Le rôle de la femme du Moyen Âge au sein de la famille

La tribune de Marie - Le blog livresque de la Compagnie Littéraire

          Dans cet article nous nous pencherons sur la place et le rôle de la femme du Moyen Âge au sein de la famille. Homme ou femme, l’individu médiéval est marqué par son appartenance à un lignage. Les familles médiévales ne sont pas aussi nombreuses que l’on a longtemps pensé, la mortalité infantile étant très présente. La sœur aînée joue le rôle d’une deuxième mère et le frère aîné celui du protecteur. Si les relations entre frères engendrent des rivalités nées du partage de l’héritage et des terres, celles des sœurs entre elles et avec leurs frères se conjuguent le plus souvent sur le mode d’une affection sincère. La femme, malgré son mariage et/ou la disparition de ses parents reste sous la responsabilité de ses frères qui se portent garants de son honneur. Les relations entre sœurs sont malheureusement beaucoup moins éclairées par les sources médiévales.

Les noces ayant pour finalité la procréation, toute la société attend de la femme qu’elle mette au monde de nombreux enfants, à condition qu’elle soit mariée. Les filles célibataires et enceintes sont montrées du doigt ainsi que les femmes stériles. Le refus d’enfant existe pourtant bien au Moyen Âge et l’existence de moyens contraceptifs et de l’avortement est indéniable. Il est aussi des mères qui abandonnent leur enfant et des infanticides (même si les témoignages sont rares). Ces pratiques sont le plus souvent le fait de jeunes filles ou de servantes mises enceintes par leur patron ou de veuves qui cherchent à éviter le déshonneur. L’avortement, pourtant assimilé à un crime et condamné, semble beaucoup plus répandu que l’infanticide pour lequel si on retrouve la criminelle qui a avoué, le châtiment est de l’enterrer vive ou de la brûler. Afin de lutter contre ces faits, l’Église légitime l’abandon du bébé par les mères permettant à celles-ci de déposer l’enfant à la porte de l’église afin qu’il puisse être élevé par quelque fidèle. À l’opposé de ces femmes qui cherchent à se débarrasser d’un enfant naturel, de nombreuses épouses cherchent à tout prix à offrir un héritier à leur mari, de préférence un fils. Les ménages stériles sont montrés du doigt et c’est bien sûr la femme qui est considérée comme responsable de l’infertilité du couple.

Enceinte la femme est étroitement surveillée. Les autorités protègent la future mère en condamnant les meurtres des femmes en âge de procréer beaucoup plus sévèrement que ceux de femmes ménopausées par exemple, mais elle est aussi constamment entourée par les femmes de la famille. Elle doit user de modération en tout et on fait attention à la fois à la qualité de son régime alimentaire, de son repos, de son lieu de vie etc.

 

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La grossesse et l’accouchement restent le monopole des matrones, les médecins en sont exclus. L’enfantement est une épreuve effrayante, nombreuses sont celles qui meurent en couches ou de fièvres puerpérales (la mortalité des femmes atteint un pic entre l’âge de 20 et 35 ans). Les femmes prient beaucoup certains saints pour faciliter leur délivrance. Elles accouchent, entourées de leurs parents, de leurs voisines (ou de leurs servantes si elles appartiennent à l’aristocratie), mais toujours loin d’une présence masculine. Il arrive souvent que la naissance se passe mal (la moindre complication, une présentation par le siège, un bras sorti avant la tête ou la présence de jumeaux provoquent souvent la mort de la mère épuisée par des heures de souffrance ainsi que celle du bébé). Alors que les sages-femmes ont le monopole de l’accouchement, à la fin du Moyen Âge, les médecins qui l’acceptent mal tentent de prendre le contrôle de l’obstétrique, sans tout à fait y parvenir d’ailleurs. Les sages-femmes restent les maîtresses du jeu, mais elles sont désormais étroitement surveillées par les autorités ecclésiastiques et civiles.

 

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Si la maternité est la vocation de la femme, elle n’en est pas moins marquée par la souillure du sang versé, l’accouchée est considérée comme impure et est interdite d’église pendant 33 jours si elle a accouché d’un garçon et de 66 jours si c’est une fille ! Tous les auteurs du Moyen Âge s’accordent à dire que l’amour d’une mère est plus fort que celui du père, mais les clercs disent aussi qu’il est de nature inférieure car trop viscéral, charnel voire animal quand celui du père est plus rationnel et noble…

C’est la mère qui apprendra à son enfant à parler et à bien se comporter. Elle lui inculquera les rudiments de la foi chrétienne et lui apprendra à lire également. Chaque nouveau né a plusieurs « compères » (parrains) et « commères » (marraines) qui ne peuvent refuser l’honneur qui leur est fait. La marraine est souvent une tante ou une sœur, surtout dans les milieux paysans. C’est la marraine qui propose le prénom de la petite fille (et le parrain celui du petit garçon) et même si celle-ci apparaît rarement dans les sources médiévales, elle y est toujours valorisée.

La coexistence de trois générations est un phénomène assez rare au Moyen Âge étant donné la faible espérance de vie et la mort prématurée des femmes en couches. Il y a plus de vieillards et de veufs que de vieilles femmes et de veuves. Ainsi, les grands-mères connaissent rarement leurs petits-enfants.

Il y a cependant certaines exceptions comme la Reine de France, puis d’Angleterre, Aliénor d’Aquitaine (1120-1204), alors même qu’elle a donné naissance à dix enfants de deux maris et s’est toujours beaucoup impliquée dans la vie politique.

Dans le prochain article nous étudierons les différents statuts de la femme du Moyen Âge dans la société : femmes des campagnes, femmes des villes, aristocrates ou encore religieuses et nous verrons que là encore la femme doit faire face à de nombreuses inégalités…

 

 

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