Louise Labé : la plus grande poétesse de la renaissance

La tribune de Marie - Le blog livresque de la Compagnie Littéraire

LOUISE LABÉ

Louise Labé : Encore une femme dont nous savons si peu de choses et qui a pourtant eu un parcours personnel et littéraire si riche…

Découvrons donc un peu ensemble la plus grande poétesse féministe de la Renaissance française.

 louise_labe

SA VIE

Louise Labé est née à Lyon aux alentours de 1524, son père est un riche cordier*, grâce notamment à sa première épouse qui meurt lui léguant ainsi la fortune et l’illustre nom de son père, cordier lui aussi, Jacques Humbert dit Labé ou L’Abbé.

Grâce à l’amour de son père fasciné par la beauté et l’intelligence de cette petite fille vive et enjouée, Louise reçoit une éducation exceptionnelle pour une  » femme du peuple « . Elle apprend le latin, l’italien, l’espagnol, quelques rudiments de grec, la musique (le luth), mais aussi tous les arts des armes traditionnellement réservés aux hommes. Au mépris des condamnations religieuses de l’époque, elle s’habille en homme pour monter à cheval tel un écuyer et s’illustre aux jeux martiaux de la joute. Elle a le cœur héroïque, et comme si, elle aussi, elle entendait des voix, elle laisse « les molz habiz de femme » et s’enrôle sous les bannières de France. A dix-sept ans, la voilà chevauchant par les vaux du Roussillon.

En 1543, elle épouse par obligation un cordier qui a trente ans de plus qu’elle, mais sera très éprise du poète français Olivier de Magny.

Pendant longtemps les censeurs et amateurs de biographies scabreuses ont joui d’un succès de scandale qui les a fait renchérir sur les détails licencieux d’une vie tout à fait hypothétique car à la vérité on connaît bien peu de choses de la vie de Louise Labé. Les outrances amoureuses attribuées à Louise ne sont que le désir et la volonté de disposer de sa vie. Louise est transparente dans l’aveu de son espérance d’amour. Elle va donner voix à l’expression féminine de la passion : une femme peut oser déclarer son désir sans attendre de se sentir désirée. Sa religion est l’amour, sa morale est l’amour, sa liberté est l’amour. « Le plus grand plaisir qu’il soit après l’amour, c’est d’en parler » dit-elle.

Dans ses textes, Louis Labé exprime les joies amoureuses, son érotisme mais aussi la douleur de l’absence. Le Roy, de par sa protection, fera qu’en 1555 les textes de Louise soient publiés de son vivant. Ce sera la seule lyonnaise à voir publier ses œuvres de son vivant. Devant son énorme succès ce livre connaîtra trois rééditions en 1556.

*On range sous le nom de cordiers tous les artisans qui ont le droit de fabriquer et de vendre les cordes et cordages de chanvre, mais aussi de tilleul, de lin et de crin. Installés dans les bourgs, proches des lieux de culture du chanvre, les artisans cordiers travaillent pour répondre aux besoins locaux d’une clientèle privée, urbaine mais surtout rurale et maritime.

 

Louise Labé
Portrait Louise Labé

SON ŒUVRE

Trois élégies (décasyllabes à rimes plates), un texte en prose et vingt quatre sonnets ont fait de Louise Labé la maîtresse des passions extrêmes, enflammant les codes de l’amour courtois. Le corps a désormais sa place au creux des mots et des poèmes.

« Baise m’encor, rebaise moy et baise… », ces quatre syllabes ont suffi à la « belle Cordière » pour entrer dans la légende du XVIème siècle. ll est bon de rappeler qu’au siècle de Louise Labé, ce verbe ne dit encore que le fait, plus ou moins fougueux, de poser ses lèvres avec affection et respect.

L’Épître dédicatoire à Clémence de Bourges, sur laquelle s’ouvre le recueil, est un texte important pour l’histoire de l’humanisme et du féminisme. Louise Labé prend la plume au nom du « bien public ». De là la requête aux dames vertueuses, c’est-à-dire à ses contemporaines qui ont la force de caractère de « regarder un peu au-dessus de leurs quenouilles et de leurs fuseaux ». Ayant compris qu’une femme isolée dans un milieu culturel au mieux malveillant ne peut changer les structures mentales qui l’oppriment, Louise Labé voudra inviter ses lectrices à s’entraider, à « s’encourager mutuellement » afin de faire comprendre autour d’elles la véritable mission qui est la leur.

Le Débat de Folie et d’Amour est un conte mythologique dialogué en prose qui traite, de façon allégorique, des aspects conflictuels de la passion et du désir. Le thème est le partage actif du pouvoir entre les forces universelles rivales (hommes/femmes), Louise prône le débat entre les deux sexes pour le bien public et invite vivement la femme à y prendre part, car dit-elle « les hommes redoubleront d’efforts pour se cultiver, de peur de se voir honteusement distancier par celles auxquelles ils se sont toujours crus supérieurs quasiment en tout ». La Fontaine s’inspirera d’ailleurs de cet écrit dans sa fable « L’Amour et la Folie » (Livre XII, fable 14).

 

 Un des sonnets les plus connus de Louise Labé :

JE VIS, JE MEURS ; JE ME BRÛLE ET ME NOIE

 Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

À noter : L’universitaire Mireille Huchon dans son ouvrage « Louise Labé, une créature de Papier » défend la thèse selon laquelle Louise Labé ne serait qu’invention… Une thèse qui jette un doute sur le travail des biographes…


Inscrivez-vous à notre newsletter !

Profitez des sorties littéraires, actualités diverses, extrait d'ouvrages et suivez nos nouveaux articles de blog !

Votre mail ne sera pas communiqué à des tiers.

Commentaires

Commentaires

Laisser un commentaire