L’extrait du vendredi – 10 juin 2016 – ValL Bipolaire…et plus si affinités

VALL BIPOLAIREAujourd’hui, au programme de l’extrait du vendredi, découvrez l’ouvrage de Valérie Labasse-HerpinValL Bipolaire… et plus si affinités.

ValL Bipolaire… et plus si affinités. Un témoignage poignant sur la bipolarité

« Ta réputation de bipolaire est déjà ancrée dans l’esprit des gens de la côte Est des US. Mais en plus tu es complètement mytho et parano ! Mon dieu, ça fait beaucoup. Laisse tomber ma pauvre Valérie, va prendre tes médicaments. »

Voilà pourquoi, à la suite de ce message, j’ai décidé de sortir de mon silence.

Ras le bol

Pour mettre fin à toutes sortes de ragots, je déclare : « OUI, JE SUIS BIPOLAIRE À TENDANCE SCHIZOPHRÈNE » et ce dès mon plus jeune âge.

Depuis la dernière campagne électorale des législatives en Amérique du Nord, à laquelle j’ai participé activement, courriels, textos et messages ont été envoyés à plusieurs Français vivant aux États-Unis. Ces messages avaient été rédigés par des militants de droite et de gauche pour m’insulter ou se moquer de moi.

Pour information, je suis fière de ma maladie, elle a développé en moi de nombreux dons intellectuels et manuels que beaucoup aimeraient posséder. Alors ceux et celles qui se sont permis de révéler, d’écrire ou de parler comme des lâches derrière mon dos, eux ne sont pas bipolaires, mais pervers, vicieux et surtout très jaloux.

Ce fut ma dernière réponse avant de prendre cette dure décision d’ouvrir mon cœur. Je le fais pour moi, pour tous ceux qui souffrent et aussi pour répondre à nos proches et surtout les aider à comprendre les malades avec des mots simples et sincères.

Qui a dit que « La vie n’est pas un long fleuve tranquille » ?

Si je fais le bilan de mes 48 ans, il est clair que vous comprendrez pourquoi je déteste qu’on me demande « tu vas bien ? » Car si je récapitule, entre mes années d’insomnie, mes nuits à rester les yeux ouverts, mes cauchemars, mes phobies en veux-tu en voilà, mes angoisses à gogo, mes obsessions hilarantes, Terry et David mes hallucinations quotidiennes, ma bipolarité intense, ma fatigue épuisante, ma période vin et champagne au petit-déjeuner, mon penchant pour jouer les Arsène Lupin, ma passion pour les jeux d’argent, Mary, mon dédoublement de personnalité depuis l’âge de 20 ans, avec laquelle j’ai dû partager mon temps et mon énergie. Si je rajoute la vie normale d’une femme, ma famille, mes déménagements, mes voyages, mon travail, ma passion pour la politique, mes créations, mes visites interminables chez le psy, mes fausses couches, mes amis, puis les soucis de tout le monde, eh bien je mérite une médaille.

En fait j’ai l’impression d’avoir déjà vécu le double de mon âge mais comme nous sommes deux, faites le calcul – la sournoise de Mary n’existant que dans ma tête – j’ai dû assurer pour deux. Mon cerveau a dû travailler pour elle, vous apprendrez plus tard qu’elle m’a fait passer des heures à bûcher, à apprendre pour être performante afin de satisfaire Terry et David, nos fantômes. Alors oui, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais tant que le bateau ne coule pas, il y a de l’espoir.

Le jour où j’ai décidé de cacher ma maladie, j’étais très jeune, je n’avais que 10 ans. Au départ, c’était par honte, et, plusieurs années après, c’était pour ne pas inquiéter mes proches. C’est alors que j’ai découvert la solitude, une solitude lourde à porter. Plus j’allais dans le temps et moins je trouvais l’occasion d’avouer mon secret. Mes amies me parlaient, de leur travail, de la forme de leur carrelage, de la digestion du petit dernier, de leur première ride, de leur couleur de cheveux trop foncée ou de leur mari infidèle. Avec ma famille, j’avais à gérer les problèmes des autres, des vacances ou du repas de Noël.

Toutes ces années où j’ai gardé le silence. J’ai connu les nuits à pleurer, à boire, à manger, à vomir, à danser, à créer, à écrire, à détester les autres, à me détester, à aimer sans aimer. J’ai vécu les nuits à parler avec mes fantômes et les nuits à écouter les confidences d’un grand homme, qui avec le temps finira par m’user. Un homme qui a su utiliser mes dons pour ses intérêts et pour mon plaisir.

J’étais la bonne amie, la fille forte, l’épouse épanouie, la maman heureuse, l’expatriée chanceuse, la femme gâtée par la vie ; bref si j’allais mal, c’était de ma faute. Annoncez un cancer, tout le monde vous écoute, mais pour une maladie mentale invisible, on passe son chemin.

Imaginez 40 ans sans en parler à personne, le psy oui, mais c’est son métier, ça ne compte pas, il est là pour vous soigner et non pour vous consoler. La solitude, je l’ai connue, même très entourée par des personnes qui m’ont aimée et qui m’aiment encore, j’ai connu la souffrance de ma tête et de mon corps, seule et toujours seule. Je n’en veux à personne, car ce mal est presque impossible à partager. Avouer est un grand pas vers une guérison, mais l’aveu n’est pas toujours facile à vivre.

J’ai été diagnostiquée au bout de 9 ans de suivi, à un stade très avancé de la maladie, déjà sous médicaments. Dans mes souvenirs les premiers symptômes sont arrivés dès mon enfance. Au quotidien ce fut souvent pesant à vivre.

  •  Passer des nuits à ne pas dormir sans ressentir la fatigue aux semaines d’épuisement complet.
  •  D’une hyperactivité à une léthargie totale.
  •  Une créativité aussi bien intellectuelle que manuelle débordante.
  •  Des obsessions sur une personne, mais aussi sur un objet, un défi ou un projet.
  •  Des prises de risques dues à la perte de toute notion de réalité.
  •  Des abus d’alcool, de jeux, de manipulation, de travail, de passion, mais aussi d’amour et d’amitié.
  •  Des excès de violence, de crises de démence, mais aussi une douceur, une patience et une générosité au-dessus de la moyenne.
  •  Je ne ressens ni la peur, ni l’inquiétude, ni la douleur physique.

Mais le plus difficile à vivre, c’est de faire la différence entre les hallucinations et la réalité. Car dans mon cas la mythomanie n’existe pas, c’est une forme légère de schizophrénie, ce qui, par moments, me déconnecte de la vraie vie. Et la question qui revient souvent est : « les personnages sont-ils vrais ou pas ? ».

Entre tout cela, il y a eu des phases calmes, mais qui pour moi sont vite devenues déprimantes, je m’ennuie. L’idée de suicide revient souvent, mais pour moi c’est un appel au secours aux personnes qui n’ont jamais voulu m’écouter ou essayer de me comprendre. Même si c’est un combat chaque matin, j’aime ma vie. Les traitements adoucissent, me rendent plus sereine, mais les démons ne sont jamais loin et je les sens rôder autour de moi à chaque instant.

Être bipolaire, c’est s’envoler, ne plus être soi, c’est réinventer sa vie loin de la réalité, c’est connaître l’agressivité et la violence, ne plus avoir de peurs ni de doutes, se sentir la plus forte jusqu’à sa déchéance, c’est bouillir d’énergie et ne plus rien contrôler, ne plus dormir, sentir l’énergie envahir son corps et voir ses proches baisser les bras.

C’est aussi rêver que le jour ne se lève pas, ne plus aimer la vie et se réfugier dans le néant.

C’est avoir honte de ne plus pouvoir rien faire, de ne plus se reconnaître.

C’est d’avoir la sensation d’être deux, habité par un autre esprit qui ne nous ressemble pas.

Être bipolaire, c’est vivre dans un monde où les êtres et les choses n’existent qu’à vos yeux.

Ce sont aussi les moments de déni, de dégoût, de colère, de fatigue et de désespoir.

Et puis, c’est le rêve de la pilule miracle ou un matin se dire : je suis enfin soulagée de mes démons.

ValL

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