L’extrait du vendredi – 29 juillet 2016 – Mémoire de Plume

Aujourd’hui au programme de l’extrait du vendredi, découvrez l’ouvrage de Denis Ravel, Mémoire de Plume. Mémoire de Plume est une fabuleuse autobiographie d’une plume.

mémoire de plume

« Au pied de la blanche statue de la Vierge repose un fidèle ami.
Et de cette douloureuse absence naît un chant poétique intense que l’auteur nous offre en partage.L’auteur est un  » voyageur imprudent « , le narrateur un stylo Mont-Blanc. » Madeleine chercha dans son sac et en extirpa mon stylo. Ce fut comme un soulagement quand je le vis apparaître ; je le pris avec une joie à peine dissimulée et lui tendis le sien qu’elle sembla récupérer avec une certaine satisfaction. Après la restitution des otages, elle signa le bon à tirer non sans avoir vérifié l’ensemble du travail.  » D. Ravel.

Plusieurs récits s’entrecroisent, tel un chassé-croisé amoureux. La narration à deux voix – celle de la plume et celle d’Edgar, le protagoniste – est une mise en abîme du mythe de la création artistique. Nous sommes en première ligne face à la  » lutte  » de l’écrivain avec ses personnages, une bataille qui n’est jamais gagnée d’avance, un tumultueux voyage au coeur de la tempête inspiratrice.
Edgar est un Ulysse du quotidien, répondant à l’invitation envoûtante des sirènes de l’écriture, quel qu’en soit le prix à payer.

Le pied d’albâtre aux ongles carmin.

 » Depuis que cette femme avait, par son pied, accaparé mon regard, elle avait dans le même temps emprisonné mon esprit « . Fantasme ? Fétichisme ? Rêverie amoureuse ?

A la manière de Dante chantant en vers sa Béatrice, l’auteur nous dépeint le manque, la beauté, et l’amour aussi. Une promenade romantique, un songe d’une nuit d’été sur une plage de Normandie.

Ami lecteur prends garde à toi car cette double  » ode-yssée  » te séduira. »

L’extrait de Mémoire de Plume:

Si je me décide à publier mes mémoires, moi qui ne suis qu’un humble stylo, serviteur des belles plumes et autres esprits créatifs et littéraires, c’est que j’ai une vérité cachée à vous révéler. Ce que je vais vous dire dans les lignes qui suivent va vous paraître si incroyable que vous refuserez dans un premier temps de me croire. Or donc, il va me falloir argumenter, développer, en un mot prendre la plume. Rien n’est simple pour qui veut raconter des histoires à son prochain, et même si nous sommes dans une époque où tout le monde écrit, se faire entendre, pardon, se faire lire, devient un exploit. Pour quelques auteurs de renom qui vendent leurs livres, beaucoup de coups de gueule, de douleurs, de textes hasardeux et inachevés, d’histoires parfois maladroites ou d’inutiles tranches de vies voient le jour. Mais un livre peut-il être considéré comme inutile ? À dire vrai non. Ces lignes qui s’épanchent douloureusement sur des milliers de feuilles blanches à travers le monde ne sont en somme que le reflet d’autant de vies éparses qui disparaîtraient à jamais si elles n’étaient pas matérialisées en ce petit objet rectangulaire fait de papier et d’innombrables pensées d’écrivains modestes ou reconnus. Mais permettez que je revienne un instant sur ces écrivains contemporains qui vendent aux masses et dont les livres sont traduits en différentes langues. Ceux-ci sont critiqués, jalousés – leur écriture est soit-disant commerciale, ils sont taxés d’écrivains mineurs par des gens qui n’ont parfois pas même ouvert un de leurs livres – mais eux au moins ils vendent ! Ils ont leur public, alors je pense qu’il serait bienvenu de les respecter quelque peu.

Mais l’essentiel de mon propos n’est pas fait de digressions mineures, non je dois ce soir mettre au jour la magie de l’écriture, oui magie vous avez bien entendu.

Je commençais ma carrière en sortant d’une librairie papeterie célèbre située à Paris dans ce que l’on appelle communément les beaux quartiers. J’étais un Mont-Blanc, un peu fier je le conçois. Je venais d’être offert à mon futur propriétaire à l’occasion de ses 40 ans. Reposant à l’intérieur d’un écrin noir qui claquait quand on le refermait, j’avais le sentiment d’être une sorte de petit bijou. Je pensais servir à parapher quelques importants contrats ou à signer des chèques de valeur, bref j’avais une haute opinion de moi-même. Tout d’abord mon maître, car il convient de l’appeler ainsi, me posa sur son bureau bien en évidence en feignant de m’ignorer. Il devait m’observer, s’habituer à ce qu’il pensait n’être qu’un objet. Peut-être l’impressionnais-je ? Je voyais bien à sa tête qu’il n’était pas habitué à avoir un objet laqué entre ses mains, un stylo rutilant symbole de pouvoir. Cet homme en plus de son travail s’adonnait à l’écriture et publiait de temps à autre ce qu’il écrivait. Peu à peu cependant, il s’habituait à moi et m’emmenait avec lui à l’occasion de ses déplacements, qu’ils soient en train ou en métro. Il n’est pas facile d’écrire dans le métro, cela demande une grande dextérité car il convient de pouvoir écrire assis ou bien également debout dans des situations de grand inconfort. Je dois dire qu’à ce petit jeu il ne se débrouillait pas trop mal, griffonnant parfois les idées qui venaient à lui sur de simples bouts de papier qu’il pouvait trouver dans ses poches, dans une serviette ou parfois même dans son portefeuille. Je l’observais amusé car cela semblait lui procurer beaucoup de sensations d’écrire dans des situations délicates. Pour ma part, heureux de participer à cette aventure quotidienne qu’est la simple journée d’un citoyen essayant de subvenir à ses besoins, je lui donnais mon encre avec plaisir, certain de servir une noble cause. Bien sûr il écrivait aussi sur ordinateur et je me sentais un peu frustré de devoir perdre le fil de ses histoires qui étaient un peu les miennes aussi. Heureusement peu à peu, je réussis à avoir par le biais du contact tactile une grande influence sur mon écrivain, ce qui me permit de pouvoir lui dicter par communication inconsciente l’endroit où il devait me placer sur son bureau. Ainsi je pouvais à loisir voir les histoires naître, se développer et prendre forme. Sur l’écran bleu de son Mac, j’observais le curseur du traitement de texte scintiller et sauter de lettre en lettre au fur et à mesure que se construisaient les mots, se développaient les idées et prenaient forme des phrases. Je dois dire que je me délectais de pouvoir lire quand il écrivait car j’identifiais parfaitement les mots et pouvais donc suivre l’évolution de ses histoires. Parfois il m’arrivait d’être critique à l’égard de ses textes ou bien même d’observer qu’il se perdait dans la multiplicité des lignes et des idées. C’est en constatant que même s’il avait une certaine facilité, écrire représentait pour mon propriétaire une épreuve souvent plus douloureuse que ludique, que je pris la décision de commencer à l’influencer. Dans un premier temps, ne pouvant le faire moi-même, j’invoquais des forces supérieures… Dieu, les anges ou des forces positives de disparus. J’avais remarqué que mon maître n’était pas forcément le plus heureux des hommes. Oh certes, ça ne se voyait pas, mais il y avait une souffrance en lui, peut-être des femmes disparues en étaient-elles la cause, ou des amours déçus, ou bien cherchait-il encore à renouer avec les fulgurances des grandes passions qui conduisent l’âme sur les chemins de la compréhension divine. Mais peut-être plus simplement était-il confronté à des recherches métaphysiques ou spirituelles qu’il ne savait résoudre. Je pensais en l’observant que le temps lui viendrait en aide et dissiperait ses doutes ainsi que les questions qui pour l’instant restaient sans réponse. Aujourd’hui j’étais le plus heureux des stylos : il avait décidé d’écrire à la main. J’étais honoré du choix qu’il avait fait car, je ne devrais pas vous l’avouer mais pourtant c’est exact, il lui arrivait d’écrire avec un vulgaire crayon de papier sur des feuilles blanches. Je pensais que c’était une faute de goût et cela n’allait pas à son crédit quand il me délaissait ainsi. Au fil du temps ma relation avec lui devenait forcément fusionnelle et il m’arrivait d’avoir des réactions d’épouse délaissée.

Du même auteur :

La Toile inachevée, La Compagnie Littéraire, 2000
L’Odyssée du Cybérius, La Compagnie Littéraire, 2001
Le Grand Inquisiteur, La Compagnie Littéraire 2002
Hiver et nouvelles fantastiques, La Compagnie Littéraire, 2003
Aventures romantiques sur le net, La Compagnie Littéraire, 2004
Le Chant du violon / L’Écran noir, La Compagnie Littéraire, 2005
La Natte et Nouvelles fantastiques, La Compagnie Littéraire, 2007
Les Mandibules de la mort, La Compagnie Littéraire, 2008
Nouvelles de l’Au-Delà, La Compagnie Littéraire, 2009
La Tueuse de Hong Kong, La Compagnie Littéraire, 2010
Les aventures de la Femme Bisonne Blanche, La Compagnie Littéraire, 2011
Les Nouvelles amazones, La Compagnie Littéraire, 2012

Si le début de cette fabuleuse autobiographie d’une plume vous a plu, n’hésitez pas à commander le livre.

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