Maison d'édition Paris : La Compagnie Littéraire 11-13 rue Vernier 75017 Paris

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Un homme retrouve un vieil ami en proie à une étrange vision, un étudiant visite par hasard un pavillon hanté, séduit par la beauté d’un paysage un jeune homme découvre une autre dimension à la vie : autant d’histoires dans des lieux variés, d’orient en occident, où se mêlent rêves et réalités, et qui tentent d’évoquer que la vie n’est pas vaine ; elle a un sens qui est source d’espoir, et la nature est un vecteur qui parfois et avec subtilité permet à l’homme de le ressentir.

Le cas de Bertrand Xores – Rodolphe de Maistre

J’arrivai au château du Verney par des routes tortueuses et sous la pluie. Il y avait une pluie d’automne persistante et dense, une de ces pluies qui atténuent la lumière du jour. Sur le bord de la route, des matelas informes de feuilles mortes répandaient l’odeur mouillée de l’automne. Quelques rafales de vent venaient frapper le pare-brise de la voiture sur lequel grinçaient les essuie-glaces. Je passai par les étendues larges et plates des champs de betterave qui n’étaient à cette époque que terres brunes et noires sur lesquelles on a coutume de voir et entendre les corbeaux. La silhouette d’une raffinerie au loin me rappela l’odeur âcre et nauséabonde que dégageait la production du sucre à l’époque de mon enfance. J’ouvris la vitre dans l’idée d’en ressentir à nouveau les effets. Depuis toujours, le sucre m’avait paru suspect à cause de cette odeur des raffineries sucrières. Je désirai ainsi m’en confirmer cette impression nostalgique mais ne reçus que de l’air mouillé et quelques gouttes de pluie fraîche sur le visage. Peu après la route pénétra dans des bois si sombres qu’on aurait cru, en y entrant, que le jour tombait. Je poursuivis ainsi une vingtaine de kilomètres jusqu’à un virage serré en contrebas, à la sortie d’un sous-bois. Là débouchait l’allée qui menait au château. Elle m’apparut plus petite que le souvenir que j’en avais. Les herbes débordaient sur le chemin, quelques branches d’arbres mal élaguées éraflaient ma voiture, je passai avec précaution des creux pleins d’eau et de boue ; la pluie me sembla soudain plus forte et drue, et le jour encore plus sombre. Derrière une rangée de peupliers j’aperçus la maison. C’était un petit château du XVIIe siècle, de plain-pied et pourvu de deux ailes symétriques. L’état de la façade, même vu de loin, me donna l’impression d’une sorte d’abandon. Ce n’était plus la maison immaculée et blanche que j’avais connue du temps d’Hélène. Le crépi s’effritait, laissant apparaître de grandes taches brunes, notamment sous les parties de gouttières endommagées. On devinait de la mousse au bord des fenêtres et sur le toit. Un petit bassin couvert de lichen sur une pelouse mal tondue et entourée d’une allée circulaire qui autrefois avait été pourvue de gravier faisait la piètre perspective de l’entrée principale. S’il n’y avait eu la lueur d’une lampe électrique à l’une des fenêtres du rez-de-chaussée, on aurait pu croire la maison abandonnée. Ma route s’arrêta soudain devant une grille fermée. Il fallait passer la grille, puis prendre l’allée circulaire par le côté pour arriver devant la maison. Les liserons et la rouille s’entremêlaient sur cette grille dont une des deux portes était penchée, poussée sur le côté par un acacia hors taille, ce qui accusait la difficulté que j’avais à l’ouvrir alors que je tentais de me presser, battu par le vent et la pluie. «Après cinq ans de silence, il m’invite soudainement à venir le voir, et n’ouvre même pas le portail ! Pourquoi suis-je venu ?» tempêtai-je en me débattant, les pieds dans la boue, les mains empoignant énergiquement la serrure glissante et froide. Je commençais à regretter de m’être déplacé de manière si impromptue.


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