Christine de Pizan

Christine de pizan

Aujourd’hui, nous allons vous faire découvrir ou redécouvrir la femme de lettres du Moyen Âge la plus illustre : Christine de Pizan.

Christine de Pizan (ou Pisan)

Avec Marie de France, dont on ne sait rien ou presque (elle compose une douzaine de lais, des poèmes d’amour), Christine de Pisan (ou Pizan) est une des rares figures féminines de la littérature française du Moyen Âge. La première femme qui vivra de sa plume qu’elle brandira pour la défense des femmes.

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Christine de Pizan et la reine Isabeau

Sa vie :

Originaire de Pisano, près de Bologne, Christine de Pisan gagne la France en 1368, où son père, Thomas de Pizzano, conférencier d’astrologie à l’université de Bologne, est appelé pour être médecin et astrologue à la cour du roi Charles V. Elle passe son enfance à la cour du roi, dont elle écrira plus tard la biographie. Elle épouse en 1380 un jeune noble picard, Étienne Castel, notaire et secrétaire du roi qui meurt en 1390 en lui laissant trois jeunes enfants et de lourdes dettes. Christine n’a d’autre choix que de vivre de sa plume.

Elle se met en quête de riches mécènes et obtient la protection des ducs de Berry, de Bourgogne et d’Orléans, et de la reine Isabeau de Bavière. C’est au cours de cette période de deuil qu’elle compose l’une de ses plus célèbres ballades exprimant toute sa solitude et ses tourments (cf à la fin de l’article). Elle propose ses poèmes aux riches, aux princes et au roi et finalement s’impose par son intelligence, son talent et son charme. Le fait de vivre de sa plume est d’ailleurs considéré avec sévérité par les critiques du XIXe siècle.

Au Moyen Âge, la veuve qui ne se remarie pas et qui n’entre pas au couvent est regardée avec méfiance ; des soupçons d’avarice et de luxure pèsent sur elle. Dans son Livre des Trois Vertus, Christine de Pizan, elle-même veuve très jeune, conseille aux femmes de ne pas donner prise aux médisances. Elles doivent se montrer sages, multiplier les exercices de piété et prier pour le salut de l’âme de leurs époux défunts. Elle incite les plus jeunes à se remarier pour fuir la misère, quant aux vieilles, il ne leur reste plus qu’à porter le noir et à se faire discrètes. La vieille est un personnage récurrent de la littérature médiévale, elle symbolise la laideur et la malfaisance, elle ne fait qu’encombrer le monde.

Dans ce même ouvrage, Christine de Pizan détaille avec précision les devoirs d’une châtelaine. Christine précise que son budget doit être partagé en cinq postes : les aumônes, les dépenses de la maison, les salaires des serviteurs, les présents et les bijoux et les robes. Tous les jours, elle doit se préoccuper du ravitaillement du château et de la fabrication des aliments, non seulement pour sa propre famille, mais aussi pour les serviteurs, les sergents et les officiers du domaine. Elle est amenée parfois à aller sur les marchés ou les foires pour chercher des aliments plus rares (poisson, vin et épices). Elle doit aussi se rendre sur le terrain pour choisir ses fermiers, veiller au calendrier des travaux agricoles, parcourir ses champs de blé ou surveiller ses gens. Elle doit superviser la tonte des brebis et faire tisser par ses femmes les vêtements de la famille et des serviteurs. Elle doit aussi se montrer une habile gestionnaire en vendant au meilleur prix une partie de la récolte des céréales et de la tonte.

Son œuvre :

Dans Le Roman de La Rose (seconde partie) version Jehan de Meung (1275), elle juge des passages indignes, insultants pour l’image de la femme et va le faire savoir par Le Dit de la Rose (1402). Fidèle à la tradition médiévale, son œuvre exploite largement le répertoire allégorique qui se mêle à de nombreux exemples tirés notamment de l’histoire antique (surtout de Valère Maxime). Le Livre du chemin de longue estude (1402-1403) raconte, en 6000 vers environ, un voyage onirique au pays de Sagesse et de Raison. L’Advision de Cristine (1405) est un récit allégorique où elle évoque les malheurs de la France de son temps, introduisant parallèlement une réflexion sur son infortune personnelle.

Dans le Livre de Mutacion de Fortune (1403), Christine de Pisan raconte comment le destin, en la faisant devenir écrivain, l’a fait changer de sexe : «de femelle devins masle», affirme-t-elle. Tout en s’identifiant à la fonction d’«homme de lettres» et fière de s’adonner ainsi à l’étude, elle n’oublie cependant jamais qu’elle doit défendre, contre les injustices de la société masculine, la dignité de son sexe. Elle recherche des mécènes et s’adresse à Jean de Berry, duc de Bourgogne, dont elle deviendra la protégée et à qui elle dédie son Livre des faits et bonnes moeurs du sage roi Charles V (1404), puis au duc d’Orléans, à qui elle destine le Livre de preudhommie (1405-1406).

À la cour de Charles VI et d’Isabeau de Bavière dont elle deviendra la protégée, son travail donne naissance à une œuvre abondante et variée qui lui assure une certaine notoriété : la rédaction d’œuvres savantes, ouvrages didactiques édifiants et politiques, en prose ou en vers, et textes lyriques dans tous les genres à la mode, où elle aborde des sujets personnels, où elle évoque, avec une sincérité touchante, ses sentiments et ses souffrances.

Parmi ses poèmes lyriques composés entre 1389 et 1405 (Cent ballades; Ballades de divers propos; Cent Ballades d’amant et de dame), on a surtout retenu ceux qui sont autour de la solitude, lié à son état de veuve et à ses malheurs personnels. Les autres sont aussi intéressants pour la recherche des combinaisons de rythmes et de rimes, pour leurs thèmes courtois, pour leurs thèses morales : belle leçon dont les chevaliers de l’époque n’ont guère su tirer parti. Étroitement mêlée à la vie politique de son époque, elle pressent les dangers que fait courir au royaume la rivalité entre les princes et «milite» en faveur de la conciliation entre les princes et pour la paix civile : l’Épître à Isabeau de Bavière (1405), la Lamentation sur les maux de la France (1410). Lorsqu’elle se veut « philosophe », elle s’empare de tous les domaines du savoir, abordant aussi bien des sujets de politique (le Livre du corps de policie, 1404-1407), que de morale (le Livre de Preudhommie, 1405-1406; le Livre de la Paix, 1412-1414) ou de religion (les Sept Psaumes allégorisés, 1409-1410). Elle laissera même un traité d’art militaire (le Livre des faits d’armes et de chevalerie, 1410).

Pendant les années sombres de la France, entre 1415 (Azincourt) et la capture de Jeanne d’Arc en 1418, Christine de Pisan se retire au cloître de Poissy, elle y écrit son hommage à Jeanne d’Arc « le Ditié de Jehanne d’Arc » en 1429 et meurt en 1430.

C’est avec Christine de Pizan qui a su marquer son temps que nous quittons le Moyen Âge et que nous continuons notre épopée vers la renaissance…

 

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