L’extrait du vendredi – 21 juillet 2016 – Des anges ou neuf histoires qui percent le temps

Des anges ou neuf histoires qui percent le temps - Rodolphe de MaistreAujourd’hui, au programme de l’extrait du vendredi, découvrez l’ouvrage de Rodolphe de Maistre – Des anges ou neuf histoires qui percent le temps.

En dehors de l’espace et du temps, une réalité merveilleuse nous aime. Elle sait être discrète, et sans s’imposer, elle nous accompagne, nous protège des dangers, nous aide dans les difficultés. Elle se montre rarement, seulement dans les moments spéciaux où l’on peut écarter les rideaux du temps. Ce sont des situations particulières où la nature nous intègre à elle pour nous faire sortir du cours linéaire de la vie en donnant à chacune des secondes qui passent un accès à une éternité. Quand on est en harmonie avec la nature, elle opère ainsi comme un médiateur qui nous fait entrer au contact du divin. Elle dispose de notre conscience et nous permet de percer les secrets échappant à la logique, dépasser les frontières du palpable et de ses modes d’expression, afin de toucher, subrepticement, en un clin d’œil, une vérité qui dure éternellement, celle qui donne sens à la vie.

Rodolphe de Maistre est né en 1969 en France. Il est ingénieur après avoir obtenu un MBA (INSEAD à Fontainebleau). Il a vécu en Chine lors de ses études en science physique à l’Université de Métrologie de Chine à Hangzhou, puis pour y travailler. Le métier d’ingénieur l’a emmené plusieurs autres années au Qatar et au Japon. Il a également connu l’Afrique et le Caucase. Grand passionné de littérature, d’Histoire et de civilisations anciennes.

Le Vieux Livre

J’avais découvert dans le grenier de la maison de mes parents un vieux livre qui s’intitulait « histoire naturelle des bêtes ». C’était un grenier recouvert de toiles d’araignées et de vieilleries en tout genre. Il y avait des malles poussiéreuses partiellement remplies de livres anciens et de vieux papiers couverts de rousseurs et à l’odeur de lignine vanillée. Dans un coin de la pièce avaient été déposés pêle-mêle des abat-jour à liserés dorés, en toile d’un rouge passé et abîmé par les mouches. Adossées aux cloisons de briques nues étaient empilées des gravures jaunies par le temps et des vieilles photographies de scènes de chasse et de gentlemen en jaquette. Dominaient çà et là divers objets remarquables tels un cheval à bascule qui me rappelait quelque chose de mon enfance, une crosse de hockey sur gazon qui avait dû appartenir à mon père, de vieilles raquettes de tennis en bois et aux cordages effilés, et un cor de chasse au pavillon bosselé. Le sol de vieux carreaux de couleur de terre battue était jonché de plein d’autres choses en tout genre déposées unes à unes, sans autre ordre que la chronologie avec laquelle on avait voulu s’en débarrasser.

Un jour, seul dans la maison, à force d’errer de pièce en pièce, je ne sais pour quelle raison, mes pas me conduisirent en haut des escaliers, dans l’encadrement de la porte grande ouverte du grenier. C’est de là que j’aperçus ce vieux livre en haut d’un tas. Je ne l’avais jamais remarqué auparavant. Il s’était mis en évidence comme s’il voulait que je le visse et que je le touchasse. Il était comme remonté à la surface.

Je rentrai dans le grenier et pris le livre. Je balayai de ma main la couche de poussière qui le recouvrait, et l’admirai. C’était un livre d’une belle demi-reliure de cuir vert. Le dos à nerf lui donnait un certain relief et arborait en une belle dorure encore brillante le titre et le fleuron décoratif. Le livre était lui-même recouvert d’un fin papier de soie que quelqu’un avait ajouté pour le protéger.

La lumière du grenier provenait d’une lucarne aux carreaux blanchis par les traces de pluie accumulées sur les ans, et qui laissaient passer quelques rayons du soleil d’hiver. Je m’assis sur un vieux fauteuil bancal à la tapisserie usée et déchirée, et qui répandait une singulière odeur de brioche. Ce fut dans cette curieuse ambiance que j’ouvris le livre(…)

Format Papier

Format Numérique 

 

Commentaires

Commentaires

Laisser un commentaire