Arthur Rimbaud, poète prodige du XIXe siècle, est connu pour sa poésie révolutionnaire et sa vie tumultueuse. Mais derrière l’image de l’enfant terrible de la littérature, se cache un poète qui s’est aussi nourri des courants littéraires et culturels de son époque.

Arthur Rimbaud est né en 1854, une époque où le romantisme était encore très présent dans la littérature française. Les écrits de Victor Hugo, Alfred de Musset et Gérard de Nerval ont nourri l’imaginaire du jeune Rimbaud. Dans ses premiers poèmes issus des Cahiers de Douai, on peut discerner l’influence du romantisme, avec son penchant pour la nature, la passion et la rébellion contre les conventions sociales.

On songe par exemple à la simplicité et la sensualité du poème « Sensation », où Rimbaud célèbre la beauté de la nature et montre une fascination pour les paysages bucoliques, thèmes chers aux romantiques :

« Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue ».

Dans « Soleil et chair », la Nature divinisée semble tout droit sortie des Contemplations de Victor Hugo :

« Le Soleil, le foyer de tendresse et de vie,
Verse l’amour brûlant à la terre ravie,
Et, quand on est couché sur la vallée, on sent
Que la terre est nubile et déborde de sang »

La Guerre Franco-Prussienne et la Commune de Paris : un contexte politique et social qui influence le jeune Rimbaud

La guerre franco-prussienne de 1870 – 1871 a été un tournant majeur dans l’histoire de la France. La défaite de la France face à la Prusse a entraîné la chute du Second Empire et la proclamation de la Troisième République. La période qui a suivi a été marquée par l’instabilité politique et sociale, notamment la Commune de Paris en 1871. Cette période de bouleversement politique a eu un impact profond sur Rimbaud. Le climat révolutionnaire de l’époque a trouvé écho dans sa poésie. Les thèmes de la révolte, de l’anarchie et de la recherche de la liberté sont devenus des éléments récurrents dans son œuvre. Rimbaud a vu la Commune comme une manifestation de l’esprit révolutionnaire qu’il cherchait à exprimer à travers ses poèmes.

La chute du célèbre poème “Le Dormeur du Val” décrit de manière poignante un jeune soldat apparemment endormi :

“Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.”

D’autres poèmes empruntent à la verve révolutionnaire, comme « Le Forgeron » :

« Et, dans la grande cour, dans les appartements,
Où Paris haletait avec des hurlements,
Un frisson secoua l’immense populace.
Alors, de sa main large et superbe de crasse,
Bien que le roi ventru suat, le Forgeron,
Terrible, lui jeta le bonnet rouge au front ! »

Le symbolisme : Un nouveau langage poétique

À la fin du XIXe siècle, le symbolisme émerge en tant que mouvement littéraire majeur. Rimbaud, bien que distant des cercles symbolistes, a été profondément influencé par cette nouvelle approche de la poésie. Il a adopté l’idée de suggérer plutôt que de décrire explicitement, créant des poèmes qui étaient autant des énigmes que des révélations. Son célèbre poème “Le Bateau Ivre” en est un exemple remarquable.

« Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend » 

Les grandes figures littéraires : Une conversation intertextuelle

Rimbaud était un lecteur avide et ses premiers poèmes se plaisent à faire écho aux modèles qu’il admire. Par exemple, « Le bal des pendus » est un pastiche de la célèbre « ballade des pendus » de François Villon ou « Ophélie » réinvestit le personnage d’Hamlet de Shakespeare :

« Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir. »
 

Transcender le XIXe Siècle : Rimbaud, un poète visionnaire

La poésie rimbauldienne ne se limite pas à une imitation des modèles qui lui son chers. Le jeune poète a transcendé les conventions de son époque pour créer une poésie visionnaire qui annonçait le symbolisme, le surréalisme et d’autres mouvements artistiques du XXe siècle, notamment dans son recueil Les Illuminations. Véritable visionnaire, Arthur Rimbaud a brisé les frontières de la poésie conventionnelle et influencé durablement les générations suivantes.

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Enoch
Enoch
6 mois il y a

c carre

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