L’extrait du vendredi – 17 juin 2016 – La Sylvestresse

Aujourd’hui, au programme de l’extrait du vendredi, découvrez l’ouvrage de Marie Brunel –  La Sylvestresse.

La vie rurale de l’Aveyron au XIXe.

« En Aveyron, dans un monde paysan où le travail des champs est exclusivement réservé aux hommes et les tâches ménagères destinées aux femmes, notre protagoniste, Victorine, va bousculer les règles établies. Enthousiaste, généreuse, intelligente et vive, c’est avec beaucoup de douceur et de bienveillance qu’elle fera évoluer les mœurs de son petit village et c’est tout naturellement qu’elle transmettra ses valeurs à sa fille, Julie et à sa petite-fille Pauline. Quelle était la place de la femme au XIXe ? Comment le droit d’aller à l’école et de s’instruire a révolutionné l’image et la place de la femme dans la société ? Quel regard l’entourage portait sur cette évolution ?la sylvestresse - marie brunel

Dans une société hyper connectée où le monde virtuel dévore l’espace temps, une intrusion dans l’univers de La Sylvestresse authentique et aux personnages attachants marquerait peut-être une pause intéressante. Marie Brunel

Des questions auxquelles Marie Brunel répond dans cette saga familiale, au travers de femmes fortes, attachantes et passionnées, qui ont su se battre pour sortir du carcan que leur imposait la société. Mais aussi au travers de personnages ruraux traditionnels, en nous parlant des hommes, de leur rapport à la terre et à la vie, de l’évolution inéluctable des choses, de l’importance de la transmission des valeurs et de la puissance des liens du sang. Pousser la porte de l’univers de La Sylvestresse, c’est s’aventurer à demeurer auprès d’elle jusqu’à son dernier murmure. »

Chapitre 1

Victorine émergea de son sommeil. La lueur du jour naissant jouait la curieuse à travers les fentes des volets. La pièce était encore sombre, le feu, ranimé par Sylvestre, son fidèle et attentionné complice depuis plus de quarante ans, crépitait dans le cantou et ses flammes virevoltantes dessinaient, par un jeu d’ombres et de lumières, des danseuses de flamenco sur les murs de pierre. Après une volte-face sagement étudiée, un redressement prudent et un saut minutieusement calculé, Victorine atterrit debout sur les dalles froides, sa longue chemise lui caressant les orteils. Cette opération était délicate car le lit, situé dans une étroite alcôve, était haut. Cette situation préservait une certaine intimité, mais rendait imprudent tout mouvement intempestif. Sur la table, une moitié de miche de pain couchée sur un lit de miettes floconneuses, vestiges d’un précédent petit-déjeuner avalé en toute hâte, et un pot de miel attendaient la future convive. Bordant les braises de la cheminée, une casserole de lait se chauffait doucement. Victorine se servit un bol de cet élixir de bienfaits que lui offrait, tous les jours, sa petite chèvre Juliette. Elle eut une pensée émue pour Jaoubertasse qui les avait quittés au début de l’hiver dernier. C’était une chèvre attachante au caractère bien trempé. D’une corpulence avantageuse, elle s’imposait partout où il y avait matière à débattre en menaçant, de ses cornes impressionnantes, quiconque voulait s’opposer à ses volontés. Dans ses périodes de repos, elle étalait, avec noblesse, sa robe fauve flamboyante parée de colliers et bracelets d’hermine, et cet affichage de richesses lui donnait l’apparence d’un chef d’État d’une république bananière. Cet aspect massif lui avait valu le patronyme de Jaoubertasse. Traditionnellement, en patois aveyronnais, tous les mots employés pour qualifier quelqu’un ou quelque chose de massif se terminent par le suffixe « as » pour le masculin et « asse » pour le féminin. À l’inverse, pour tout ce qui est petit et mignon le suffixe employé est « -et » ou « -ette ». Il est facile de comprendre pourquoi la biquette du moment, douce et gentille, s’appelait Juliette.

Après toutes ces douceurs du matin, Victorine se vêtit chaudement, ouvrit la porte sur l’extérieur, et respira avec bonheur l’air frais du matin. Dame Gertrude, la poule favorite de Victorine entra aussitôt dans la pièce et entama une parade de séduction composée de gloussements, hochements de tête et petits sauts de ballerine autour de sa fermière préférée. Appliquant le rituel quotidien, la maîtresse des lieux lança un croûton de pain dans lequel Gertrude enfonça son bec avant de s’enfuir, suivie par toutes les poules de la basse-cour. Victorine s’avança, traversa l’aire où des résidus de paille témoignaient encore du dernier battage des blés auxquels Sylvestre et elle avaient participé. La solidarité paysanne jouait à fond pour exécuter certains travaux agricoles urgents, comme faire les moissons ou rentrer les récoltes avant le mauvais temps. Elle progressa pendant une cinquantaine de mètres encore, entre herbes folles et broussailles.

La rosée avait déposé de minuscules perles fines sur les toiles d’araignées, formant des baldaquins de dentelle suspendus au-dessus d’un lit de verdure. Ces œuvres d’art, aériennes, gracieuses, étendaient délicatement un voile de pudeur sur une vie secrète qu’il convenait de respecter. En bordure de ce plateau, une sorte de belvédère s’avançait sur le vide. Victorine s’y campa solidement sur ses pieds et embrassa du regard ce théâtre de la nature grandiose, offrant un spectacle qu’elle connaissait, dans le moindre détail, mais dont elle ne se lassait jamais. C’est sur cette scène somptueuse que s’était jouée l’histoire de sa vie et maintenant il fallait qu’elle y trouve les forces nécessaires pour affronter le dernier acte.

Si vous voulez plus d’informations sur la vie rurale de l’aveyron au XIXe siècle, nous vous invitons à consulter l’article « Vie rurale en Rouergue vers 1800 » 

vie rurale de l'aveyron au XIXe
Image extraite de l’article « Vie rurale en Rouergue vers 1800 » du blog du gite Aveyron l’Oustal de Saint-Juéry.

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