Les Auteurs ont la parole - L'interview du mois
Interview de Denis RAVEL
CL: Pouvez-vous vous présenter ?*
Denis Ravel : Ancien publicitaire, je suis venu à l'édition uniquement par passion.
Au départ, après avoir observé le fonctionnement des maisons d'édition traditionnelles, j'ai voulu publier mes livres moi-même de façon à avoir une réelle existence en tant qu'auteur.
Je les trouvais trop élitistes, avec certains apprioris, coupées de la base, coupées d'une certaine créativité, manquant de fraîcheur.
Je me définis comme un adepte de la mouvance romantique et mes lectures ont été influencées par le XIX e, (Poe, Maupassant, Nerval, Mérimée, Gautier...)
CL: Quel était votre objectif lors de la fondation de la CL ?
D.R : Je souhaitais que chaque auteur puisse s'exprimer et publier : roman, essai, recueil de poèmes ou encore une autobiographie ou un témoignage.
Je considère que l'expression écrite est la forme la plus aboutie de l'intelligence humaine, car elle mélange culture, créativité, psychologie, analyse, introspection, philosophie et expression littéraire.
Je voulais réhabiliter le compte d'auteur, qui pratiqué avec une certaine éthique est une discipline tout à fait respectable.
CL: Parlez nous de votre philosophie ?
D.R : Ma philosophie est articulée sur la phrase d'Anaïs Nin : « Nous devons protéger les écrivains minoritaires, parce qu'ils sont les chercheurs de la littérature, ils la gardent en vie ».
Encore aujourd'hui je pense que cette femme avait raison et était dans ce domaine probablement une visionnaire.
CL: Si vous étiez éditeur à compte d’éditeur votre philosophie serait-elle différente ?
D.R : La question ne se pose même pas dans ces termes, je ne souhaite pas publier à compte d'éditeur, ce serait me renier et, dans la vie, il ne faut jamais renoncer à ses idéaux.
CL: Quelle est votre politique éditoriale actuelle?
D.R : Publier une œuvre qui se tienne, soit lisible et permette à l'auteur de se réaliser.
CL: Lorsque vous choisissez de publier un livre, quelles sont vos motivations ?
D.R : Autant que faire se peut, publier un beau livre dont je puisse être fier tant dans le contenu que dans l'esthétique.
Un livre qui procurera à l'auteur satisfaction et fierté.
CL: Publiez-vous des ouvrages dont vous ne cautionnez pas le contenu par souci de rentabilité ?
D.R : Jamais
C.L : Pourriez-vous nous décrire les différentes étapes que suit un manuscrit depuis son arrivé à sa diffusion ?
D.R : Enregistrement, lecture, retour à l'auteur, réception des fichiers, mise en pages, relecture, Bon à Tirer, corrections, réalisation de la couverture, relecture, impression, livraison, diffusion sur les bases de données professionnelles du livre, (nous en avons environ une quinzaine).
CL: Avez-vous un comité de lecture ? Comment travaille-t-il ?
D.R : Notre comité de lecture est un comité restreint, les livres sont lus rapidement, une évaluation en est faite quant au style, au sujet, et une critique est envoyée à l'auteur.
CL: Quels sont, pour vous, les critères qui font qu’un manuscrit a un bon potentiel ?
D.R : La véracité du ton.
Selon le thème abordé, on attend forcément pas la même chose d'un auteur.
Il y a différents niveaux dans l'écriture, nous tenons à respecter un auteur, même si son histoire ne dépassera pas le cadre familial. Le témoignage n'en restera pas moins un regard sur la vie, sur une époque.
CL: Retravaillez-vous les manuscrits ? Si oui, comment ce travail se déroule-t-il ?
D.R : Non car tout manuscrit qui arrive est considéré comme une œuvre quel que soit le niveau où elle se situe. Cependant nous ne pouvons pas publier des textes illisibles, comportant des fautes de syntaxe, de ponctuation ou d'orthographe ; alors oui forcément nous intervenons sur les textes.
CL: Aujourd’hui, avez-vous des regrets ou des déceptions?
D.R : Avant de parler de regret, je souhaite parler de satisfactions.
Le compte d'auteur est le parfait reflet d'une société où l'on retrouve la totalité de ses couches.
On passe alternativement du médecin à l'ingénieur, de la retraitée à la mère de famille, du capitaine de police au truand, de la prostituée à son client, du scientifique à l'informaticien, du prêtre au lycéen.....
C'est je dois le dire ce brassage qui m'a donné souvent la force de continuer.
En même temps pour chaque auteur la part de rêve, ou fantasme est telle, que l'on ne peut pas la laisser se développer et que notre rôle est de la pondérer sans la briser complètement.
De même on retrouve l'ensemble des comportements humains et il y a forcément son cortège de déception.
Au rang des déceptions, je mettrais le côté irréaliste de certains auteurs.
On a l'impression qu'à travers la publication d'un livre il y a des rêves de gloire, d'argent et de célébrité. Cependant dans mes critiques il y a toujours beaucoup de tendresse, car j’aime les auteurs dont je m’occupe.
Pour conclure je dirais que les auteurs qui me passionnent le plus sont ceux qui écrivent en faisant jaillir une source intérieure et ceux qui ne cherchent pas la reconnaissance ou la réussite.
Son site personnel
Interview précédente
|
Interview suivante
|