur l’envie fut traitée dans un aspect de pos­i­tiv­ité, l’envie d’être, d’exister et l’envie de faire des choses. D’où mes lyrics où j’ai écrit : « We exists, we exprim. We’re Artists, We’re not pseu­do­nyms ». Et ExorVI qui a adoré, l’a même incor­poré dans ses lyrics en français et ça a don­né le refrain de ce titre. Ça donne : « Nous exis­tons. Nous nous exp­ri­mons. Nous sommes artistes. Nous ne sommes pas pseudonymes ! ».

Pour ce qui est de l’ordre « chronologique » des lyrics, au départ j’ai récupéré au fur et à mesure l’intégralité des lyrics que nous avions gardés dans nos archives et j’ai placés métic­uleuse­ment, point par point, en affi­nant la présen­ta­tion dis­tincte de notre écri­t­ure cha­cun, même s’il a rédigé en français et moi en anglais. J’ai eu l’idée de présen­ter ce chapitre sur « DHELLBOR » comme la vie d’une per­son­ne qui tra­verse un pas­sage à vide, voire dépres­sif, et qui au fur et à mesure des sen­ti­ments va repren­dre goût et se relever pour recréer de nou­veau et s’en sor­tir plus fort et gran­di de cette épreuve. Et à la base « DHELLBOR » c’est le mot « bor­del » à l’envers (ver­lan) et j’ai dit à ExorVI d’ajouter un « H » pour illus­tr­er l’enfer, enfer de la société mod­erne qui part en dégringo­lade bor­délique. J’en ai prof­ité pour ajouter ma con­tri­bu­tion per­so et artis­tique au nom de notre pro­jet et notre duo atypique.

Cha­cun de mes livres représente une étape de ma vie, une tra­ver­sée dans mon état d’esprit en lien avec les dif­férentes obses­sions qui me tra­vail­lent, qui me per­turbent ou qui hantent mes aspi­ra­tions et mes inspi­ra­tions. Ce dix-sep­tième recueil mar­que une étape impor­tante de mon écri­t­ure et de ma per­son­nal­ité actuelle. Le titre d’ailleurs reflète la nos­tal­gie roman­tique passée, mais aus­si l’envie de vivre, de sur­vivre et d’espérer être heureux. Le jeu de mots util­isé est très sym­bol­ique de mon par­cours, on voit au pre­mier abord la mor­sure de l’amour et de la vie. Cette mor­sure blesse, mais égale­ment pas­sionne. On pour­rait voir en sec­ond plan le témoignage des deuils que j’ai tra­ver­sés et aus­si com­ment l’amour m’a tué trop de fois. Ensuite la sym­bol­ique de mon nou­veau titre fait écho aux nom­breuses scar­i­fi­ca­tions que je me suis faites sur mes deux bras en l’espace de ces dix années subies. Lorsque j’ai tail­ladé mes bras, la sig­ni­fi­ca­tion était une défi­ance osten­ta­toire à l’existence, cette vie qui me refuse de vivre. Mais égale­ment un tatouage gra­tu­it, une illus­tra­tion chao­tique d’horreur de l’âme où les gens m’ont poussé, poussé dans ce dés­espoir et cette amer­tume neurasthénique. J’illustrais de manière effrayante la façon dont les évène­ments de ma vie ont façon­né cette créa­ture qui s’est forgée en moi, zap­pant l’innocent intro­ver­ti et effacé que j’étais. Quelque part c’est une manière dis­crète si je puis dire d’afficher ma réponse vis-à-vis des bour­reaux de mon passé et de ceux qui font obsta­cle à mes émo­tions. Je ren­voie l’horreur à l’hostilité. Comme une cara­pace pour faire illu­sion d’assurance alors que je suis assez égaré dans cette vie mod­erne qui a tou­jours l’avantage du nom­bre, du tal­ion, de : « la loi de la majorité ». Dans un sens mes scar­i­fi­ca­tions sont des mor­sures de la vie, de ses hauts d’excès et de ses bas. Avec une écri­t­ure qui se peint d’épouvante en util­isant la beauté des choses essen­tielles de la vie à con­tre-emploi, comme un miroir inver­sé où ce qui est doux devient marchan­dise et con­voitise de con­tre­bande, car sans argent ni men­tal­ité per­fide ou machi­avélique, il n’y a pas de beauté des choses de la vie.

La Com­pag­nie Lit­téraire L’univers que vous évo­quez reprend les mêmes thèmes d’un ouvrage à l’autre, à savoir : le Ciel et l’Enfer, le Bien et le Mal, l’Ange (déchu ou non), la créa­ture du vam­pire qui ne parvient ni à vivre réelle­ment ni à mourir, puisqu’elle sem­ble con­damnée à errer et à tra­vers­er les siè­cles. Pour­tant, on dirait que vous cherchez à mon­tr­er un chemin. Que pou­vez-vous nous dire à ce sujet ?

Vin­cent Blénet : Il est vrai que j’évolue comme le pois­son rouge qui tourne inter­minable­ment en rond dans son bocal. Je recon­nais que j’ai régulière­ment ten­dance à « généralis­er » mes « attaques » dans mes pages. Après, comme je l’ai dit, je tourne en rond con­stam­ment dans ma « prison Mont­pel­liéraine », avec les men­tal­ités d’ici et les actions par­fois étriquées que la mou­vance locale peut faire et me fait réa­gir, avec mes fragilités d’écorché vif, mon extrême sen­si­bil­ité trop impul­sive et impudique régulière­ment dans l’excès et la provo­ca­tion, tout ceci monop­o­lise mes ressen­tis et me fait englober l’humanité toute entière dans le même sac. C’est réduc­teur je l’avoue, mais je suis com­plète­ment isolé, voire cloîtré dans cette ville sans pos­si­bil­ité (finan­cière et autres) d’aller voir le reste du monde (déjà l’Hexagone ça serait tip­top) et j’en oublie car­ré­ment qu’il y a prob­a­ble­ment une vie plus zen ailleurs avec éventuelle­ment une meilleure ouver­ture d’esprit.

C’est vrai que mon dis­cours est trop sou­vent cynique et pes­simiste. Je le recon­nais et je ne m’en suis jamais caché. Pour­tant der­rière cette tri­bune offen­sante et choquante, j’ai en fait le trau­ma­tisme psy­chologique de toutes les chimères de mon passé que j’ai trop longtemps suiv­ies aveuglé­ment comme un men­di­ant moyenâgeux qui pour­rait tra­vers­er le bûch­er dans l’objectif d’acquérir la mod­este pitance périmée jetée par les nobles.

Et dans mon cas ce fut les promess­es et les rêves chimériques d’une vie virtuelle où lorsque j’écrivais des scé­nar­ios j’espérais quit­ter l’horreur de la sco­lar­ité pour devenir réal­isa­teur de films hol­ly­woo­d­i­ens. Je m’enfermais mal­adi­ve­ment dans ces rêves mal­sains afin de fuir une som­bre et chao­tique réal­ité de col­lèges avec son lot de tabas­sages gra­tu­its et de har­cèle­ments sco­laires, plus les incon­vénients qui suivirent, à savoir l’enfermement en asile psy­chi­a­trique et le com­bat que j’ai affron­té seul avec mon pro­pre cerveau. J’ai lut­té con­tre mes tocs et mes pho­bies schizos pen­dant plus de 20 ans avant de men­er une vie à peu près nor­male, dans une « norme respectable ».

Aus­si lorsque que je m’enfonce dans ce trait de per­son­nage cynique et pes­simiste c’est en par­tie pour m’éloigner de toutes ces fauss­es espérances mau­dites qui ont saccagé ma rela­tion père-fils et qui ont pour­ri pleins de moments dans ma vie, ain­si que d’aggraver mes prob­lèmes psy­chologiques et psy­chi­a­triques. Plus je « con­di­tionne » mon verbe dans le dés­espoir plus j’applique ce que m’ont inculqué de force les psy­chi­a­tres, et les faits qui me sont tombés dessus durant tout mon par­cours de vie.

À savoir « ne crois pas être sauvé ou béni, car la réal­ité c’est que tu dois mor­fler et il n’y a pas d’amour pour toi ». D’ailleurs les 4 – 5 années que j’ai vécues dans mes approches de social­i­sa­tion (égale­ment et surtout pour nour­rir la tex­ture de mes livres récents « Gazhell », « Cieux FM », « De Feux et d’Encres » et « 666 Nuances de Brais­es », toutes ces expéri­ences cat­a­strophiques n’ont pas arrangé ma vision des gens et du monde. Sou­vent je le fais un peu trop remar­quer sur mon pro­fil Face­book en soulig­nant mon détache­ment à l’appartenance « humaine ». Je m’explique, dans le sens où si je devais me sen­tir encore mem­bre des « humains » alors je ne serais pas autant châtié par l’exigence trop arbi­traire et restric­tive des jeunes femmes qui m’inondent de mots cru­els et dégradants sur l’éventuelle pos­si­bil­ité d’amours noc­turnes. Ensuite un « humain » quand il s’exprime, rit ou pleure, il n’est pas con­damné à ressen­tir et il n’est pas chas­sé d’emblée des tri­bunes pour évo­quer sa nature littéraire.

Pour ce qui est du per­son­nage vam­pirique j’ai à titre per­son­nel remar­qué que mon sub­con­scient émo­tion­nel dépres­sif était sem­blable à ceux des per­son­nages des livres de Anne Rice, notam­ment Louis de Entre­tien avec un Vam­pire, étouf­fé par les regrets, dés­espéré de trou­ver une paix sal­va­trice et pris­on­nier de la nuit sans espoir ni échap­pa­toire, con­traint à sur­vivre dans l’enfer de l’immortalité… j’ai subi beau­coup de deuils suc­ces­sifs ces dernières années, j’en ai un peu allégé ma croy­ance religieuse (notam­ment ma grand-mère décédée) et le fait que je ne meurs pas, mais égale­ment j’ai vu le monde chang­er rad­i­cale­ment depuis mes jeunes années 90. Lorsque je vois l’ampleur des réseaux soci­aux, de la mode, des télé-réal­ités et des con­ve­nances qui ont lais­sé entr­er l’hérésie facile­ment sur le marché pop­u­laire. Cer­taines mœurs auraient défrayé la chronique autre­fois, mais de nos jours cer­taines choses sont mon­naie courante et je regarde l’évolution se déliter, se décrépir et se dégrad­er de plus en plus, comme si nous descen­dions un escalier vers le bas, niv­elle­ment par le bas… Pour moi les jours se répè­tent et n’en finis­sent plus, je suis un peu trop con­scient d’être empiété dans le reflet du reflet du reflet d’un miroir qui n’a plus d’âme. Quelque part c’est une rou­tine vam­pirique à l’Anne Rice et je cherche une lumière qui m’est interdite.

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Alors pour ce qui est du para­doxe entre le Ciel et l’Enfer, le Bien et le Mal… mon évo­lu­tion ain­si que mon par­cours furent bizutés par l’atrocité des choses qui ont infligé à mon esprit de con­tredire psy­chologique­ment l’interprétation que mon cerveau doit com­pren­dre des évène­ments. Si je suis out­ranci­er, impudique, etc. en fait ce qui est nor­mal chez vous est impos­si­ble chez moi, voire pro­hibé, inen­vis­age­able à m’accorder. Tout ce qui est hor­ri­ble pour vous c’est ce que j’ai subi tout le temps, j’ai été trop con­fron­té à l’horreur et au chaos. Je tutoie trop sou­vent le cauchemardesque et non le rêve ensoleil­lé. D’où mon exclu­sion à « l’humain ». J’ai été très mar­qué dans mon enfance par le film de Josiane Bal­asko « ma vie est un enfer », cette œuvre a per­tur­bé ma vision pos­i­tive du Ciel et a court-cir­cuité la notion d’amour de Dieu à mon égard. Je perçois la vie et le monde qui m’entoure comme un vaste enfer inter­minable où je suis incar­céré, et la vue des autres, ces « humains » qui flir­tent et qui savourent l’extase sen­suelle avec elles. Toute cette vie qui existe et ces artistes qu’on prend en con­sid­éra­tion, qu’on inter­viewe et dont on respecte l’ivresse créa­tive, besoin d’exprimer, etc. tout cet amour des Cieux pour eux et toute cette indul­gence envers eux, pen­dant que les « nor­maux » me tyran­nisent à cha­cun de mes pas et décor­tiquent cha­cun de mes gestes pour me blâmer inlass­able­ment. Les autres, les gens, ces « humains » je les vois comme des priv­ilégiés qui dansent dans le bal d’Eden et qui sont fiers de me point­er du doigt et me prou­ver que les joies de la vie c’est à EUX et EUX SEULS que Dieu les a offerts. J’ai ten­dance à me per­son­nalis­er dans mes textes comme un ange qui brûle et qui s’enivre dans sa folie à jouir de sa colère à défaut de ne pas jouir dans une jou­ven­celle. Comme un angelot que l’existence a con­sid­éré tel un mon­stre dégoû­tant et révul­sant à abat­tre sans pitié.

Enfant, per­du dans les tranchées des cours de récré où les autres goss­es me bousil­laient avec sadisme gra­tu­it et sous l’absolution des profs. Ces derniers firent un rap­port à la jus­tice pour forcer ma mère à m’interner sous peine de lui retir­er ma garde. D’ailleurs le pro­viseur, qui défendait un gamin qui ten­tait de me démolir en plein cours de classe parce que ça l’amusait, comme ça, et aus­si parce que j’ai osé répon­dre timide­ment à ses mots d’insultes, le pro­viseur me con­voque et me dit « dis-moi que ta mère te bat sinon c’est moi qui fais un rap­port et tu finis à l’asile des fous ». Déjà c’est une bonne rai­son de voir le mal dans le bien puisqu’ils sont cen­sés pro­téger un gosse et au final ils me men­a­cent d’enfermement et de bousiller ma maman.

La Com­pag­nie Lit­téraire Votre écri­t­ure est très par­ti­c­ulière et oblige le lecteur à lâch­er prise avec le rationnel. En avez-vous conscience ?

Vin­cent Blénet : Je peux écrire et retran­scrire l’épouvante sur des sujets qui sem­bleraient être anodins pour beau­coup de per­son­nes lamb­da, comme par­courir un cen­tre com­mer­cial. Mais avec la frus­tra­tion, la souf­france des sens tous affolés par le désir et affec­tés par la fatal­ité de résilience devant le refus et l’exclusion éter­nelle. Aucune émo­tion ne peut être con­sid­érée, rangée, définie avec le rationnel. La pas­sion est une folie, pos­i­tive ou néga­tive, peu importe mais elle ani­me nos joies et nos peines. Évidem­ment si vous lisez les clas­siques com­mer­ci­aux, là la prose lit­téraire est con­forme à être classée et rangée dans un sché­ma bien pré­cis. La société mod­erne a ten­dance à tout éti­queter, tout cloi­son­ner (mode, per­son­nal­ité, atti­tude, art, musique) dans des caté­gories bien établies et avec des mœurs bien lis­sées, tout pro­pre et sans orig­i­nal­ité. Une société trop pro­pre et trop con­formiste c’est une société de robots. C’est juste­ment le p’tit grain de folie, la petite tache salis­sante qui peut don­ner une beauté artis­tique, comme un sou­venir. On dit bien qu’on laisse une trace dans le temps ou dans l’histoire, non ?!

Vin­cent Blénet à l’événe­ment “Dites-le avec un livre”.

C’est très jouis­sif d’arriver à purg­er son mal-être ain­si que sa vio­lence intérieure par le biais de la fic­tion (sym­bol­ique, sym­bi­o­tique, représen­ta­tive) d’épouvante dans son réc­it d’écriture. Et cela dans l’objectif d’exorciser l’immense suf­fo­ca­tion jour­nal­ière que je peux encaiss­er, tra­ver­sé, comme sur­vivre dans un champ de guerre. Pour moi tous les jours se réitèrent, ils sont fades, vides et sans vie. Je sors de mon sta­lag (domi­cile), je sors tourn­er en rond dans mon bocal neurasthénique (la cour de prom­e­nade de ma prison), et j’essaie de dis­simuler la dif­fi­culté d’être au milieu des « nor­maux » (lesquels me dévis­agent avec médi­s­ance), d’ailleurs lorsque je quitte mon blo­cus dehors il y a moi et eux, et eux les « humains nor­maux » ils sont mes enne­mis, je ne les vois pas comme mes con­génères, mais comme mes accusa­teurs, les far­fadets joyeux de piss­er leur haine sur les écorchés vifs de ma sous-espèce. Alors mon écri­t­ure devient cynique, acide, inci­sive et reflet d’un monde apoc­a­lyp­tique. Après il faut recon­naître que la réal­ité aux infos et dans les mœurs sociales ne sont pas très loin du déclin et de l’inhumain. Donc j’observe, je souf­fre et quand j’y parviens je retran­scris l’horreur, parce que « l’horreur est humaine », l’enfer-me-ment dans une vie qui « deal et tente ».

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vous utilisez un style métaphorique qui sem­ble faire par­tie de votre mode de pen­sée, et vous en jouez pour évo­quer sans réserve fan­tasmes et obses­sions. Avez-vous tou­jours écrit de cette façon ? Et pourquoi ce choix, si tant est que ce soit un choix ?

Vin­cent Blénet : Avec ma patholo­gie, j’ai mes pen­sées qui se téle­scopent dans tous les sens. Mon imag­i­naire s’intercale avec les évène­ments crus de la réal­ité. Par­fois je passe mon temps dans l’observation de la vie au lieu de pren­dre part à la vie. Sou­vent comme je suis plus dans l’analyse et dans le déchiffrage des codes soci­aux, décryptage des gestes à adopter sur chaque cir­con­stance de l’existence, plutôt que de ten­ter le grand saut dans la mar­mite de la vie, je décor­tique tout et rien puis j’essaie d’illustrer mes réflex­ions, pen­sées, ressen­tis (en com­bi­nant les crises, l’envie frus­trée du désir avec les femmes ain­si que l’imaginaire visuel de mon mode « ésotérique » peu­plé d’anges).

La plu­part du temps je regarde le « sous-texte » des évène­ments et des gens, je suis comme un « tech­ni­cien » de scène de théâtre, celui qui est dans l’ombre tout en haut de la scène et qui voit tout ce qui se trame. Il sait que tout est faux et il n’est que l’outil du bon fonc­tion­nement de la com­me­dia dell’arte. Il observe et écoute chaque cer­cle, que ce soit la pièce du soir ou les couliss­es, mais égale­ment les réu­nions d’organisation tech­niques ou les friv­o­lités lib­ertines qui se tra­ment en dis­cré­tion dans les loges, s’il sait pour les par­touzes c’est parce qu’il est mis­sion­né par les comé­di­ens pour sub­venir leurs addic­tions capricieuses à toutes sub­stances chim­iques illicites.

Même si j’ai ten­dance à réitér­er l’ambiance de mes textes, j’ai depuis mes dix-sept ouvrages fait grandir ma plume, elle a pu mûrir pro­gres­sive­ment. Je pense que, même si j’ai le souci d’être encore han­té, traqué, par mon passé, j’ai pu un peu « avancer » dans la vie et ça se ressent dans mon écri­t­ure. On peut le remar­quer dans les fic­tions où les anges n’étaient que per­chés dans des églis­es ou des cimetières à pleur­er la romance impos­si­ble envers une mortelle, ils restaient attristés et immo­biles. Depuis « Cieux FM », j’ai com­mencé à explor­er davan­tage les plaines et con­trées des roy­aumes par­al­lèles à tra­vers mon imag­i­naire. J’ai délesté la soutane lit­téraire afin d’être plus en phase avec l’écrivain qui observe et retran­scrit. J’ai cher­ché à trans­pos­er la vie humaine de tous les jours dans un con­texte « fic­tif » entre par­adis et enfer. Comme une société par­al­lèle qui s’active. Aus­si chaque livre paru depuis 2015 a évo­qué des expéri­ences avec des pro­fes­sions réelles, comme dans « De Feux et d’Encres » où j’ai fait le por­trait des agents de sécu­rités en boîtes de nuit, en m’inspirant de deux années passées avec des amis portiers (c’est l’adjectif pour désign­er la pro­fes­sion). D’ailleurs ça a bien matché avec le pro­tag­o­niste de ce livre puisqu’il s’agissait de l’Archange St Michel, lequel est posté en per­ma­nence devant les portes sacrées du Ciel, prêt à en découdre lorsqu’un fraud­uleur d’en bas ten­terait de pass­er illicite­ment dans l’Éden.

J’ai dévelop­pé sur mes derniers livres une écri­t­ure mul­ti­ple, une part de visuel fan­tas­tique, de spir­i­tu­al­ité philosophique, de prose poé­tique et d’épouvante socié­tale. J’ai longtemps été perçu comme quelqu’un de « glauque » ain­si qu’à tra­vers mes écrits alors que j’écrivais un « rap­port » des sit­u­a­tions que je tra­ver­sais. Main­tenant, depuis « De Feux et d’Encres »et « 666 Nuances de Brais­es » et surtout « Mort Sûre d’Amours », j’ai retran­scrit avec l’aide de la fic­tion et de mes blessures d’âme, des nou­velles qui s’approchent de romans d’épouvante. Mais c’est une épou­vante par­ti­c­ulière, car je me sers du dés­espoir et des jolies choses de la vie qui me sont ban­nis, pour mieux en pein­dre l’effet con­traire, la vision cauchemardesque qu’il en découle lorsqu’on est cat­a­logué de « mon­stre, abom­i­na­tion de la créa­tion ». La fatal­ité chao­tique de l’existence mêlée avec les per­ver­sions mod­ernes zigza­guant dans la société de con­som­ma­tion d’aujourd’hui, tout cela donne nais­sance à une réflex­ion d’horreur sociale, cette écri­t­ure se définit dans l’épouvante et j’espère que cette écri­t­ure inter­pelle le lecteur à mieux com­pren­dre et voir com­ment la vie est ressen­tie quand on n’en est exclu et qu’on n’a jamais respiré les droits humains fondamentaux.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Vos pro­pos sont par­fois très crus, mais la poésie qui se dégage de vos ouvrages emporte l’adhésion des lecteurs. On dirait qu’il s’agit d’un cri qui veut se faire enten­dre pour exprimer une souf­france que vous souhaitez en même temps partager et musel­er. Quels com­men­taires vous inspire ce paradoxe ?

Vin­cent Blénet : J’ai effec­tive­ment deux vis­ages d’expressions, comme deux cordes bien dis­tinctes à mon arc. La par­tie poète que j’entretiens dans mes livres m’est pré­cieuse dans l’objectif d’être fidèle et élève à la fois des grandes lit­téra­tures des années 1800 et 1900. J’aimerais être un digne élève de Baude­laire, Shake­speare, William Blake et tant d’autres belles plumes de l’époque. J’aime la poésie, tant dans l’aspect charmeur et roman­tique pour plaire aux femmes et aux jeunes femmes, mais aus­si parce qu’il me tient à cœur de pra­ti­quer dans mon écri­t­ure cette excel­lence lit­téraire, riche tra­di­tion et héritage cul­turel qui a mar­qué l’Histoire. L’écriture est arrivée dans ma vie comme un mer­veilleux don, une chance et une issue salu­taire de ma triste vie. Je n’aurais jamais pu penser être un auteur de dix-sept livres pub­liés lorsque j’étais plus jeune, effacé et intro­ver­ti. Je n’ai fait aucune étude poussée, ni de licence lit­téraire majeure. Je lis très peu de grands romans, je m’inspire des sit­u­a­tions de vie, de mes pen­sées, de mes réflex­ions et analy­ses, de mes angoiss­es, mes colères et divers­es crises de folie du cen­tre-ville. Bien enten­du les films ont aidé mon imag­i­naire, mais les paroles de chan­sons égale­ment. J’ai tra­vail­lé l’élaboration de mon écri­t­ure pro­gres­sive­ment, dans les con­ver­sa­tions, dans les cor­rec­tions de mes textes avec ma mère. Maman était direc­trice com­mer­ciale, elle est très forte dans la for­mu­la­tion de let­tres, doc­u­ments pro­fes­sion­nels, donc à son con­tact lors des cor­rec­tions, elle m’a trans­mis un peu au fur et à mesure le sens et l’impact des for­mu­la­tions de phrases.

J’ai écouté quelques inter­views d’Amélie Nothomb, je respecte cette per­son­ne et j’avoue je « jalouse » avec mod­estie sa capac­ité d’être foi­son­nante de page et d’écriture sans peur des silences qui me trau­ma­tisent dans mes doutes, mes peurs et donc mes blocages psy­chologiques (T.O.C.). je suis indigné qu’on la fasse pass­er pour un car­ac­tère excen­trique et sujet à moquerie. Dans ses inter­views, elle dit qu’un écrivain se doit d’être un pro­fond lecteur. Pour­tant je suis écrivain et je ne lis presque pas. D’abord à cause de mon prob­lème de déficit d’attention, mon prob­lème de con­nex­ion et cadrage de mes pen­sées, tous azimuts. Ça me pose souci pour par­venir à mieux me plonger dans un roman. Je trou­ve que cela per­met à titre per­son­nel de remet­tre en ques­tion le sys­tème tyran­nique des insti­tu­tions sco­laires et académiques. Même moi je n’en reviens pas d’être arrivé à com­pos­er dix-sept ouvrages lit­téraires sans être passé sur les bancs des fac­ultés, et pour­tant j’ai prou­vé que sans l’éducation tra­di­tion­nelle oblig­a­toire, on peut devenir artiste, on peut se cul­tiv­er par ses pro­pres moyens, j’ai prou­vé qu’on n’est pas for­cé d’accomplir, avec les félic­i­ta­tions d’un jury par­fois trop sec­taire et éli­tiste, des hordes de diplômes uni­ver­si­taires pour écrire et retran­scrire son être dans des œuvres artis­tiques, lit­téraires (ce qui est mon cas). J’ai prou­vé que si on vous rabâche que vous êtes un can­cre à l’école et que le sys­tème vous ressasse que vous n’avez pas d’issue autre que la mis­ère et la pré­car­ité. Tout cela est FAUX !!! Il est pos­si­ble de s’en sor­tir et d’apprendre par soi-même, il est pos­si­ble de se cul­tiv­er et d’être un artiste ou un écrivain même si vous n’êtes pas issu d’Oxford ou Prin­ston, ou encore Yale et Harvard.

Le prob­lème de la société est qu’elle enseigne à réitér­er les manuels à l’identique des énon­cés, mais les profs n’encouragent pas les jeunes à se servir de leurs cerveaux, ni à se débrouiller pour plus d’autonomie. Mais le plus grave c’est que les écoles, col­lèges, facs et uni­ver­sités prô­nent l’ambition et la réus­site finan­cière, quitte à encour­ager l’hypocrisie, le fay­otage et l’obéissance aveu­gle vers une obso­les­cence de vie déjà toute tracée, sans pren­dre en compte qu’on ne détient qu’une fois, une seule fois le don de vivre et de décou­vrir les choses de l’existence.

L’école pré­pare les enfants à se taire et à faire des devoirs pour obtenir de bons résul­tats, puis des diplômes qui faciliteront des postes de PDG intran­sigeants, avides d’argent au point (prob­a­bil­ité de plus en plus com­mune) de tuer et détru­ire ceux qui empêcheraient la réus­site ambitieuse crois­sante au sein d’une caste bour­geoise qual­i­fiée de puis­sants et dont les ser­vices sont mul­ti­pliés et réservés à ceux qui payent. Déjà la men­tal­ité sent le moisi, mais le sys­tème aime les win­ners et bousille les loosers (au lieu de les soutenir), d’où mes références au nazisme et à l’aryanisme dans la société de con­som­ma­tion mod­erne. Les pub­lic­ités ne met­tent en avant que des « gens » bien lis­sés, bien pro­pres et sveltes pour faire « rêver » et don­ner envie d’acheter leurs réclames, faire ven­dre du men­songe et du men­songe éli­tiste, jamais vous ne ver­rez un homme cor­pu­lent emballer une jolie princesse, c’est tou­jours un mod­èle de cou­ple stéréo­typés qui va servir d’arguments com­mer­ci­aux. Et il en est de même avec les métis­sages eth­niques, depuis récem­ment on peut voir dans les pubs que les mod­èles de cou­ples sont tou­jours un homme noir et une fille cau­casi­enne. Doit-on y voir une cam­pagne de con­di­tion­nement à inciter les jeunes femmes de s’unir unique­ment qu’avec des hommes de couleur ? (et tou­jours des beaux goss­es aux sourires den­ti­frices), mais jamais avec un homme qui serait un peu moins dans le moule fan­tas­mé d’une société trop axée sur les dis­tinc­tions hiérar­chiques des per­son­nal­ités à part ?…

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C’est sou­vent face à ces para­dox­es que j’utilise ma deux­ième facette, celle de la provo­ca­tion trash. Mes cita­tions métaphoriques sont plus actuelles, plus con­tem­po­raines et d’un humour cinglant. Mes mots devi­en­nent crus et je choque facile­ment. Alors en pre­mier lieu, j’ai ce besoin d’exprimer cette part de trash en moi, j’ai ce besoin de cho­quer, de provo­quer et d’aligner la pudeur stoïque de mes adver-locu­teurs. C’est en par­tie suite à toute mon enfance, mon ado­les­cence et à toute cette part de moi qui s’est tou­jours lais­sé faire face aux autres, face aux quoli­bets, face aux souf­frances, aux humil­i­a­tions, aux psy­chi­a­tres et j’en passe. Cette mini explo­sion ver­bale exor­cise ce trop-plein de colère dis­simulé de mon passé, défray­er la stu­peur des autres me donne un sen­ti­ment de sécu­rité devant le monde de tous les jours qui m’est presque incon­nu puisque j’ai débar­qué dans le monde des vivants en 2015 et je n’ai rien com­pris à leurs codes puisqu’auparavant j’étais dans des épreuves qui sont étrangères aux « nor­maux », aux « humains », mais famil­ière aux « damnés », aux « scar­i­fiés », etc.

Après lorsqu’il s’agit de débat­tre et d’exposer ma pen­sée lorsqu’il y a con­flit philosophique, mes mots vont être crus, obscènes, orduri­ers, mais j’utilise des exem­ples basiques et « sales » afin de mieux faire mouche dans ma plaidoirie. Aujourd’hui le monde n’est qu’un tri­bunal où il faut con­tre-atta­quer et con­tre­car­rer le pro­cureur, l’avocat général et tout le toutim si vous souhaitez vivre en paix et har­monie en étant vous-même, sans que l’on vous accuse de tout et de rien, puisque la société fait comme Mr Zola (mais dans un sché­ma inverse) elle « ACCUSE » et elle lapi­de sans état d’âme et sans con­tre­façon comme dirait l’autre. Alors je lacère et j’urine des pam­phlets acides sur les idées toutes faites.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Ce livre a été écrit dans une péri­ode très par­ti­c­ulière, celle du con­fine­ment du print­emps 2020. Quel lien faites-vous entre l’époque et votre créa­tion littéraire ?

Vin­cent Blénet : Une grande par­tie de ce livre a effec­tive­ment été écrite durant l’entre-deux con­fine­ments, basique­ment toute l’intrigue nar­ra­tive romancée avec l’ange pris­on­nier esclave de l’enfer. C’est d’ailleurs cette par­tie où les excès, la frus­tra­tion et mes crises ont guidé l’inspiration de ces textes. Lorsque les jeunes ont eu quarti­er libre et open-bar à volon­té, j’ai pu voir la déca­dence dans toute sa splen­deur, c’est d’ailleurs un atout si je puis dire pour mieux retran­scrire l’horreur et l’épouvante socié­tale à tra­vers mes fictions.

Pour ce qui est du trau­ma­tisme que les con­fine­ments ont généré chez beau­coup d’entre nous, il y a eu un grand par­al­lèle évo­ca­teur des sta­lags, blo­cus et extinc­tion des feux en milieux car­céraux ou en camps con­cen­tra­tionnaires. J’ai revécu ce que j’ai subi en psy­chi­a­trie où lorsqu’on m’a lais­sé me promen­er dans les allées des bâti­ments psys, à l’époque j’avais droit à 3 sor­ties par jour dans un temps court et min­uté, c’est dire si main­tenir l’emprise et la peur sur le sujet est un strat­a­gème favori des bour­reaux et des tyrans qui régen­tent votre exis­tence. Le con­texte actuel est égal aux con­di­tions car­cérales en prison ou en asile psy­chi­a­trique. Quant aux con­signes san­i­taires trop restric­tives elles sont les mêmes, d’un point de vue bor­der­line certes, mais néan­moins elles sont sem­blables aux con­signes ultra car­cérales sécu­ri­taires qui sont appliquées dans les UMD de France. Une UMD c’est une unité pour malades dif­fi­ciles, c’est-à-dire le mitard du mitard du mitard. Les pen­sion­naires des UMD sont enfer­més dans des cel­lules, attachés par pré­cau­tion, ils sor­tent pour se laver les dents sous sur­veil­lance et con­trôlés comme à l’aéroport de peur qu’ils fassent un atten­tat ter­ror­iste avec une brosse à dents… plus sérieuse­ment, en UMD après le check-point de la brosse à dents, ils man­gent sur une table de 3 ou 4 puis on les remet en cel­lule attachés. S’ils font preuve de docil­ité, ils peu­vent fumer une cig­a­rette sous sur­veil­lance avant de retourn­er être san­glés sur le mate­las dans leurs cel­lules. Les UMD sont la con­damna­tion extrême, pour quit­ter une UMD il n’y a pas de sor­tie, la suite c’est d’entamer une peine de prison (évidem­ment on ne paye jamais assez sa dette avec les insti­tu­tions). Après avoir fait un autre séjour en hôpi­tal psy­chi­a­trique, ce n’est pas un UMD, mais un ser­vice après-vente de l’UMD.

Si en 1999 lorsque j’étais avec les psy­chi­a­tres dans leurs bureaux sous l’inquisition de mes moin­dres gestes, pen­sées, émo­tions, tout était une arme vis­cérale con­tre moi-même, ils pou­vaient me déshu­man­is­er davan­tage si une de mes émo­tions ne leur « plai­sait » pas, ils ne se gênaient pas pour me la faire pay­er. J’en ai pour preuve qu’ils fai­saient des rap­ports et autres sur chaque con­ver­sa­tion que j’avais avec les autres patients ou bien avec ma mère. D’ailleurs cha­cune de mes let­tres écrites et envoyées à ma mère tran­si­taient par le bureau des internes et des psys, puis ils me con­vo­quaient d’emblée afin que je jus­ti­fie chaque phrase rédigée à ma maman, sinon ça pou­vait jus­ti­fi­er une atteinte à l’ordre moral de la san­té men­tale. Si en 1999 j’avais tenu le dis­cours inquié­tant des poli­tiques et des jour­nal­istes en place et au pou­voir, mais j’aurais fini en UMD directe­ment. Le dis­cours à l’heure actuelle est inquié­tant, pas pour le virus, mais pour la dégénéres­cence de la logique et de la rai­son. La pho­bie para­noïaque des bac­téries, les gels hydroal­cooliques, les masques et tout le tin­touin, tout ça c’est syn­onyme de patholo­gie psy­chi­a­trique men­tale sévère. On peut être pré­cau­tion­neux, atten­tif, mais les exagéra­tions exces­sives de la crise san­i­taire atteignent un niveau de folie men­tale effarante. Je peux le dire, car j’ai vécu auprès des fous et des cinglés en pleine psy­chi­a­trie car­cérale, donc je sais de quoi je cause. La folie men­tale je l’ai côtoyée, je l’ai tutoyée régulière­ment, cer­tains pour­ront s’en servir pour faire pass­er ma réflex­ion d’aliéné, mais je m’en moque, car la nor­mal­ité ne se résume pas à une déf­i­ni­tion lis­sée d’un dic­tio­n­naire freu­di­en, ni académique, il y a tant de fous dan­gereux que la société a mis au pou­voir, ou bien qu’elle a com­mer­cial­isés en tirades déca­dentes pour rentabilis­er le gros commerce.

La durée de cette mas­ca­rade m’a beau­coup affec­té, j’ai eu des démêlés graves avec la police et même les urgences, c’est d’ailleurs la nuit dans les urgences et tout ce cirque que je décris dans la fic­tion appelé « dans le labyrinthe ». J’ai vu de mes yeux que les urgences n’étaient en rien blind­ées de cas mourants ni de panique du per­son­nel. Par con­tre j’ai revécu le déclic trau­ma­tique du bas­cule­ment entre l’extérieur et l’enfermement (l’enfer-me-ment) quand je suis entré dans la cel­lule psy­chi­a­trique lors de mes 16 ans. Un peu comme la dis­grâce d’un aris­to­crate ou bien la chute des anges du par­adis. Rien n’est plus pareil après qu’on ait bas­culé, qu’on soit tombé dans le gouf­fre aux abysses. D’ailleurs c’est à cause d’une alter­ca­tion avec la police que j’ai atter­ri aux urgences, pour un masque non porté en cen­tre-ville. Cela a affec­té légère­ment le foi­son­nement pour le final de mon dix-sep­tième livre. Mais j’ai pu écrire ce qui était néces­saire à la con­clu­sion de l’intrigue romancée du livre. Depuis je re-côtoie un peu ces quelques silences, légère panne. Je suis con­tent d’avoir écrit des notes depuis, mais j’angoisse pour retrou­ver l’inspiration et repar­tir sur l’écriture un prochain pro­jet de livre.

Vin­cent Blénet et Frédéric Can­di­an, auteur lui aus­si et rédac­teur en chef du média L’a­mi des auteurs.

Il est urgent de faire la dis­tinc­tion entre la pré­cau­tion vac­ci­nale et les annu­la­tions à gogo des « activ­ités lit­téraires » essen­tielles aux petits artistes. Nous avons besoin de nous activ­er et de pren­dre ne serait-ce que quelques bouf­fées d’oxygène en lien avec nos livres ou nos musiques. Ce n’est pas la cul­ture des petits artistes qui va aug­menter les risques san­i­taires, mais au con­traire le gou­verne­ment est en train de nous tranch­er les veines vio­lem­ment comme s’ils nous pous­saient à ce qu’on se détru­ise et qu’on se flingue. Peu leur importe nos fragilités, notre bien-être, ça leur est égal. Quand bien même un géno­cide les arrangerait puisqu’ils pour­raient refaçon­ner le sys­tème à leur con­ve­nance sans qu’on ait à hurler « famine ». La plu­part des avis opposés ou des actes de rébel­lion sont mis sous silence et étouf­fés dans les applaud­isse­ments généraux, mais si jamais per­son­ne n’avait con­testé l’ordre établi, nous seri­ons encore au moyen-âge à croire que la terre est plate.

La Com­pag­nie Lit­téraire : En avant-pro­pos, vous écrivez : « La dépres­sion est une amante insa­tiable, la vengeance est une maîtresse vis­cérale, la folie est une con­cu­bine cori­ace. » Étab­lis­sez-vous une hiérar­chie entre ces trois instances féminines – l’amante, la maîtresse et la con­cu­bine – et pourquoi ?

Vin­cent Blénet : Ces trois qual­ités sont à mon sens les meilleures déf­i­ni­tions de l’amour lorsqu’on est envoûté par celle qui détient notre cœur entre ses petites mains. C’est à peu près ce que je recherche per­son­nelle­ment, une amante com­plice de nuits enlacées avec elle, mais égale­ment la maîtresse de mes rêves les plus tor­rides, quant à la con­cu­bine, là j’évoque la com­plic­ité ami­cale, ten­dre, affectueuse et très sen­suelle. Ça c’est si j’avais le droit à vivre des jolies nuits de ten­dress­es sex­uelles avec les femmes, mais je ne suis pas autorisé à vivre et ressen­tir cela puisque les gens m’ont qual­i­fié de chose immonde, de gros lard hideux et repous­sant (ceux qui ont dit cela sont pour beau­coup des jeunes femmes). Alors le sens de ma phrase d’ouverture pour ce nou­veau livre évoque davan­tage ce qui se trame dans mon âme de « refusé », de « damné ». La dépres­sion partage sa froide couche avec mon esprit. À longueur de temps elle s’agrippe à moi telle une furie nyn­pho­ma­ni­aque, m’entraînant vers l’ivresse autode­struc­trice un peu plus chaque soir. La vengeance est la maîtresse, car elle aguiche mes pul­sions, mes crises de pétages de plombs. Elle séduit le désir de ren­voy­er à tous mes tour­menteurs toutes ces peurs et tous ces cauchemars qui ont noir­ci mon sub­con­scient dans un pes­simisme cynique et chronique. J’ai trop sou­vent l’envie de con­tre­car­rer ce que j’étais, à savoir l’éponge absorbant les insultes, les chaos et toutes leurs haines sado­masochistes qu’ils m’ont enfon­cés dans le crâne. Et pour ce qui est de la folie, je l’ai et je la tutoie si régulière­ment, car je suis quelqu’un de très tor­turé dans ma tête, la folie est comme une épouse dont on partage le mariage et qui n’a presque plus de sur­prise pour nous. J’ai été déclaré fou par la société et j’en paye la sen­tence chaque jour en m’agenouillant, soumis à la honte que je suis et que j’inspire aux humains nor­maux. D’où le non-droit de faire l’amour avec de belles femmes puisque je suis un « gros », un « blanc schiz­o­phrène », je suis laid et repous­sant, hideux et mon­strueux, et comme dit le tal­ion ici à Mont­pel­li­er : « les gros ça ne baise pas ».

Je prends un malin plaisir « aphro­disi­aque » à noir­cir l’image du petit enfant tout gen­til et inno­cent que j’étais avant, il y a une éter­nité trop éloignée. Je prends plaisir à « salir » l’image d’innocence de l’enfant que j’étais autre­fois. Mais ce n’est pas par hasard que j’égratigne et que j’entretiens ce para­doxe entre l’enfant trop effacé, si intro­ver­ti et si piégé par son inno­cence. J’ai tou­jours été la proie facile, le bouc-émis­saire idéal et la vic­time désignée pour servir de fes­tin diver­tis­sant aux gens, aux enfants et aux charog­nards de psy­chi­a­tres. J’ai lais­sé la vie me vio­l­er longue­ment, pro­gres­sive­ment en pro­fondeur jusqu’à ce que j’adhère à l’acceptation que je ne suis qu’une épave, une bro­chette de merdes, l’erreur de Dieu, l’horreur absolue et la chose immonde, inhu­maine, l’abomination de Dieu.

J’utilise le vis­age de l’enfant broyé et au sourire d’ange inno­cent, capa­ble d’être le pire cauchemar de la société mod­erne afin d’aligner les gens sur leurs offens­es et sur l’accusation pour ce qu’ils m’ont infligé et dont ils n’ont aucun remords. Ma vie je la tra­verse comme un viol sadique. J’ai l’image d’un timide enfant frag­ile effacé, intro­ver­ti, emmuré par la honte et le silence. Un petit garçon qui ne com­prend pas pourquoi ni où il va mais tout ce qu’il voit c’est que la vie ain­si que les nor­maux sont ses vio­leurs et que l’enfant est con­stam­ment vio­lé tout le temps. Alors j’aime effray­er, j’aime salir la pudeur des nor­maux, j’aime dégueu­lass­er la beauté des choses pour eux, tous ceux-là qui m’interdisent de vivre. J’aime pein­dre l’enfer et l’apocalypse sur leurs plaisirs, j’aime pein­dre l’horreur et l’hérésie dans leurs jardins par­fumés de belles odeurs commerciales.

En résumé le thème de ce dix-sep­tième livre c’est cette human­ité qui n’en est presque plus une. Un cœur brisé dans une âme cabossée par l’existence, le tout dans une société de pan­tins déshu­man­isés qui, eux, ont tous les priv­ilèges humains sans con­trepar­tie de pay­er la fac­ture de chaque émo­tion ressen­tie. Puis, en sec­ond plan, c’est un livre qui par­le d’être humain en plein con­fine­ment puis piégé dans la folie tyran­nique d’une autorité dic­ta­to­ri­ale, lib­er­ti­cide et illogique, jusqu’à prôn­er l’esclavage indus­tri­al­isé comme traite­ment curatif à une pandémie, mais une pandémie non d’un virus, une pandémie con­tre la vie, la joie et l’humanité. C’est pourquoi nous mour­rons sûre­ment d’amour. « Mort Sûre d’Amours ».

La Com­pag­nie Lit­téraire : Je con­tin­ue à me fonder sur vos écrits : la ques­tion récur­rente sem­ble être l’immortalité et la peur. Je vous cite : « L’immortalité peut être séduisante, cepen­dant lorsque vous la fréquentez avec une prox­im­ité qua­si con­ju­gale, vous ressen­tez la froide las­si­tude empris­on­ner votre âme ». Donc l’immortalité c’est la prison à vie ?

Vin­cent Blénet : La vie est vécue par l’être qui la tra­verse ou bien qui la par­court avec des vari­antes bien dis­tinctes et sin­gulières. Si vous tra­versez la vie parsemée de joie, d’équilibre psy­chologique et de jolies choses alors vous ver­rez la vie comme un mer­veilleux cadeau, un don pré­cieux… Par con­tre, si vous tra­versez la vie dans une col­lec­tion de mal­heurs, de chaos, de désas­tres émo­tion­nels. Que vous ne savourez que le flirt d’avec la haine, l’autodestruction, la mort, la souf­france, la folie et la déshu­man­i­sa­tion. Là vous ne voyez la vie que comme une prison labyrinthique et la vie vous la subis­sez, mais vous n’avez pas la joie enivrante d’aller chanter des louanges à la vie. Il est très évi­dent que la vie vous la haïssez, vous aimeriez la défi­er, la provo­quer dans l’ivresse autode­struc­trice pris dans une adré­naline vis­cérale frôlant la démence. La spi­rale est vicieuse, mais telle­ment réelle et pal­pa­ble quand on est dans la com­mu­nauté des « refusés ».

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Tra­vers­er l’existence et voir les gens nous quit­ter au fur et à mesure, con­tem­pler le monde déclin­er, se déliter et devenir fade, lis­sé, sans vie, asep­tisé et juste pro­ductible à fruc­ti­fi­er le men­songe, le paraître et la sur­con­som­ma­tion à out­rance exces­sive ne m’inspire pas le sen­ti­ment joyeux de goûter à l’immortalité. J’ai vu d’une cer­taine manière le monde des années 90 et pro­gres­sive­ment le change­ment dégringolant du chaos qui règne avec les années 2020. L’obsolescence, la vir­tu­al­ité tar­ifée sur tout et pour tout, l’idéal des gens aujourd’hui est effrayant der­rière cette image pub­lic­i­taire de mod­èle de la per­fec­tion à « attein­dre » de nos jours. Et puis trop d’apprêtassions, de dis­cours bien car­rés et poli­tique­ment cor­rects ce n’est pas ça être humain. Alors oui, lorsque vous respirez l’onctuosité d’un doux par­fum (et s’il est un par­fum féminin aie aie aie que c’est mag­nifique) c’est agréable, rêveur et poé­tique. Pour­tant la vie n’est pas en pré­com­mande Pay­Pal dig­i­tal­isée, dans la vie il nous faut nous débrouiller et on se salit, alors ça risque de sen­tir mau­vais. Mais lorsque ça pue, ça prou­ve qu’il y a de la vie. Une mai­son toute pro­pre qui n’est jamais tachée c’est une mai­son fan­tôme, alors qu’une mai­son un peu crasseuse ça prou­ve qu’il y a des per­son­nes qui y vivent, rien n’empêche de net­toy­er et de recom­mencer le cycle naturel des actions.

Actuelle­ment avec la folie du gou­verne­ment ils ont com­plète­ment oublié que c’est nor­mal de se tach­er les mains (sinon les savons ne seraient plus ven­dus), c’est nor­mal de pos­til­lon­ner (les mou­choirs ce n’est pas que pour la bran­lette ou le rhume), c’est nor­mal et même un devoir de s’enlacer ça mon­tre qu’on n’est pas des robots.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Et la peur que vous évo­quez de façon récur­rente, c’est la peur de vivre, vous en par­lez dans vos ouvrages, pour­tant s’il y a des moments dif­fi­ciles, il y a aus­si de bons moments. Vous sem­blez par­fois penser que « pour les autres » les moments sont bons et pas pour vous. En êtes-vous bien sûr ?

Vin­cent Blénet : J’ai gran­di dans le dén­i­gre­ment de moi-même, depuis tôt on m’a inculqué que je ne suis rien, je suis une erreur et une mon­stru­osité sans droits et sans avan­tages humains. Quand j’allais chaque jour en classe je m’y rendais comme dans un abat­toir. J’avais presque tous les autres enfants qui me dévis­ageaient avec la bave aux lèvres, car j’étais à l’époque un gamin trop intro­ver­ti, effacé, mar­qué par la dif­férence et j’étais cré­d­ule, trop même, ils me bal­adaient sans prob­lème dans leurs traque­nards. J’étais bat­tu, humil­ié, vio­len­té, insulté, etc etc.

La sco­lar­ité ne pou­vant me tuer, elle se débar­ras­sa de moi dans les hôpi­taux psy­chi­a­triques. J’ai eu les cours pour bien se définir de mon­stru­osité non humaine, une erreur blas­phé­ma­toire, dont l’hérésie est de chercher à vivre par­mi les humains nor­maux. Les psys (toutes caté­gories con­fon­dues) ont pris un plaisir jouis­sif à me détru­ire psy­chologique­ment et émo­tion­nelle­ment, sans par­ler des tonnes de psy­chotropes chim­iques qui m’ont bousil­lé le cerveau et le métab­o­lisme de mon corps. J’ai com­mencé à par­tir de mes 16 ans à devenir une chose cadavérique, encore attaché dans le con­sor­tium des vivants, je suis décédé à 16 ans dans la cel­lule car­cérale de l’asile de fous à Mont­pel­li­er, j’ai muté en une souche blas­phé­ma­toire, héré­tique et diffam­a­toire aux yeux de la vie.

De nos jours les moin­dres plaisirs de la vie me sont inter­dits, jamais une fois une fille n’a accep­té mes ten­ta­tives de séduc­tion, me ren­voy­ant sèche­ment à mon rang de mon­stru­osité hor­ri­ble et hideuse. Voir les autres avoir des sen­sa­tions du touch­er (caress­es, un bais­er sur les lèvres, etc.) et d’un regard bien­veil­lant des filles en guise de con­sid­éra­tion de parte­naire humain nor­mal, alors que je souf­fre l’horreur de ne jamais ressen­tir ces moin­dres gestes humains, tous réservés aux gens, mais jamais à moi le mon­stre. Com­ment puis-je dire après ça que je savoure les joies moi aussi ?…

Je n’ai pu avoir que trois « bons moments » sur toute une éter­nité de vie, une éter­nité de souf­frances. Trois légers frag­ments d’air pur qui ont sur­volé mon « immor­tal­ité » embrasée. Le pre­mier moment fut lors de la pro­mo­tion de « Cieux FM », j’ai eu la chance de ren­con­tr­er l’actrice Mylène John­son. Elle a été vrai­ment adorable et bien­veil­lante, nous avons briève­ment con­ver­sé et elle a été très touchée par mon par­cours. Mlle John­son m’a fait l’honneur de pren­dre 3 self­ies avec mon livre et de m’envoyer les trois clichés pour con­tribuer à la pro­mo de mon recueil. Le deux­ième moment mag­ique de mon exis­tence fut la journée pro­mo­tion­nelle avec la vidéo de lance­ment de mon livre « Gazhell » et les belles pho­tos, à Genève. J’ai vécu 2 jours de rêve pour un artiste. Le dernier moment agréable fut l’heure et demie passée avec une jolie escorte girl, elle s’appelait Eva.

Com­paré à ce que les autres, les humains, les nor­maux ont l’immense chance de vivre et d’expérimenter (faire l’amour avec de femmes sans pay­er l’instant, la con­sid­éra­tion d’artiste avec pos­si­bil­ité d’interviews). Moi je suis reclus dans l’asphyxie de l’option payante.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Je reviens sur une de vos phras­es : « La moder­nité m’est telle­ment insup­port­able, infecte et révoltante. » Pensez-vous vrai­ment que « c’était mieux avant » ou sim­ple­ment était-ce la même chose et on n’arrive pas à faire mieux ? (Même si on a cette illusion)

Vin­cent Blénet : J’ai une fas­ci­na­tion pour les artistes des années 1800 et 1900, car la poésie était à son apogée, elle était sym­bole de douceur et par­fois de prise de con­science féroce à l’égard de la poli­tique ou de la société. L’écrivain, le poète même était comme un « vengeur masqué » ou même très pub­lic. Ce qui me plait énor­mé­ment dans cette époque-là, c’est avant tout la saveur exquise de la beauté, le raf­fine­ment des mots et des rimes. Les poètes nav­iguaient sur des thèmes qui me sont chers : la spir­i­tu­al­ité, le mys­ti­cisme ésotérique, la sen­su­al­ité avec les femmes etc.etc.

En 1800 et 1900 si un écrivain rédi­geait un poème amoureux ou un com­pli­ment lit­téraire à sa belle, ce dernier était bien regardé par la gent fémi­nine. Aujourd’hui pour plaire à ces belles il faut cas­quer toute l’addition, l’inonder d’objet lux­ueux, align­er la drogue sur la table, diriger un car­tel et la bas­ton­ner lors de l’ébat sex­uel, tout en singeant Boo­ba et Gims. Avant les filles m’auraient regardé avec respect, human­ité et équitable­ment, même aus­si en tant qu’un artiste, un être capa­ble d’exprimer son cœur et ses désirs dans les mots.

Lorsque je com­pare la musique ou les films ou autres des années 90 avec les œuvres hybrides sci­en­tifiques extra-ter­restres d’aujourd’hui, on voit qu’on a franchi la ligne de l’indécence et du foutage de gueule. A l’époque cer­tains n’auraient jamais pu exis­ter sous peine d’être con­damnés par la presse et l’opinion publique. Comme quoi les faveurs de la presse et des médias sont mon­nayables et cor­rupt­ibles, je dirais même con­vert­ibles, ça dépend de la vague poli­tique­ment cor­recte qui orchestr­era le vent de la vague.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Dans vos livres suc­ces­sifs, vous avez alerté sur notre société mer­can­tile et aveu­gle face à la con­som­ma­tion. Aujourd’hui, face à la crise san­i­taire et économique dans laque­lle nous sommes, qu’avez-vous envie de dire et quelle serait pour vous la société idéale de demain (quand on dit demain c’est « vite ») ?

Vin­cent Blénet : L’idéal d’un monde où je n’ai pas tout le temps, à chaque sec­onde peur, peur de tout et tout le temps peur. Peur de n’avoir plus d’inspiration ni de plume, peur ter­ri­fi­ante de ces silences glacés qui pétri­fient mes pen­sées. Peur con­stante que la mort me refrappe en prenant un être aimé. Peur de ne jamais pou­voir faire l’amour avec les femmes, effroi de ne jamais ressen­tir un orgasme et une délivrance sen­suelle fémi­nine. Peur de ne plus pou­voir faire des livres, peur de ne plus pou­voir pub­li­er chez mon éditrice, je suis très fidèle à ma mai­son d’édition, je suis vrai­ment très attaché de faire par­tie des auteurs de « La Com­pag­nie Littéraire ».

Dans un monde idéal, j’écris, je pub­lie, je pars en tournée pro­mo et j’exprime mon univers lit­téraire à d’autres hori­zons que Mont­pel­li­er. Dans un monde idéal, je parviens à sen­si­bilis­er l’âme des femmes et jeunes femmes, je parviens à les séduire égale­ment, leur faire oubli­er qu’elles haïssent mon vis­age et mon physique. Dans un monde idéal, les médias ne méprisent pas les petits artistes et ne ban­nis­sent pas les écrivains à compte d’auteur.

La Com­pag­nie Lit­téraire : Étant don­né que l’on est dans une péri­ode très par­ti­c­ulière où l’irrationnel sem­ble avoir sa place au côté du sci­en­tifique, Vin­cent Blénet, vous faites sou­vent référence à Dieu dans vos ouvrages – de quelque manière que ce soit – alors là, que pou­vez-vous nous dire sur l’ouragan inat­ten­du dans lequel la planète a été propul­sée avec la Covid 19 ?

Vin­cent Blénet : Dieu n’a rien à voir avec la dégénéres­cence des humains sur le covid, il s’agit déjà de chercheurs sci­en­tifiques qui jouent à être Dieu, mais ils sont les pre­miers à dén­i­gr­er Dieu. Ça fait bien des lus­tres que les sci­en­tifiques, dans leurs folies nazies, fab­riquent des ger­mes et des virus vio­lents et agres­sifs. Les gou­verne­ments les payent et finan­cent leurs recherch­es dans le but d’acquérir une arme invis­i­ble prête à met­tre à genoux tout opposant favor­able à leurs caprices et dic­tatures. Alors aujourd’hui un virus a fait le guide du Routard d’accord. Mais depuis des mil­lé­naires il en a été ain­si, la Peste noire, Ebo­la, la Tuber­cu­lose, la gas­tro, le Sida, etc. Est-ce que les gens ont cessé de faire l’amour à cause du Sida ? Non que je sache. Est-ce que les enfants qui ont une diar­rhée avec une angine cessent d’aller à l’école ? Non que je sache. Est-ce qu’on va enfer­mer ou tuer une per­son­ne âgée parce qu’elle a un peu le nez qui coule ? Non que je sache. Le proces­sus de nos anti­corps c’est juste­ment d’être act­if tôt lorsque les bébés sont « malades » afin que le sys­tème immu­ni­taire du petit soit prêt à défendre la san­té de l’humain en devenir.

Dieu est et il restera tou­jours un mys­tère, une énigme spir­ituelle et c’est bien d’ailleurs parce que ça nous per­met de faire nos pro­pres choix, nos déci­sions, c’est le libre arbi­tre. Par con­tre, enfer­mer les gens et les empêch­er d’exister, les forcer à adopter la patholo­gie men­tale d’une tribu de décideurs gou­verne­men­taux, ça ce n’est absol­u­ment pas la lib­erté, mais de la tyran­nie masquée. Si on y réflé­chit, ce que les décideurs nous font subir, sachant qu’avec la fragilité psy­chique, psy­chologique, etc., pour moi il est ques­tion de crime con­tre l’humanité. Que savent-ils de ce que nous ressen­tons ? Rien. Celui qui décide à la place des autres est un ambitieux qui cherche à s’imposer comme divinité et crier sa glo­ri­ole au détri­ment des autres et des sac­ri­fiés. Le cal­ife à la place du cal­ife. On a peut-être élu Izno­goud qui sait…

Le titre de ce dix-sep­tième livre est très sym­bol­ique dans mon chem­ine­ment de vie et dans le chapitre de mon évo­lu­tion d’écriture. L’amour a été très dévas­ta­teur dans ma vie, à la base j’ai eu l’idée de ce titre en rap­port (« hom­mage » amoureux) de ce que je ressens à l’égard d’une jolie fille qui a « motivé » l’obstination de pour­suiv­re mes obser­va­tions devant le bar abject qui a servi de source prin­ci­pale pour le précé­dent livre « 666 Nuances de Brais­es ». J’ai eu envie d’écrire en let­tres majeures cet amour obses­sion­nel, cette pos­ses­sion éro­tique (sul­fureuse et addic­tive) que je ne vivais qu’en moi-même, seul et dévasté par la douleur de mes sen­ti­ments pour cette fille. Je n’ai jamais eu le courage et la bravoure de lui révéler mon cœur durant l’année entière passée à peaufin­er mes obser­va­tions et l’écriture de ce livre précé­dent. J’ai extrême­ment souf­fert et ça s’est inten­si­fié quand je l’ai vu s’amouracher de types (bogoss stéréo­typés) qui l’ont juste util­isée comme un Tam­pax à usage unique avant de la jeter froide­ment sans une petite con­sid­éra­tion humaine. Ce qui est trag­ique c’est qu’elle m’a haï et elle ne m’a plus jamais dit bon­jour lorsqu’elle a su que je l’aimais beaucoup.

J’ai eu trois « dames de cœur » lorsque j’écrivais le précé­dent bouquin, trois jeunes femmes qui ont traqué mes prières roman­tiques et éro­tiques. Je ne sur­vivais, face à l’indécence, les quoli­bets et les cru­autés machi­avéliques des jeunes Mont­pel­liérains, qu’à tra­vers la joie enivrante et euphorique de dire bon­jour à mes trois « dames de cœur » (Pauline, Lise et Lola). Les deux pre­mières sont un amoureux désir sen­suel, roman­tique et éro­tique. Elles hantent mes pen­sées et mes prières éro­tiques, enlacées de dés­espérance sen­suelle­ment enflam­mée. J’ai énor­mé­ment de sen­ti­ments à l’égard de Lise même si Pauline a envoûté mon cœur et mes pros­es. Lola, quant à elle, nous avions une belle ami­tié et une jolie affec­tion de cœur. Mais lorsqu’elle a bru­tale­ment coupé les ponts, ça m’a détru­it très vio­lem­ment, ça a aug­men­té l’agressivité de la dépres­sion aggravée pen­dant le pre­mier con­fine­ment Macronesque. Même si je pro­gresse à avancer en m’éloignant des sen­ti­ments envers Pauline, même si la cru­auté frig­ori­fique dont elle a fait preuve à mon encon­tre, je suis pos­sédé par le désir sex­uel, sen­suel et enivrant de faire l’amour avec elle, touch­er son être char­nel et touch­er la délivrance à tra­vers le sexe avec elle. Mais comme ça m’est impos­si­ble, la frus­tra­tion me dévore et m’assassine l’âme. Je suis mort par amour et c’est une cer­ti­tude, donc « Mort Sûre d’Amours ».

Ce dix-sep­tième livre est un roman d’amour avec un peu d’épouvante et de poésie fan­tas­tique. Un ouvrage qui hurle à cha­cun l’envie de lib­erté et de créa­tiv­ité. Un ouvrage qui révèle l’humanité de tous, même si c’est une human­ité cabossée, pudique, dis­crète, énig­ma­tique, elle est là et elle hurle son désir de vivre et son envie d’être libérée. Certes j’ai fait une déc­la­ra­tion de guerre à la vie (ma vie de tristesse et de chaos), mais même si j’ai excel­lé dans la provo­ca­tion, dans la défi­ance osten­ta­toire, mes scar­i­fi­ca­tions ont été des mor­sures de l’amour. Des amours que la vie m’a brisées et qui ont stig­ma­tisé mon cœur tout en pleurs.

Ce livre est une ode à l’envie de vivre, sur­vivre et d’aimer la vie, de la tra­vers­er avec celles qui ensor­cel­lent nos désirs et nos soupirs. Mais c’est égale­ment un cri d’amour à mes trois « dames de cœur », même si c’est trop tard, un cri d’amour à Pauline, Lise et Lola. L’écriture est immortelle, c’est dans l’éternité que je grave cet amour, roman­tique et éro­tique, dans l’immensité du temps pour mes trois « dames de cœur » lesquelles habitent mon cœur (cœur cabossé).

Inter­view de Monique Rault pour le dix-sep­tième ouvrage de Vin­cent Blénet « Mort Sûre d’Amours » Ed. « La Com­pag­nie Littéraire

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